Encourager le secteur de la mode à assumer ses responsabilités

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Encourager le secteur de la mode à assumer ses responsabilités

Il est indispensable de transformer les pratiques du secteur de la mode et de faire évoluer le comportement des consommateurs. En l’absence de ce double changement, il sera impossible de neutraliser l’impact catastrophique de la production de vêtements sur l’environnement. 

Un séminaire organisé par Lombard Odier avec un groupe de spécialistes de renom a révélé que le secteur de la mode repose bien trop souvent sur le modèle économique du « prendre-utiliser-jeter ». Alors que la semaine de la mode (fashion week) commence à New York, nous discutons de l’impact du secteur - empreinte environnementale importante, dominé par des produits à durée de vie limitée ou utilisés trop rarement, et qui a très peu recours à la réutilisation et au recyclage. Afin de mener la transition vers une économie à zéro émissions nettes, plus soutenable et inclusive, les modèles d’affaires doivent s’adapter

…la mode ne représente que 2,3% du PIB mondial, mais elle engendre quelque 10% des émissions de CO2…

Dr Marie Owens Thomsen, responsable des tendances mondiales et de la soutenabilité chez Lombard Odier, précise que la mode ne représente que 2,3% du PIB mondial, mais qu’elle engendre quelque 10% des émissions de CO2 et qu’elle affiche une forte empreinte en termes de consommation d’eau et de déversement des eaux usées.

« La mode éphémère (fast fashion) a provoqué de fortes perturbations. Par rapport à 1996, nous achetons 40% plus de vêtements, mais les conservons deux fois moins longtemps. Il faut absolument mettre fin à cette tendance », s’indigne-t-elle lors du séminaire « Unlocking style and colour in a sustainable way ».

Cet événement en ligne, qui se penche sur les solutions envisageables dans le secteur de la mode, a permis à plusieurs intervenants basés en Afrique, dont le secteur textile est florissant, de s’exprimer. A l’échelle mondiale, seul 1% des vêtements est recyclé et le reste finit dans les décharges : il est donc vital d’engager à la fois les consommateurs et les producteurs à corriger leurs erreurs.

« Nous avons tous un rôle très important à jouer. Nous devons le prendre au sérieux pour garantir le changement visé dans ce secteur et dans notre économie mondiale », insiste Marie Owens Thomsen.

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Une mode responsable pour l’Afrique

« Le secteur de la mode est gaspilleur en ce qu’il crée des sous-produits et qu’il favorise la perte d’innovation », constate Precious Moloi-Motsepe, fondatrice et dirigeante d’African Fashion International et pilier de la communauté d’affaires sud-africaine. 

…le secteur a certes ses bons côtés, avec de nombreuses tendances positives. Mais le revers de la médaille concerne à la fois la santé de notre planète et les relations des différents pays avec le secteur

Selon elle, le secteur a certes ses bons côtés, avec de nombreuses tendances positives. Mais le revers de la médaille concerne à la fois la santé de notre planète et les relations des différents pays avec le secteur.

« Il existe une forte tension entre un secteur apparemment prestigieux faisant miroiter les opportunités du monde moderne et le déclin induit par une empreinte environnementale énorme, des salaires bas et de conditions de travail défavorables. » 

Le potentiel n’est pas exploité dans de nombreux pays, dont l’Afrique du Sud : le secteur pourrait créer des emplois manufacturiers semi-qualifiés et bien rémunérés, mais on y observe un déclin, des pertes d’emplois et une absence de nouveaux investissements. Cette situation ne peut pas durer. Nous nous trouvons à un tournant décisif », confie-t-elle.

L’Afrique expédie des matières premières vers le reste du monde et, en retour, reçoit des vêtements destinés à la décharge. Environ 70% des vêtements à recycler sont envoyés en Afrique, où un important secteur s’est développé. Mais les personnes qui participent à cette activité n’en bénéficient guère financièrement. « Malheureusement, malgré nos contributions, ces personnes ne sont ni incluses ni récompensées », déplore Precious Moloi-Motsepe. 

Elle ajoute qu’avec l’essor de la mode éphémère, une grande partie des vêtements d’occasion ne trouve plus d’acheteurs en Afrique. Ce segment de la mode est confronté au fait qu’un grand nombre de consommateurs seraient disposés à payer davantage pour leurs vêtements, pour autant qu’ils soient de qualité. « La mode responsable (slow fashion) recèle un potentiel transformateur », estime Precious Moloi-Motsepe, soulignant que les investissements sont cruciaux pour transformer le système de production.

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Susciter l’engagement des consommateurs

Même si les consommateurs interviennent de plus en plus dans le processus visant à améliorer la soutenabilité de la mode, beaucoup d’entre eux peinent à comprendre et mesurer la valeur de leurs actes. 

Dr Marie Owens Thomsen utilise l’exemple d’une personne qui rend à une grande marque de mode un article usagé pour qu’il soit recyclé et reçoit un bon d’achat en échange. Ce consommateur utilise ensuite ce bon d’achat pour acheter un autre vêtement, ce qui continue à alimenter ce cycle.

Les investisseurs doivent aussi amorcer une transition. Tout comme les consommateurs, ils sont confrontés à la question de savoir comment investir de manière responsable dans ce secteur, malgré le manque d’informations pertinentes disponibles

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« Nous avons besoin de meilleures marques et d’un autre niveau d’engagement des consommateurs, tout en investissant davantage pour connaître les meilleures pratiques », explique-t-elle.

Rayana Edwards, femme d’affaires et fondatrice de Sari for Change, remet en cause le fait que de grandes marques importent des produits de leurs pays d’origine au lieu d’utiliser les produits locaux. « Nous devons exercer une pression accrue sur les marques pour qu’elles respectent davantage notre pays et notre main-d’œuvre. La soutenabilité implique aussi que la production soit aussi locale que possible », affirme-t-elle.

« Les investisseurs doivent aussi amorcer une transition. Tout comme les consommateurs, ils sont confrontés à la question de savoir comment investir de manière responsable dans ce secteur, malgré le manque d’informations pertinentes disponibles, renchérit Dr Marie Owens Thomsen.

Nous devons réfléchir davantage à ce que nous faisons, y compris à la manière dont nous investissons ».

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