Le capital privé au service du bien public

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Le capital privé au service du bien public

Le 16 septembre 2021, Hubert Keller, Associé-gérant senior chez Lombard Odier, a participé à un événement en ligne organisé par Onward1, un groupe de réflexion dédié au développement des opportunités économiques et des communautés au Royaume-Uni. Hubert Keller a ainsi participé avec Will Tanner, le directeur d’Onward, ainsi qu’avec son excellence Kwasi Kwarteng, député et Secrétaire d’Etat britannique aux Entreprises, à l’Energie et à l’Industrie, et Rhian-Mari Thomas, le directeur du Green Finance Institute, à une table ronde sur la thématique de l’événement, à savoir : « le capital privé au service du bien public ». La discussion a porté sur le rôle du secteur financier et des décideurs politiques pour accompagner la transition vers la neutralité carbone grâce au capital vert.

« Dès lors que toute une gamme de technologies est nécessaire pour atteindre la neutralité carbone, une seule source de financement ne saurait suffire », a partagé Kwasi Kwarteng.

La discussion a porté sur le rôle du secteur financier et des décideurs politiques pour accompagner la transition vers la neutralité carbone grâce au capital vert

Trois défis pour le secteur de l’investissement

Le secteur de l’investissement, qui gère quelque USD 120’000 milliards de capitaux, est de plus en plus engagé en faveur de la neutralité carbone, et plusieurs acteurs du secteur ont déjà fait part de leur intention de déployer des capitaux dans ce sens. Le secteur reste cependant confronté à plusieurs défis de taille.

Le premier est celui de l’exposition financière à la problématique du climat, qui peut prendre plusieurs formes, selon le scénario climatique retenu. Dans le scénario le plus optimiste, où le monde se rapprocherait rapidement de l’objectif de limitation du réchauffement mondial de 1,5 à 2 °C tel que fixé par l’Accord de Paris, l’exposition de l’ensemble des secteurs à la transition serait conséquente. Cette transition imposerait en effet un changement des modèles économiques pour se diriger vers une économie CLIC™, autrement dit une économie circulaire, efficiente, inclusive et propre. A l’inverse, dans le scénario le plus pessimiste, caractérisé par des actions inappropriées, la température pourrait augmenter de plus de 3 à 3,5°C. Dans ces conditions, l’exposition à la transition serait moindre, le nombre d’entreprises faisant l’effort de s’adapter en vue de la neutralité carbone étant plus limité. En revanche, les risques physiques et les risques de litiges seraient bien plus importants et donneraient lieu à d’autres problèmes pour l’économie mondiale.

Le deuxième défi a trait au caractère particulièrement complexe de la question climatique, d’autant plus que l’expertise nécessaire pour appréhender cette complexité doit encore être développée. Des questions difficiles et nombreuses se posent pour le secteur de l’investissement. Il s’agit notamment de déterminer le type d’émissions sur lequel il convient de mettre l’accent et la manière de traiter les aspects relatifs à la compensation carbone et aux émissions évitées. Malheureusement, il n’existe pas encore de cadre commun fixant des principes directeurs en matière d’allocation du capital dans la perspective de la transition vers la neutralité carbone. La Taxonomie de l’UE n’est d’ailleurs pas d’une grande aide à cet égard. En effet, elle ne tient pas compte de la nécessité de soutenir les entreprises migrant des activités dites « brunes » vers des activités « vertes », contribuant ainsi à la transition vers la neutralité carbone.

Le dernier défi est de savoir comment le secteur de l’investissement peut jouer son rôle de financement de l’économie réelle tout en soutenant la transition vers la neutralité carbone. L’économie réelle est encore bien loin des objectifs de l’Accord de Paris, a fortiori de la neutralité carbone. Ce fossé entre les ambitions et l’économie réelle soulève la question de la manière dont notre secteur doit déployer des capitaux à grande échelle dans la perspective de la décarbonisation.

Ce fossé entre les ambitions et l’économie réelle soulève la question de la manière dont notre secteur doit déployer des capitaux à grande échelle dans la perspective de la décarbonisation

Chez Lombard Odier, nous pensons que, face à ces défis, il convient de repenser notre approche en mettant l’accent sur deux aspects.

Il nous faut tout d’abord abandonner l’approche de la simple exclusion, notamment pour les secteurs affichant actuellement une empreinte carbone élevée. Selon nous, c’est justement dans ces secteurs à fortes émissions que se jouera l’essentiel de la transition. Et c’est aussi dans ces secteurs que le financement de la transition est le plus nécessaire et que des leaders climatiques sont déjà en train d’émerger.

Selon nous, c’est justement dans ces secteurs à fortes émissions que se jouera l’essentiel de la transition

Nous devons ensuite faire davantage d’efforts pour comprendre la trajectoire de transition de chaque entreprise, autrement dit ce que l’entreprise a l’intention de faire pour diviser par deux les émissions de carbone d’ici à 2030 et comment elle s’aligne sur l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050. Cette compréhension est essentielle pour pouvoir commencer à quantifier et évaluer l’impact financier de cette transition, et faire de l’exposition financière liée au climat notre principe directeur en matière d’allocation de capital aux stratégies axées sur la neutralité carbone. C’est ainsi qu’en tant que secteur, nous pourrons respecter nos engagements en matière de neutralité carbone et aider l’économie à aller dans la bonne direction.

« Nous devons faire davantage d’efforts pour comprendre la trajectoire de transition de chaque entreprise, autrement dit ce que l’entreprise a l’intention de faire pour contribuer à diviser par deux les émissions de carbone d’ici à 2030 et comment elle s’aligne sur l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050 », a dit Hubert Keller

Soutenir les technologies contribuant à la transition vers la neutralité carbone

En matière de finance soutenable, il convient d’établir une distinction entre « l’écologisation » des capitaux existants et le financement d’investissements verts.

L’écologisation représente le défi le plus important puisque ce sont ne pas moins de USD 120’000 milliards de capitaux qui doivent être redéployés de manière à s’aligner sur les défis et les opportunités qui accompagnent la transition environnementale. Considéré à l’aune de la transition vers la neutralité carbone, cela représente un véritable travail de titan. Et surtout, il est impossible d’atténuer le risque systémique simplement en sortant des secteurs pour lesquels la réduction des émissions s’annonce difficile. Il est au contraire de notre responsabilité en tant que détenteurs d’actifs de veiller à ce que les entreprises mettent bien en œuvre leurs stratégies de transition et qu’elles financent les innovations nécessaires à cet effet. C’est là le rôle des investisseurs : financer l’économie réelle de manière à accélérer les progrès vers les objectifs climatiques.

C’est là le rôle des investisseurs : financer l’économie réelle de manière à accélérer les progrès vers les objectifs climatiques

Concernant le financement des investissements verts, plusieurs options existent. Par exemple, les opportunités sont de plus en plus nombreuses dans le domaine du capital naturel et des nouvelles technologies, infrastructures et actifs qui y sont liés. Tout cela offre des opportunités d’investissement intéressantes pour le secteur financier. Cela dit, les investissements verts, à savoir les investissements dans des solutions climatiques, ne représenteront jamais plus qu’une faible part des USD 120’000 milliards.

« Le défi de l’investissement dans la technologie à ses premiers stades de développement renvoie à la question de savoir comment déployer des capitaux à la fois publics et privés de manière à optimiser les risques », a partagé Rhian-Mari Thomas.

…les opportunités sont de plus en plus nombreuses dans le domaine du capital naturel et des nouvelles technologies, infrastructures et actifs qui y sont liés

Il ne faut pas non plus oublier que ce n’est ni le rôle ni le mandat de la plupart des institutions financières de financer l’innovation et la technologie à ses premiers stades de développement. Prenons l’exemple de l’éolien offshore au Royaume-Uni, qui représente quelque 40% des capacités de production d’éolien offshore au niveau mondial. C’est aujourd’hui un modèle de réussite mais, au départ, les investissements de la Green Investment Bank ont été indispensables pour soutenir le secteur. Toutefois, une fois que la technologie a fait ses preuves, le secteur public a pu passer le relais aux investisseurs institutionnels qui assurent désormais la totalité du financement de l’éolien offshore au Royaume-Uni.

En d’autres termes, le défi de l’investissement dans la technologie à ses premiers stades de développement renvoie à la question de savoir comment déployer des capitaux à la fois publics et privés de manière à optimiser les risques. Et l’éolien n’est qu’un exemple parmi d’autres. En matière de transition vers la neutralité carbone, ni les investisseurs, ni les autorités publiques ne peuvent faire cavalier seul.

 

1 https://www.ukonward.com/

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