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Rethink Perspectives : comment anticiper les mutations des marchés, de la fiscalité et de la transmission
points clés.
Un cycle d’investissement solide soutient toujours l’économie mondiale. Malgré les tensions géopolitiques, énergétiques et monétaires, la recherche de sécurité économique alimente des investissements importants dans la technologie, l’énergie, la défense et les infrastructures, soutenant l’activité et les bénéfices des entreprises
La fiscalité suisse s’apprête à connaître deux transformations majeures. La suppression de la valeur locative dès 2029 et le passage à l’imposition individuelle des couples mariés en 2032 modifieront en profondeur certaines décisions patrimoniales et appellent à anticiper leurs conséquences
Une transmission d’entreprise se prépare bien au-delà des chiffres. Valorisation, recherche d’acquéreurs et structuration financière sont essentielles, mais les dimensions humaines et émotionnelles jouent souvent un rôle tout aussi décisif dans la réussite d’une cession.
Les repères économiques, financiers et patrimoniaux évoluent rapidement. Tensions géopolitiques, renchérissement de l’énergie, politiques monétaires, évolution de la fiscalité ou encore changements technologiques redessinent l’environnement dans lequel investisseurs, entrepreneurs et familles prennent leurs décisions.
Dès lors, comment investir lorsque les risques géopolitiques se multiplient mais que l’économie continue de résister ? Comment anticiper des changements fiscaux susceptibles de modifier en profondeur la gestion d’un patrimoine ? Et comment préparer la transmission d’une entreprise lorsque l’enjeu dépasse largement sa seule valeur financière ?
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C’est autour de ces questions que s’est articulée la dernière édition de ntore événement phare « Rethink Perspectives », organisée à Crans-Montana le 15 septembre. Après les mots d’introduction de David Fournier, Directeur des bureaux de Lausanne, Vevey, Fribourg et Verbier, trois experts de la Maison ont apporté leurs éclairages complémentaires : Samy Chaar, Associé, Chef économiste et CIO Suisse, sur les perspectives macroéconomiques et d’investissement ; Samuel Meylan, Responsable du conseil patrimonial pour la Suisse, sur les évolutions de la fiscalité helvétique, et Maxime Dubouloz, Conseiller en fusions/acquisitions et Directeur Corporate Advisory, sur les enjeux liés à la transmission d’entreprise.
Nous avons basculé dans un monde fragmenté, dont la réalité est simple : on ne peut plus autant compter les uns sur les autres et il faut assurer sa résilience
Un monde de plus en plus fragmenté, mais une économie qui résiste
À première vue, les signaux semblent contradictoires. Les tensions géopolitiques se multiplient, les prix de l’énergie ont augmenté et les taux d’intérêt demeurent élevés. Pourtant, l’économie mondiale continue de résister et les marchés financiers ont jusqu’ici absorbé plusieurs chocs successifs. Pour Samy Chaar, la clé de cet apparent contraste réside dans « la vigueur de la demande et dans la nature particulière du cycle économique actuel ». Ce dernier ne repose pas principalement sur un cycle traditionnel du crédit ou de la construction : il est lié à une transformation plus profonde de l’économie mondiale.
La mondialisation reposait en partie sur la capacité des économies à compter les unes sur les autres pour leurs besoins structurels : industrie, énergie ou encore sécurité. Mais la fragmentation géopolitique remet ce modèle en question : États et entreprises cherchent désormais à sécuriser les technologies, les ressources, les chaînes d’approvisionnement et les infrastructures dont ils dépendent. « Nous avons basculé dans un monde fragmenté, dont la réalité est simple : on ne peut plus autant compter les uns sur les autres et il faut assurer sa résilience. », Samy Chaar décrivant cette dynamique comme « un cycle de sécurité économique » dans lequel les investissements génèrent à leur tour de la demande et soutiennent l’activité économique domestique.
Cette dynamique ne se limite plus aux grandes entreprises technologiques : les investissements liés à l’IA restent conséquents mais ils s’inscrivent dans un mouvement plus large qui touche désormais de nombreux secteurs, où la croissance des bénéfices tend ainsi à se diffuser davantage au sein de l’économie.
Pour l’investisseur, la question centrale est donc moins de savoir si les risques existent que de déterminer si le cycle économique demeure suffisamment robuste pour les absorber.
Jusqu’où ce cycle peut-il durer ?
« Aucun cycle économique n’est éternel » explique Samy Chaar. Pour évaluer sa pérennité, il compare son évolution à celle d’un marathon : l’essentiel est d’identifier les signes de fatigue suffisamment tôt. Plusieurs indicateurs sont ainsi suivis de près.
1. La capacité à financer le cycle d’investissement. Les entreprises continuent de générer des flux de trésorerie importants et disposent encore, dans l’ensemble, des moyens nécessaires pour financer leurs investissements. Cette capacité doit également être appréciée à l’échelle de l’ensemble de l’économie, en tenant compte à la fois des ménages, des entreprises, des banques et des États.
2. La profitabilité des entreprises. Les investissements réalisés génèrent encore des rendements élevés et les bénéfices continuent de surprendre positivement. Une détérioration durable de cette profitabilité constituerait, à l’inverse, l’un des signes d’un essoufflement du cycle.
3. La solidité du marché du travail et l’évolution de l’inflation. Les taux de chômage en Europe et aux États-Unis restent proches de leurs plus bas niveaux depuis près de 40 ans, sans signe de détérioration marqué. Dans le même temps, si le choc énergétique pousse les banques centrales à ajuster leurs politiques monétaires, Samy Chaar estime que le resserrement nécessaire reste à ce stade contenu par rapport aux précédents cycles de hausse des taux.
Pour les portefeuilles, ce diagnostic plaide donc encore en faveur d’une exposition au cycle de croissance, tout en maintenant une diversification importante.
« En l’absence de signes d’essouflement, nous restons investis » souligne Samy Chaar, qui indique privilégier notamment les marchés actions, tout en conservant des actifs à même de stabiliser les portefeuilles et en maintenant une gestion rigoureuse des risques.
En l’absence de signes d’essouflement, nous restons investis
Fiscalité suisse : des changements à anticiper dès aujourd’hui
Au-delà des marchés, les contribuables suisses doivent eux aussi se préparer à plusieurs changements structurels. Samuel Meylan s’est concentré sur deux réformes appelées à modifier sensiblement la planification patrimoniale au cours des prochaines années : la suppression de la valeur locative et l’introduction de l’imposition individuelle des couples mariés.
La première entrera en vigueur le 1er janvier 2029. La disparition de la valeur locative s’accompagnera notamment de la fin de la déduction des frais d’entretien pour les logements occupés par leur propriétaire (résidences principales et secondaires) et de la fin de la déductibilité des intérêts passifs sous réserve de deux exceptions. Pour les primo-accédants, une déduction subsistera avec un plafond initial de CHF 10’000 par an pour un couple et CHF 5’000 pour une personne seule, diminuant de 10% chaque année. Les intérêts liés aux immeubles de rendement resteront également déductibles mais de façon limitée. Dans les régions où les résidences secondaires occupent une place importante, une autre question reste ouverte : les cantons pourront introduire un impôt spécifique sur ces biens afin de compenser une partie de la perte de recettes liée à la suppression de la valeur locative.
Ces changements appellent surtout à revoir certains arbitrages patrimoniaux : faut-il accélérer des travaux d’entretien avant 2029 ? Réduire son endettement lorsque les intérêts ne seront plus déductibles ? La réponse n’est pas que fiscale et doit tenir compte du coût de la dette, du rendement potentiel du patrimoine financier et de la situation globale du contribuable.
La seconde réforme, prévue pour 2032, modifiera plus profondément encore le fonctionnement de la fiscalité des couples mariés : avec l’imposition individuelle, chaque conjoint remplira sa propre déclaration où revenus, fortune et déductions seront attribués séparément à chaque conjoint.
Cette évolution pourrait avoir des implications très concrètes, notamment en fonction de la répartition des revenus au sein du couple. Elle aura également une influence sur les stratégies d’optimisation, par exemple pour les rachats dans les caisses de pension. Pour les entrepreneurs comme pour les familles, elle invite à examiner suffisamment tôt la manière dont patrimoine, revenus et engagements sont répartis au sein du couple. L’horizon peut sembler lointain, mais il exige précisément, selon Samuel Meylan, d’anticiper dès aujourd’hui certaines décisions patrimoniales cruciales.
D’expérience, une transmission échoue rarement à cause des chiffres, mais bien plus souvent à cause d'une discussion qui n'a pas eu lieu, ou d’émotions qui n’ont pas été exprimées
Transmission d’entreprise : quand les chiffres ne suffisent pas
L’anticipation prend une dimension encore différente lorsqu’un entrepreneur envisage de transmettre son entreprise. Pour Maxime Dubouloz, une cession présente une particularité fondamentale : l’entrepreneur l’effectue souvent pour la première et la dernière fois de sa vie. « Notre rôle est d'aider le dirigeant à prendre des décisions avec de forts enjeux financiers et émotionnels », de la valorisation, à la recherche d’acquéreurs, en passant par la négociation et la structuration de l’opération.
La première distinction à établir est celle entre valeur et prix. Une entreprise peut être valorisée, de manière rationnelle à partir de ses résultats, de ses perspectives ou de ses actifs, mais son prix est un élément plus subjectif et dépend, lui, du regard d’un acquéreur : des synergies qu’il identifie, de l’avantage concurrentiel qu’il espère obtenir, mais aussi des risques qu’il identifie.
Maxime Dubouloz l’illustre avec le cas d’une PME de sous-traitance horlogère. Malgré des résultats solides, un carnet de commandes rempli et une équipe dirigeante en place, les échanges avec le fondateur, âgé de 72 ans, font apparaître une forte dépendance de l’entreprise à sa personne, notamment dans la relation avec les clients. Un facteur déterminant pour un acquéreur, qui voudra faire évoluer le prix par rapport à la valeur théorique de l’entreprise. Au-delà de la valorisation, la dimension humaine devient souvent décisive au moment de transmettre. « D’expérience, une transmission échoue rarement à cause des chiffres, mais bien plus souvent à cause d'une discussion qui n'a pas eu lieu, ou d’émotions qui n’ont pas été exprimées ».
Maxime Dubouloz évoque notamment deux entrepreneurs ayant développé ensemble une société technologique 25 ans durant. Lorsque la question de la vente se pose alors, leurs ambitions divergent : l’un souhaite céder, tandis que l’autre veut poursuivre le développement de l’entreprise. Cinq ans seront nécessaires pour parvenir à une solution permettant à chacun de suivre sa voie.
Un exemple qui rappelle combien l’alignement entre associés, dirigeants ou membres d’une même famille doit être préparé bien en amont d’une transmission. Ce type de situation rappelle qu’une transmission ne se prépare pas uniquement sur les plans financier, juridique ou stratégique, mais suppose aussi d’anticiper les attentes des associés, de la famille et de la génération suivante, et de créer suffisamment tôt les conditions d’un dialogue clair.
Dans un environnement marqué par la fragmentation géopolitique, les transformations économiques, l’évolution de la fiscalité et les enjeux de transmission, une même exigence s’impose : savoir anticiper
Pour celle ou celui qui l’a fondée ou développée, une entreprise représente aisni souvent bien plus qu’un actif : elle incarne une histoire, des relations et une part importante de son identité. D’où l’importance, selon Maxime Dubouloz, de préparer autant les personnes concernées que l’opération elle-même. Il est essentiel de préparer non seulement l’opération, mais aussi les femmes et les hommes qui l’entourent : transmettre une entreprise ou un patrimoine, c’est aussi transmettre une partie de sa propre histoire.
Dans un environnement marqué par la fragmentation géopolitique, les transformations économiques, l’évolution de la fiscalité et les enjeux de transmission, une même exigence s’impose : savoir anticiper. Pour les investisseurs comme pour les entrepreneurs et les familles, il ne s’agit pas seulement de réagir aux événements, mais de comprendre les dynamiques de fond, d’en mesurer les implications et de préserver suffisamment de flexibilité pour adapter ses décisions dans le temps. Autant d’enjeux qui rappellent, dans un contexte toujours plus complexe et incertain, l’importance de prendre du recul afin de mieux éclairer les choix qui façonneront l’avenir.
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