Article publié dans « Voix d’entrepreneurs » en partenariat avec le Figaro le 1er octobre 2026
À la Philharmonie de Paris, Roxane Laigle, cofondatrice et CEO de Lemrock AI, Jean-Baptiste Kempf, serial entrepreneur et président de VideoLAN, et Maxime Dubouloz, directeur Corporate Advisory chez Lombard Odier, partagent leurs expériences lors d’une conversation orchestrée par Sébastien Couasnon. Dans ce nouvel épisode de « Voix d’entrepreneurs », ils reviennent sur la genèse de leurs aventures entrepreneuriales dans la tech, où l’incontournable IA accélère et transforme tout sur son passage.
Roxane Laigle a d'abord imaginé l'hyperpersonnalisation du commerce chez Fnac Darty, avant de fonder Lemrock AI pour donner corps au commerce agentique, grâce auquel un assistant IA peut effectuer des achats pour le compte d’un utilisateur.
Jean-Baptiste Kempf, préside quant à lui VideoLAN, l'association derrière VLC, soit l'un des logiciels les plus téléchargés au monde et qui a révolutionné la lecture vidéo. Trente ans après sa création, VLC continue d’évoluer pour proposer de nouvelles fonctionnalités grâce à l’IA.
Maxime Dubouloz, directeur Corporate Advisory chez Lombard Odier, apporte son expérience de conseil et insiste sur le fait que les entreprises traditionnelles doivent elles aussi adopter l’IA, sous peine de commencer à accumuler un retard en la matière. En France, les usages de l’intelligence artificielle progressent vite mais restent minoritaires : en 2025, seules 18 % des entreprises implantées dans l’hexagone comptant 10 salariés ou plus déclarent utiliser au moins une technologie d'intelligence artificielle selon l'Insee1. C’est huit points de plus qu'en 2024, ce qui témoigne d’une prise de conscience naissante, mais encore trop peu généralisée.
Découvrez en vidéo comment l’IA transforme l’entrepreneuriat et réinvente les modèles d’entreprise avec Roxane Laigle, Jean-Baptiste Kempf et Maxime Dubouloz :
Créer les standards du secteur en devenant le pionnier du commerce agentique
Fin 2024, Roxane Laigle a une idée en tête et la certitude d’avoir « quelque chose à apporter » : elle veut réinventer l’e-commerce. Alors directrice de la stratégie et de l'innovation chez Fnac Darty, elle a pour mission de perfectionner le concept d'hyperpersonnalisation, « c’est-à-dire proposer le bon produit, au bon moment, à la bonne personne », selon ses mots. Elle réalise qu’il manque une brique technologique pour réussir le passage à l’échelle qui consiste à conseiller en temps réel des millions de clients de manière personnalisée.
Le potentiel de croissance du commerce agentique est colossal : selon une étude SopraSteria, 310 milliards d'euros de transactions pourraient être assistés par des agents IA d'ici dix ans
« L'arrivée de l'IA générative a rendu cette révolution possible et m’a poussée à créer Lemrock », déclare Roxane. En effet, il devient alors possible de dialoguer avec chaque client spécifiquement, dans la mesure où il a recours à une IA conversationnelle. Comme le ferait un vendeur en magasin, il faut comprendre ses besoins et le guider au mieux. Le commerce agentique va même plus loin, puisqu’il est question de décharger complètement le client de l’acte d’achat : l’IA, fidèle à ses directives, réalise les transactions de manière autonome. Concrètement, Lemrock relie les catalogues des e-commerçants aux assistants IA comme ChatGPT, Gemini ou Le Chat, avec des prix et des stocks mis à jour en temps réel.
« Nous avons été les premiers à faire du commerce agentique, à une époque où le terme lui-même n'existait même pas, raconte la jeune femme. Cela a demandé un travail d'évangélisation, le concept étant mal compris au départ ». Ce qui peut sembler un obstacle s’est au contraire révélé une opportunité « cela nous a permis de prendre de l'avance et de contribuer à créer les standards du secteur », confirme Roxane. Aujourd’hui, Lemrock compte une centaine de clients parmi lesquels Maisons du Monde, Cdiscount ou Darty et conserve une avance dans son secteur. Le potentiel de croissance de cette technologie est colossal : selon une étude SopraSteria, 310 milliards d'euros de transactions pourraient être assistés par des agents IA d'ici dix ans2, en Europe.
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L’IA révolutionne aussi les technologies qui la précèdent
L’histoire de l’entrepreneuriat dans la tech de Jean-Baptiste Kempf implique de remonter un peu dans le temps. En 1995, ce qui n'était encore qu'un projet étudiant allait donner naissance à l'un des logiciels les plus téléchargés au monde : VLC, qui permet de lire toutes les vidéos, quel qu'en soit le format et sur n'importe quel support. À sa tête aujourd'hui : Jean-Baptiste Kempf, l'un des piliers de l'aventure et président de l'association VideoLAN, qui développe et distribue VLC. « J'adore travailler sur de la tech très compliquée, mais pas pour des experts, plutôt pour la mettre entre les mains du plus grand nombre », explique-t-il. C’est dans cet esprit qu’en 2001, VLC devient « open source », autrement dit : gratuit, mais aussi librement diffusable, utilisable et modifiable par chacun. Le succès est au rendez-vous et VLC franchit le cap du million de téléchargements en 2004 ; deux décennies plus tard, le compteur dépasse les 7 milliards3, ce qui en fait l'un des logiciels indépendants les plus téléchargés de l'histoire de l'informatique. Même si « le chiffre réel est probablement bien supérieur car le logiciel peut être redistribué. Il est par exemple utilisé par quantité de grandes entreprises comme Airbus, Boeing ou La Poste », précise Jean Baptiste.
L’entrepreneur reste conscient de la nécessité pour VLC de se réinventer. Au CES 2025, VideoLAN a présenté un développement rendu possible grâce à l’IA : générer automatiquement les sous-titres d'une vidéo et les traduire en temps réel, sans connexion Internet
Loin de se laisse aveugler par ce succès, l’entrepreneur reste conscient de la nécessité pour VLC de se réinventer. Au CES (Consumer Electronics Show) 2025, l’un des plus grands salons professionnels mondiaux consacrés aux technologies et à l’innovation organisé chaque année à Las Vegas, VideoLAN a présenté un développement rendu possible grâce à l’IA : générer automatiquement les sous-titres d'une vidéo et les traduire en temps réel, sans connexion Internet. Encore en développement, cette fonctionnalité est attendue avec la future version 4.0 du logiciel.
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Trois niveaux d’adoption de l’IA selon la maturité des entreprises
Quid des entreprises qui n’utilisent pas encore l’IA ? Sont-elles déjà dépassées ? « L’IA est un vrai sujet de transformation et il faut l’intégrer » explique Il distingue trois approches différentes au sein des TPE et PME qu’il accompagne au quotidien.
La première concerne principalement les dirigeants les plus expérimentés. Convaincus de pouvoir poursuivre leur activité sans recourir à l’intelligence artificielle, ils préfèrent laisser à la génération suivante le soin de s’emparer de cette technologie. Cette position représenterait environ 20 % des interlocuteurs de Maxime. Une portion minoritaire donc, mais qui attire tout de même l’attention du professionnel, tant elle semble peu durable.
Les dirigeants d’entreprise qui ont fait ce choix d’usage ont conscience de l’importance de cette nouvelle technologie et une bonne visibilité de ce qu’elle peut leur apporter au quotidien. Toutefois, ils se limitent encore trop à un usage de l’IA qui intervient trop tard dans le processus de création de valeur.
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La troisième catégorie d’entrepreneurs est saluée par Maxime Dubouloz. Elle rassemble des entreprises plus matures et audacieuses dans leur réflexion. Celles-ci ne se contentent pas d’ajouter une couche d’IA à leurs outils existants mais elles réexaminent leurs processus, leur organisation et parfois même leur modèle opérationnel. Elles opèrent un virage « puissant », selon les termes de Maxime, mais surtout, comptent sur le temps long pour récompenser leur dimension pionnière et leur capacité à changer de braquet. « L’IA permet d’obtenir des gains de productivité parfois énormes, parfois marginaux. Mais même les gains marginaux ont leur importance : cumulés, ils peuvent devenir phénoménaux. », encourage le spécialiste.
Les échanges entre les trois invités font ressortir un même constat : qu’elle soit à la pointe de l’innovation ou installée depuis plusieurs décennies, une entreprise ne peut plus faire l’impasse sur l’IA. La question n’est désormais plus de savoir s’il faut l’adopter
Retrouvez l’intégralité du podcast « Voix d’entrepreneurs » sur la chaîne YouTube du Figaro.
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