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AI for Good : pourquoi l’éthique et la responsabilité doivent évoluer au même rythme que l’innovation
points clés.
L’impact à long terme de l’intelligence artificielle (IA) dépendra non seulement des avancées technologiques, mais aussi de l’évolution de l’éthique, de la gouvernance, de la transparence et de la responsabilité en matière d’IA, parallèlement au développement de systèmes d’IA de plus en plus performants
Lors d’un événement AI for Good organisé par Lombard Odier, en partenariat avec TIGER 21, les intervenants ont souligné qu’une IA responsable repose sur l’explicabilité, la supervision humaine et une définition claire des responsabilités, sans attendre que la réglementation évolue
Pour les entreprises spécialisées dans l’IA, le succès durable ne dépendra pas uniquement de leurs capacités techniques. Une expertise approfondie dans leur domaine, une IA explicable et un déploiement responsable deviennent des avantages concurrentiels majeurs
De la cybersécurité à l’inclusion financière, les fondateurs d’entreprises d’IA ont montré comment l’IA relevait déjà des défis concrets, tout en soulignant l’importance de la supervision humaine, de la responsabilité et de la confiance.
Alors que l’intelligence artificielle (IA) transforme les économies, les secteurs d’activité et la société, la question centrale n’est plus simplement de savoir ce que cette technologie est capable de faire, mais comment elle doit être utilisée.
C’est autour de cette réflexion que Lombard Odier a organisé une soirée en partenariat avec TIGER 21 Switzerland, à l’approche du Sommet mondial AI for Good des Nations Unies à Genève. Réunissant investisseurs, entrepreneurs et des chefs de file du secteur technologique, l’évènement a exploré les opportunités, mais aussi les responsabilités qui émergent à mesure que l’IA gagne en puissance et s’impose dans tous les domaines.
En ouverture de la soirée, Duncan MacIntyre, Associé et Responsable de la région Royaume-Uni chez Lombard Odier, a présenté l’IA comme un catalyseur de profondes transformations économiques et sociétales, ajoutant que « la question la plus intéressante n’est pas de savoir ce que l’IA peut faire, mais ce que nous choisissons d’en faire ». Florian Kemmerich, président de TIGER 21 Switzerland, partageait cette vision, invitant les participants à considérer l’IA comme une opportunité « d’apprendre, de s’engager, de comprendre » , avant de la qualifier de « véritable bénédiction » pour l’humanité.
Cette question a ensuite été examinée sous trois angles complémentaires : les avancées technologiques qui accélèrent le développement de l’IA, les cadres de gouvernance et d’investissement nécessaires à sa gestion responsable, ainsi que les entrepreneurs qui relèvent déjà ces défis en créant la prochaine génération d’entreprises spécialisées dans l’IA.
La question la plus intéressante n’est pas de savoir ce que l’IA peut faire, mais ce que nous choisissons d’en faire
La dixième ère des machines
Stephen Ibaraki, fondateur de l’AI for Good Forum, a ouvert les débats en proposant une vision ambitieuse de l’avenir des technologies. Il a construit son premier ordinateur doté d’intelligence artificielle à l’âge de dix ans, déjà déterminé à l’utiliser un jour à bon escient, une conviction nourrie par de solides valeurs familiales fondées sur le désir d’agir pour le bien commun et de contribuer à la société. Cet instinct l’a amené à travailler comme consultant pour Microsoft à ses débuts, puis à conseiller une coalition de grandes institutions financières sur leurs stratégies d’innovation et d’investissement technologique.
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Sa thèse centrale repose sur ce qu’il appelle le « virage S11 » (S11 shift) : onze technologies convergentes, de la fusion nucléaire et de l’informatique quantique à la robotique avancée et aux biotechnologies, organisées autour d’un cercle vertueux articulé autour de cinq piliers : l’énergie, les infrastructures matérielles, les réseaux, l’intelligence et l’autonomie. Stephen Ibaraki affirme que cette convergence marque le début d’une « dixième ère des machines », susceptible, selon lui, de générer des milliers de milliards de dollars d’opportunités économiques au cours de la prochaine décennie. Parmi les risques identifiés, il a notamment souligné la menace croissante que fait peser l’informatique quantique sur les systèmes de chiffrement, un sujet jugé suffisamment critique pour que les banques qu’il conseille fassent appel à lui chaque année pour faire le point sur la situation.
Pourtant, a-t-il souligné, cette opportunité s’accompagne de risques majeurs – géopolitiques, économiques, éthiques et sociaux – qui rendent indispensables la responsabilité, la supervision humaine et la transparence à mesure que ces technologies se déploient à grande échelle. Selon lui, anticiper cette transformation suppose de savoir remettre en question ses certitudes, d’expérimenter en permanence, de favoriser les échanges entre disciplines et de constituer des réseaux diversifiés.
Michael P. Nash, réalisateur d’un nouveau documentaire produit par Leonardo DiCaprio, a ensuite présenté un aperçu du film avant son lancement. Il a expliqué que le projet avait vu le jour il y a deux ans à partir d’une seule question ouverte : l’IA peut-elle contribuer à résoudre les plus grands défis de l’humanité et à bâtir un avenir auquel nous avons envie de croire ? À ses yeux, la plupart des personnes interrogées se situaient entre les deux extrêmes qui dominent aujourd’hui le débat public – celle d’une technologie porteuse d’une menace existentielle et celle d’une promesse sans limites – et se disaient à la fois optimistes et préoccupées par le monde qu’elles laisseront à leurs enfants et petits-enfants.
La technologie à elle seule ne déterminera pas l’issue. Cela doit être un choix délibéré . L’IA finira par tendre un immense miroir à l’humanité
Un échange a profondément changé l’orientation du documentaire : une aînée autochtone de Maui l’a invité à délaisser ses questions sur l’IA pour s’intéresser à ce qu’elle considérait comme la forme d’intelligence la plus importante de toutes – l’intelligence ancestrale. Cette idée est devenue le fil conducteur du documentaire et s’exprime, dans l’extrait projeté, à travers la voix de la Terre-Mère : « Je vous demande de repenser votre avenir. » Pour Michael P. Nash, le message est sans équivoque : la technologie à elle seule ne déterminera pas l’issue. « Cela doit être un choix délibéré », a-t-il déclaré à l’auditoire, estimant que l’IA finira par « tendre un immense miroir à l’humanité » et qu’il nous appartient, dès aujourd’hui, de décider ce que ce reflet montrera.
Investissement, innovation et impact mondial
Cet appel à l’intentionnalité fut repris lors du panel de discussion qui a suivi. Animé par Stephen Ibaraki, celui-ci réunissait quatre experts spécialisés dans l’investissement, l’entrepreneuriat, les politiques publiques et l’impact sur la jeunesse qui ont chacun apporté un éclairage différent sur les conditions nécessaires au développement d’une IA au service du bien commun.
Si nous ne mettons pas l’IA au service du progrès humain et de la société, elle risque de nous échapper
Florence Kiss, Impact expert chez Lombard Odier, a d’emblée donné le ton en appelant à la prudence face aux promesses de l’IA en matière de durabilité. S’appuyant sur les recherches de Lombard Odier, elle a fait remarquer que les gains d’efficacité annoncés – tels que les réductions d’émissions de CO2 attribuées à l’optimisation par l’IA – peuvent perdent de leur attrait si l’on examine la situation dans son ensemble : consommation d’énergie et d’eau des centres de données, production de déchets et effets sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Selon elle, la gouvernance doit être repensée à l’ère de l’IA précisément parce que cette technologie est encore en pleine évolution. Son constat est sans appel : « Si nous ne mettons pas l’IA au service du progrès humain et de la société, elle risque de nous échapper. »
Si la gouvernance définit les conditions permettant un usage responsable de l’IA, le succès commercial repose quant à lui sur d’autres capacités. Pour Ben Robinson, cofondateur et CEO d’Aperture, ce succès passe de plus en plus par l’orchestration. S’appuyant sur son expérience d’investisseur dans la FinTech, il décrit le secteur comme traversant un véritable « changement de phase», des premières solutions spécifiques axées sur les économies de coûts vers une IA agentique capable de gérer intégralement les flux de travail. Cette évolution, explique-t-il, place la barre nettement plus haut : elle exige une expertise approfondie du domaine, des données propriétaires et, dans les secteurs réglementés comme les services financiers, une approche réfléchie de l’explicabilité dès la conception.
Nous ne devons pas attendre une définition de la responsabilité, mais la définir nous-mêmes
La gouvernance implique également d’agir en amont de la réglementation. Fort de ses connaissances en matière de politique et de réglementation, Hannes Chopra, CEO de RaSa Future Fund et de RaSa Consulting, propose un principe à suivre pour les comités de direction : « Nous ne devons pas attendre une définition de la responsabilité, mais la définir nous-mêmes. » Concrètement, a-t-il expliqué, cela signifie que tout système d’IA interagissant avec des clients ou des collaborateurs doit avoir un responsable clairement identifié et faire l’objet d’un processus de validation défini avant son déploiement, tout en s’inscrivant, de manière paradoxale, dans un environnement suffisamment ouvert pour permettre aux employés à tous les niveaux de l’organisation d’expérimenter ces technologies en toute sécurité.
Soit les inégalités se creuseront, soit nous aurons l'occasion de rétablir l'égalité des chances
Combler le fossé des opportunités offertes par l’IA
Taha Bawa, cofondateur et CEO de Goodwall, a fait valoir le point de vue de la Génération Z, centré sur la question de l’accès. Les parcours « learning to earning » (menant de l’acquisition de compétences à la génération de revenus) proposés par Goodwall visent à permettre aux jeunes du monde entier d’utiliser l’IA pour créer de petites entreprises et saisir de nouvelles opportunités de revenus. Selon lui, l’enjeu est structurel : « soit les inégalités se creuseront, soit nous aurons l'occasion de rétablir l'égalité des chances. » Mais pour que ce second scénario se concrétise, il faut non seulement déployer la technologie, mais aussi inviter les communautés à participer à cette transformation.
Pour clore la session, Stephen Ibaraki a demandé aux différents intervenants ce qu’ils refuseraient d’optimiser à l’aide de l’IA, même avec des avantages économiques évidents. Les réponses convergeaient toutes vers une même idée : maintenir la responsabilité humaine. « Nous devons garder les êtres humains dans l’équation. Nous devons préserver la responsabilité », a déclaré Florence Kiss. Hannes Chopra s’est montré tout aussi catégorique : « Nous ne devrions jamais accorder plus de confiance à un système d’IA que ne nous le permettent les personnes qui en sont responsables », avant d’ajouter que la confiance dans les relations humaines, des décisions de recrutement aux partenariats, ne devrait jamais être externalisée. Ben Robinson a résumé cette conviction en une phrase : « Je ne pense pas que nous puissions déléguer l’éthique à l’IA. »
Nous devons garder les êtres humains dans l’équation. Nous devons préserver la responsabilité
L’IA en pratique : des entrepreneurs face à des défis concrets
La soirée s’est achevée par une session de présentation de type « Qui veut être mon associé ? » (aussi connu comme « Dragon’s Den » au Royaume-Uni ou « Shark Tank » aux États-Unis), au cours de laquelle plusieurs fondateurs ont présenté au panel d’experts leurs projets dans des domaines tels que la gouvernance, la durabilité, la finance, la cybersécurité et l’inclusion. Au-delà de la diversité des applications, certains défis étaient communs à tous.
Maintenir une supervision humaine
Préserver une supervision humaine adéquate s’est imposé comme l’un des principaux défis commerciaux immédiats. À mesure que les agents d’IA prennent en charge des processus décisionnels de bout en bout avec une autonomie croissante, plusieurs fondateurs ont souligné que les mécanismes de supervision peinent à suivre. L’un d’eux a souligné que les entreprises s’empressaient de déployer des agents capables d’exécuter des tâches complexes avec une supervision humaine limitée. Sa réponse consiste à développer des systèmes qui permettent de suivre et de vérifier chaque étape du processus décisionnel d’un agent, plutôt que de se fier uniquement au résultat final.
Combattre l’IA par l’IA
Le domaine de la cybersécurité offre sans doute l’exemple le plus frappant de l’accélération de la course technologique autour de l’IA. À mesure que les cybercriminels exploitent eux aussi l’IA, pour analyser des données divulguées afin d’identifier des vecteurs d’attaque ou tirer parti de l’anonymat des actifs numériques, plusieurs jeunes entreprises ont présenté des solutions d’IA conçues comme des contre-mesures, capables de détecter les vulnérabilités avant les acteurs malveillants et d’apporter une véritable rigueur d’investigation à une économie on-chain en pleine expansion.
Démocratiser l’accès grâce à l’IA
Au-delà des gains d’efficacité, plusieurs fondateurs ont estimé que le principal potentiel de l’IA réside dans sa capacité à élargir la participation économique, en faisant de cette technologie moins un outil d’automatisation qu’un moyen d’ouvrir des marchés jusque-là inaccessibles à certaines populations. Les exemples cités allaient de la création d’identités financières pour les femmes privées d’accès au crédit, à l’aide apportée aux investisseurs pour évaluer plus efficacement certaines catégories d’actifs – telles que le capital naturel – que ne le permettaient les processus traditionnels.
Pourtant, malgré toute l’ambition technologique présentée au cours de la soirée, les fondateurs ont revenus à une même conclusion : l’IA à elle seule ne suffit pas. Le véritable défi, celui qui s’inscrit dans la durée, réside dans la capacité à maîtriser les cadres réglementaires, à instaurer la confiance et à traduire les résultats de l’IA en éléments sur lesquels un être humain est prêt à fonder ses décisions. Comme l’ont relevé plusieurs participants, l’IA peut favoriser un accès plus large et améliorer la prise de décision, mais elle ne remplace ni la responsabilité ni la confiance, qui se gagnent avec le temps.
Le véritable enjeu n’est plus de savoir ce dont l’IA est capable, mais si elle peut être déployée de manière responsable
La responsabilité humaine face à l’IA
Cet événement a été l’occasion de présenter une multitude d’idées ambitieuses, allant de l’informatique quantique et des agents autonomes à de nouveaux modèles dans les domaines de la finance, de la cybersécurité et de l’inclusion. Pourtant, derrière cet optimisme technologique s’est dégagé un consensus frappant : le véritable enjeu n’est plus de savoir ce dont l’IA est capable, mais si elle peut être déployée de manière responsable. À mesure que l’IA gagne en puissance et s’impose dans tous les secteurs, la responsabilité s’impose non pas comme un frein à l’innovation, mais comme le fondement qui déterminera, en définitive, si l’IA gagnera la confiance de la société.
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