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De footballeur professionnel à entrepreneur dans la chimie verte : entretien avec Mathieu Flamini
Ancien footballeur professionnel passé notamment par l’Olympique de Marseille, Arsenal et l’AC Milan, Mathieu Flamini est aujourd’hui directeur général (CEO) de GFBiochemicals, une entreprise qui développe des alternatives biosourcées aux produits chimiques issus des énergies fossiles.
À l’occasion du récent Transition Investment Summit organisé par Lombard Odier Investment Managers, Mathieu Flamini est revenu sur son parcours auprès de Marc Palahí, Chief Nature Officer chez Lombard Odier. Du sport de haut niveau à l’entrepreneuriat en passant par le rôle de la chimie verte dans la transition vers une économie durable, ainsi que les défis liés au déploiement à grande échelle de solutions plus sûres et plus durables : retour sur un échange inspirant autour de l’innovation, de l’impact et des leviers nécessaires pour accélérer la transition.
Vous avez cofondé GFBiochemicals en 2013, alors que vous jouiez encore à l’AC Milan. Pourquoi être passé du football à la biochimie, et comment votre expérience de footballeur vous a-t-elle aidé dans votre parcours d’entrepreneur ?
En grandissant, j’avais deux grandes passions. La première, c’était le football. J’ai été professionnel pendant près de 20 ans, en commençant ma carrière en France, à Marseille, où j’ai grandi. J’ai ensuite rejoint Arsenal à 19 ans, et j’y suis resté pendant huit ans, puis j’ai passé cinq ans à l’AC Milan, avant de finalement prendre ma retraite sportive il y a environ sept ans, alors que je jouais en Espagne. Je peux dire que j’ai eu beaucoup de chance. Lorsque j’étais petit, je rêvais de devenir footballeur, et j’ai réussi à réaliser ce premier rêve. C’est ce que je souhaite à tout le monde : pouvoir faire ce qu’on aime dans la vie.
Ma deuxième passion, c’est la nature. Mon père était plongeur et lorsque j’étais jeune, nous ramassions ensemble des déchets plastiques sur les plages. J’ai alors très tôt pris conscience de l’impact négatif de l’activité humaine sur la planète.
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C’est pour cette raison qu’alors que je jouais encore à l’AC Milan il y a plus de dix ans, j’ai saisi l’opportunité de cofonder GFBiochemicals en réunissant une équipe de scientifiques autour de ce projet. L’idée était de développer l’une des molécules du futur identifiées par le département américain de l’Énergie, qui n’était pas encore produite à l’échelle industrielle à l’époque.
La création de GFBiochemicals m’a permis de me challenger à la fois physiquement sur le terrain et intellectuellement à travers l’entrepreneuriat
La création de GFBiochemicals m’a permis de me challenger à la fois physiquement sur le terrain et intellectuellement à travers l’entrepreneuriat. Nombre de qualités qui ont fait de moi un footballeur accompli m’ont été très utiles pour réussir en tant qu’entrepreneur, notamment la capacité à résister à la pression, la résilience, le travail et l’esprit d’équipe. En tant que footballeur, il faut être performant collectivement avec l’équipe qui vous entoure. En tant qu’entrepreneur, il faut aussi savoir diriger, écouter son équipe et mener tout le monde dans la même direction.
Que produit GFBiochemicals, et comment vos produits se comparent-ils aux alternatives issues des énergies fossiles ?
Beaucoup de gens ignorent que de nombreux produits du quotidien, des shampooings et gels douche aux produits d’entretien, détergents, crèmes solaires, parfums ou encore aliments que nous consommons, restent encore fortement dépendants d’ingrédients d’origine fossile. Ces « polluants éternels » ont un impact négatif non seulement sur la planète, mais aussi sur notre santé.
Chez GFBiochemicals, nous transformons de la biomasse, c’est-à-dire des déchets agricoles, en ingrédients d’origine végétale à base d’acide lévulinique, une molécule issue du polymère organique le plus abondant sur Terre : la cellulose. Nous travaillons en étroite collaboration avec de grands acteurs de l’industrie chimique et des entreprises de biens de consommation pour les aider à remplacer les formulations d’origine fossile par des alternatives biosourcées plus sûres.
La polyvalence de l’acide lévulinique nous a permis d’entrer dans des secteurs très variés, des soins personnels et des parfums jusqu’à l’agrochimie. Notre technologie a par exemple permis de développer des pesticides d’origine végétale réduisant la toxicité dans les systèmes alimentaires, ainsi que des alternatives végétales aux solvants issus des énergies fossiles présents dans de nombreux produits de soin, dans les détergents et dans les peintures.
Après dix ans de recherche et développement, nous disposons d’environ 200 brevets protégeant nos technologies. Nous sommes désormais entrés dans une phase de commercialisation et de passage à l’échelle. Après une décennie de travail, le lancement d’un produit sur le marché est toujours un moment particulièrement marquant.
Tout le monde n’est pas sensible à la durabilité, mais tout le monde veut vivre plus longtemps et en meilleure santé
Quels sont les principaux défis liés au déploiement de vos produits à grande échelle ?
Je suis profondément convaincu que la chimie verte est une industrie d’avenir, mais le discours autour de la durabilité évolue. Pour réussir, votre produit se doit d’être durable. Mais les clients attendent également des produits plus performants – et cela passe forcément par l’innovation.
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Aujourd’hui, il nous faut également démontrer que nos solutions répondent aux exigences de sécurité tout en restant compétitives en termes de coût d’usage. Tout le monde n’est pas sensible à la durabilité, mais tout le monde veut vivre plus longtemps et en meilleure santé. Et même si un produit peut parfois être plus cher à l’achat, il peut tout à fait trouver son marché s’il se révèle moins coûteux à l’usage. Lorsqu’une solution répond à un besoin réel, les clients seront prêts à payer. En définitive, le succès commercial de nos produits dépendra de notre capacité à générer les économies d’échelle dont nos clients ont besoin, grâce à des collaborations efficaces, ce qui est valable pour toute technologie.
L’autre point, c’est que l’adoption ne peut pas se faire du jour au lendemain. La reformulation d’un produit commercialisé à l’échelle mondiale implique de nombreuses phases de tests et d’analyses, ainsi qu’un temps de développement conséquent avant sa mise sur le marché. Il peut ainsi s’écouler jusqu’à deux ans entre le début d’une collaboration avec un nouveau client et le lancement d’un produit reformulé.
Pour les acteurs de la chimie ou les entreprises de biens de consommation, la stabilité et la visibilité à long terme sont essentielles
Quel est l’impact de la géopolitique sur votre activité ?
À bien des égards, l’instabilité géopolitique actuelle constitue un avantage pour le secteur de la biochimie, car nous sommes en concurrence avec des ingrédients issus de l’industrie fossile.
Pour les acteurs de la chimie ou les entreprises de biens de consommation, la stabilité et la visibilité à long terme sont essentielles. Or, lorsque les prix des carburants augmentent, les prix des ingrédients d’origine fossile augmentent également. C’est précisément là que le secteur de la biochimie peut apporter davantage de stabilité, car la disponibilité de notre matière première, la biomasse, est moins exposée à l’instabilité géopolitique. Et à mesure que l’écart de prix entre les ingrédients d’origine fossile et les alternatives biosourcées se réduit, nos produits gagnent en compétitivité.
L’Europe perd toutefois du terrain dans le secteur de chimie. Elle représentait auparavant 25% du marché mondial, mais cette part est aujourd’hui tombée à environ 13%, tandis que la Chine en représente désormais 50%. Si nous n’agissons pas, l’Europe risque de voir disparaître une grande partie de cette industrie. Nous avons besoin de conditions de concurrence équitables, ce qui suppose d’appliquer aux importations les mêmes exigences environnementales qu’aux producteurs européens. Sans cela, la production continuera de se délocaliser et l’Europe perdra encore en capacité industrielle. L’heure n’est plus seulement au débat, mais à l’action.
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