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    Les Chroniques CLIC® : SEP, une marque de mode de luxe éthique qui fait découvrir les talents de broderie des femmes réfugiées à la Fashion Week

    Les Chroniques CLIC® : SEP, une marque de mode de luxe éthique qui fait découvrir les talents de broderie des femmes réfugiées à la Fashion Week
    © Paul Whitfield

    Entretien avec Roberta Ventura, Fondatrice & CEO, SEP


    Parlez-nous de SEP. Sur quoi repose votre marque de mode et quelle est sa mission ?

    SEP, pour « Social Enterprise Project » (projet d’entreprise sociale), a vu le jour en tant que marque d’accessoires de mode responsable et soutenable. Nous voulions que des milliers de femmes réfugiées passent au-dessus du seuil de pauvreté grâce à leur talent et à leur savoir-faire.

    En 2013 lors de sa création, SEP était la première entreprise jordanienne privée implantée dans le camp de réfugiés de Jerash (ou « camp de Gaza » comme on l’appelle également), qui existe depuis 1968. SEP travaille avec les femmes du camp, afin de mettre à contribution leur talent dans la broderie à la main. Ce faisant, SEP permet à des centaines de femmes et à leur famille d’acquérir une certaine indépendance économique et émotionnelle. Notre mission : nous voulons que des milliers de femmes réfugiées passent au-dessus du seuil de pauvreté grâce à leurs propres compétences.

    SEP a vu le jour en tant que marque d’accessoires de mode révolutionnaire et soutenable. Nous voulions que des milliers de femmes réfugiées passent au-dessus du seuil de pauvreté grâce à leur talent et à leur savoir-faire

    Vous avez travaillé dans le secteur de la banque d’investissement pendant vingt ans. Qu’est-ce qui vous a poussée à créer SEP ?

    Je m’intéresse aux réfugiés du Moyen-Orient depuis que je suis jeune. Pendant mes études de commerce à l’université Bocconi de Milan, j’ai rédigé ma thèse sur la reconstruction du Liban après la guerre civile. Pour mes recherches, l’université m’a aidée à trouver un stage chez Reuters à Beyrouth. Là-bas, l’un de mes collègues était un réfugié du camp d’Aïn El-Heloué, dans le sud du Liban, et je l’ai convaincu de m’y emmener. J’ai pu écouter des témoignages imprégnés d’histoire, de géographie, d’identité, de résilience et de survie. Ces témoignages ont été une source d’inspiration pour moi et j’ai décidé de contribuer à générer un impact social positif au sein des communautés de réfugiés. Toutefois, il fallait d’abord que je travaille pour gagner ma vie, et je me suis lancée dans le secteur bancaire. Mais je n’ai jamais oublié les camps. Et puis en 2013, j’ai eu l’occasion de retourner là-bas pour aider une ONG locale à étudier le camp de Jerash, en Jordanie. J’avais alors vingt ans de carrière dans la banque derrière moi et je pouvais me consacrer à ma plus grande passion. J’ai étudié le camp pour l’ONG et j’ai découvert que les résidents voulaient travailler et gagner de l’argent. Ils n’avaient pas besoin d'une ONG de plus.

    J’ai donc décidé de créer une société pour travailler avec eux, pour mettre fin aux stéréotypes sur les réfugiés et pour redonner de la dignité, de la beauté et de l’indépendance à ces femmes incroyablement fortes. C’est ainsi que SEP a vu le jour. Au départ, c'était un projet en parallèle à mes autres activités, mais, en 2016, je me suis rendue à l’évidence : je devais y consacrer toute mon attention pour que SEP devienne une véritable entreprise. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de tourner la page et de changer de carrière. 

    Nous avons commencé par travailler avec 20 femmes. Aujourd’hui, SEP collabore avec 600 artistes.

     

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    Que pensez-vous du rôle que les investisseurs peuvent jouer pour instaurer un secteur de la mode plus soutenable ? Qu’en est-il des consommateurs ?

    Nous avons récemment achevé notre premier tour de financement et il est indéniable que les investisseurs qui se sont joints à nous ont une vision claire. Nous représentons à leurs yeux l’un des moyens de créer un secteur de la mode plus soutenable.

    Depuis nos débuts en 2013, nous constatons une demande croissante de clients qui souhaitent éviter les marques de luxe traditionnelles, qui s’intéressent à notre histoire et à notre mission, et qui sont fiers de porter les vêtements de notre marque et de faire partie de notre projet. C’est grâce à leurs exigences et à leur comportement qu’un si grand nombre de marques estiment devoir changer leurs priorités.

    Depuis nos débuts en 2013, nous constatons une demande croissante de clients qui souhaitent éviter les marques de luxe traditionnelles, qui s’intéressent à notre histoire et à notre mission…

    Lire aussi : Vers une mode plus responsable : comment faire ?

     

    En quoi le fait de travailler pour SEP améliore-t-il la vie des femmes des camps ? Quel est l’objectif ultime ?

    Nous travaillons avec des réfugiées palestiniennes et syriennes du camp de Jerash, dans le nord de la Jordanie. Nous avons décidé de démarrer nos activités dans la partie la plus pauvre et la plus reculée de ce camp, où les femmes ne sont plus considérées comme des « agents économiques » depuis quatre générations. Les femmes avec lesquelles nous travaillons pourraient rester réfugiées toute leur vie, ou jusqu’à ce qu’une nouvelle solution politique émerge et qu’elles puissent rentrer chez elles. Dans un cas comme dans l’autre, il est injuste de les laisser croupir dans la pauvreté. SEP valorise leur talent et leur offre un emploi.

    Ce n’est pas de la philanthropie. Il s’agit simplement de leur permettre de renouer avec la vie active et l’indépendance économique, de se réinsérer dans la communauté, de faire passer leur message et d’avoir un impact dans le monde entier grâce à leur art. Alors qu’elles attendent dans le camp, nous leur donnons un but, un salaire et une éducation. En outre, elles améliorent leurs compétences et se préparent pour ce qui les attend à la sortie du camp.

     

    SEP s’est construit autour d’un métier spécifique, la broderie. Pourquoi ?

    Lorsque vous êtes obligé de quitter votre pays et devenez réfugié, vous perdez tout. Mais la seule chose que personne ne peut vous prendre, c’est vos traditions. Pour nous, il était essentiel de définir notre modèle d’affaires autour de compétences célébrant les origines des artistes. Le point de croix est sans doute la technique de broderie la plus connue et la plus répandue au Moyen-Orient. Il exige du temps, de la précision et de la passion. C’est pour cela que SEP a donné la priorité à cet art ancestral.

    L’une de nos artistes m’a même dit qu’elle mettait toutes ses émotions et toute son histoire dans chacune de ses broderies. Pour elle, c’est une bouteille à la mer.

     

    Et vous avez obtenu la certification B-Corp ! Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

    Comme vous le savez, il est très difficile d’obtenir la certification B-Corp. Mais pour nous il était essentiel de faire l’objet d’un audit tiers confirmant que nous pouvons être pris au sérieux.

    Ainsi, nous sommes tenus de rendre des comptes quant aux valeurs de notre entreprise. De plus, nous voulons que nos clients soient de fiers ambassadeurs de notre marque et nous voulons inciter les entreprises du monde entier à ne plus penser uniquement aux bénéfices mais à donner un sens à leurs activités.

     

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    Comment comptez-vous améliorer votre score et avoir un impact plus favorable sur la planète et la population ?

    Avoir un impact positif sur la population est notre priorité. En plus de créer des emplois, nous organisons des activités à impact social, par exemple en proposant régulièrement à nos artistes SEP et à leurs enfants des cours d’anglais, ou en leur apprenant les premiers secours. Bientôt, nous ouvrirons également un centre culturel qui accueillera diverses activités destinées principalement aux enfants. Pour nous, la prochaine étape consiste à améliorer notre impact sur la planète. Nous comptons atteindre le zéro émission nette de façon transparente et mesurable, et ce dès que possible. A ces fins, nous avons entamé un dialogue avec plusieurs entreprises qui pourraient nous aider et nous travaillons actuellement sur une feuille de route adaptée.

    Pour nous, la prochaine étape consiste à améliorer notre impact sur la planète. Nous comptons atteindre le zéro émission nette de façon transparente et mesurable, et ce dès que possible

    Quel problème majeur pensez-vous rencontrer pour atteindre le « net-zero » ?

    Notre fournisseur de transport, Aramex, utilise des sacs biodégradables. DHL comme Aramex offrent des programmes de compensation carbone. Toutefois, nous importons la plupart de nos matières premières, comme le lin et le cachemire, depuis l’Italie vers la Jordanie. Le transport représente donc la majeure partie de notre empreinte carbone et nous envisageons de recruter une tierce partie qui pourra la calculer et nous aider à la compenser.

    Lire aussi : La technologie est au cœur du changement pour le secteur des transports

     

    Où en sera SEP dans cinq ans ? Quel est votre objectif d’expansion ?

    Nous voulons devenir une marque mondiale et espérons y être parvenus dans cinq ans. Nous sommes ravis d’ouvrir le premier magasin SEP à Berlin, dans le quartier de Prenzlauer Berg, le mois prochain. Nous recherchons également l’emplacement idéal à Zurich et à Bâle. Parallèlement, nous comptons étendre nos opérations à d’autres camps et à d’autres pays.

     

    Quels conseils donneriez-vous aux autres marques de mode qui tentent d’améliorer leur impact tout en maintenant un modèle d’affaires solide ?

    Je recommande vivement de ne pas faire les choses à moitié et de définir un modèle qui soit véritablement axé sur l’impact de l’entreprise (surtout pas de greenwashing !). Malheureusement cela prend plus de temps et d’argent, mais le jeu en vaut la chandelle. 

    Je recommande vivement de ne pas faire les choses à moitié et de définir un modèle qui soit véritablement axé sur l’impact de l’entreprise…cela prend plus de temps et d’argent, mais le jeu en vaut la chandelle

    Les semaines de la mode battent leur plein. Qu’attendez-vous de cette saison ?

    Nous sommes comblés d’avoir été invités à la semaine de la mode de Milan par son organisatrice, la Camera della Moda, et nous nous réjouissons à l’idée de rencontrer la presse, les acheteurs et les fashionistas au Centre des créateurs du musée ADI. Nous participerons à un événement centré sur la mode éthique et sociale, donnant la priorité aux femmes défavorisées, aux victimes de violences, aux immigrants et aux réfugiés. Cela aussi prouve bien que nos activités deviennent peu à peu monnaie courante !

    Lire aussi : Encourager le secteur de la mode à assumer ses responsabilités

     

    Dans votre vie de tous les jours, que faites-vous pour avoir un meilleur impact sur la planète et devenir plus soutenable ?

    Pas assez ! Mais ma famille et moi-même évitons désormais de manger de la viande et faisons attention à l’impact de nos voyages sur la planète (nous compensons nos émissions de carbone dans la mesure du possible, nous ne voyageons pas aussi souvent qu’avant et nous donnons la priorité à des hôtes soutenables). Et dès que notre voiture actuelle aura rendu l’âme, nous achèterons une voiture électrique.

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