Les Chroniques CLIC™ : Repenser les textiles pour une économie circulaire

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Les Chroniques CLIC™ : Repenser les textiles pour une économie circulaire

L’entreprise suisse Muntagnard se trouve au cœur de l’économie circulaire. En créant des lignes de vêtements axées sur la soutenabilité, elle est devenue un leader de l’innovation de biotextiles et de la bioéconomie au sens large. Nous nous sommes entretenus avec son co-fondateur Dario Pirovino au sujet de la société Muntagnard et de ses perspectives dans un monde qui s’efforce d’atteindre la neutralité carbone.

 

Quels sont les principaux défis du secteur de la mode en matière de soutenabilité ? 

Dans le système actuel, un très faible pourcentage de tissus peut être recyclé et l’est effectivement. Les vêtements ne sont pas conçus et fabriqués dans une optique de recyclage, si bien que l’on accumule toujours plus de déchets et que l’on a constamment besoin de nouvelles matières premières. Les marques ne savent pas si tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement adhèrent bien aux critères de soutenabilité sociale, environnementale et économique. Il est aussi difficile de comparer les vêtements à cet égard : ces comparaisons peuvent donner des résultats très hétérogènes faute de données comparables et à cause de méthodologies différentes.

Les vêtements ne sont pas conçus et fabriqués dans une optique de recyclage, si bien que l’on accumule toujours plus de déchets et que l’on a constamment besoin de nouvelles matières premières

Quel objectif poursuivez-vous avec vos produits ? 

Nous voulons offrir à notre clientèle des vêtements attrayants et seyants qui conviennent aussi bien à la vie urbaine mouvementée qu’à la beauté sauvage de la nature. « Muntagnard » signifie « montagnard » en romanche1. Nous habitons en ville, mais nous nous sentons chez nous à la montagne. Nous aspirons à la meilleure qualité possible. Notre produit distinctif est la veste LANA, dont la conception a pris trois ans. Nous voulions qu’elle soit complètement dénuée de plastique, mais aussi de coton. Nous démontrons ainsi que des solutions textiles alternatives permettent d’obtenir des produits de haute qualité. Nos lignes LEGNA et MANGOLA sont monofibres, si bien que ces articles peuvent être recyclés dans le système actuel. Nous avons aussi l’ambition de lancer des modèles d’affaires complètement circulaires. On peut par exemple louer la veste LANA : le client choisit la durée d’utilisation qui lui convient et ne paie que pour cette période.

 

En quoi consiste votre innovation « Swiss Wool » ? 

Lors de la conception d’un produit, nous recherchons toujours l’option la plus soutenable possible, donc au moins biodégradable et, dans l’idéal, complètement recyclable. Nous avons acheté 1,5 tonne de laine suisse qui est peu utilisée parce qu’elle est beaucoup plus délicate à travailler que la fibre de laine mérinos standard. Mais une société de tissus en laine basée à Biella, en Italie du Nord, s’est intéressée à l’idée de créer un tissu local avec nous. Son CEO nous a mis en relation avec une excellente filature qui s’est chargée du tissage, de la teinture et du finissage. Nous avons donc conçu notre propre tissu de laine suisse exclusif que nous sommes fiers d’utiliser pour confectionner notre veste LANA.

 

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Quel est le problème du plastique dans le secteur de la mode ? 

Les microplastiques nuisent beaucoup plus à la soutenabilité qu’on ne le pense : l’ampleur du problème va bien au-delà de ce que l’on peut imaginer. A chaque fois que l’on lave ou que l’on porte un vêtement synthétique, de minuscules fibres synthétiques (<0,5 mm) se détachent et se retrouvent dans l’environnement. Leur volume est considérable, non seulement dans les océans, mais aussi dans notre contexte local immédiat. Notre société n’utilisera jamais de synthétiques standards. Dans ce sens, nous ne partageons pas l’avis de nombreuses marques qui ne jurent plus que par les synthétiques recyclés.

Pour en savoir plus sur la mode durable, cliquez ici : L’avenir de la mode est dans la forêt

 

Il faut éduquer le public pour changer les mentalités. Comment faites-vous passer votre message ? 

Nous essayons d’expliquer dans quelle mesure nos produits sont intrinsèquement différents. Nous sommes partenaires de thèses de plusieurs programmes de bachelor et de master et intervenants extérieurs dans des universités et à différents événements. Nous sommes également fiers d’avoir été invités à créer un cours sur la soutenabilité textile à l’Ecole suisse des textiles à Zurich.

Dans l’industrie textile, de nombreuses entreprises… montrent la voie et se différencient de la concurrence en misant sur une production soutenable

La Suisse est-elle bien positionnée dans l’innovation soutenable ? 

Il est difficile de réussir dans le textile compte tenu des salaires et coûts fixes élevés qui prévalent en Suisse. Mais on pourrait dire la même chose des autres secteurs manufacturiers. Dans l’industrie textile, de nombreuses entreprises comme Schellenberg, Müller Textil ou Cilander montrent la voie et se différencient de la concurrence en misant sur une production soutenable. Nos clients sont de plus sensibilisés aux problèmes de soutenabilité et nous posent des questions spécifiques. Cela montre que nous sommes sur la bonne voie.

 

Les consommateurs suisses sont-ils sensibles à la soutenabilité ? 

Nous pensons que oui. Leur niveau de vie élevé leur offre une situation privilégiée qui permet d’envisager un mode de vie plus sain et plus soutenable. Quand on vit entouré de montagnes, de lacs et d’espaces naturels, on est en général plus disposé à vouloir préserver la beauté de l’environnement.

 

La soutenabilité est un processus. Quelle est votre vision de l’entreprise dans cinq ans ? 

Nous voulons innover en restant fidèles à notre philosophie des gammes circulaires et améliorer nos processus de production, surtout en termes de consommation d’eau et de produits chimiques. Nous visons une traçabilité simple et transparente de nos produits. Notre ambition est de mener la voie avec des produits soutenables de haute qualité et d’inspirer d’autres entreprises à démontrer que la haute qualité peut aller de pair avec la soutenabilité.

Il s’agit de réduire la fabrication de produits à partir de matières vierges et d’accroître radicalement les options de recyclage

Comment votre secteur peut-il aider à atteindre la neutralité carbone ? 

Il doit encourager l’utilisation plus intense de chaque vêtement et sensibiliser à l’ampleur des ressources sous-jacentes à la confection. Il s’agit de réduire la fabrication de produits à partir de matières vierges et d’accroître radicalement les options de recyclage. Il faut sans cesse améliorer les processus de production et les ressources utilisées, y compris l’eau et les produits chimiques. Enfin, chacun de nous peut contribuer à ces efforts lorsque nous achetons, portons et réutilisons des vêtements. Il est fondamental d’avancer à ces différents niveaux sans donner aux consommateurs l’impression qu’ils doivent faire des sacrifices et nous rassurons toujours nos clients à cet égard quand ils achètent ou utilisent des produits Muntagnard.

 

A quelles évolutions en matière de soutenabilité faut-il s’attendre dans le secteur textile au cours des cinq prochaines années ?

On espère que le secteur visera un contenu en matières recyclées plus élevé et des possibilités de recyclage plus étendues. Il existe déjà des solutions très prometteuses permettant de créer de nouveaux vêtements de haute qualité à partir d’anciens habits et tissus et nous sommes persuadés que cette tendance transformera le secteur à court terme. Nous espérons qu’il y aura de plus en plus de solutions soutenables pour relever le défi des microplastiques et créer des vêtements synthétiques pleinement circulaires. Séparément, le textile sera probablement l’un des prochains secteurs dont les modèles d’affaires feront l’objet d’innovations radicales. Comme pour les films (Netflix) ou la musique (Spotify), on assistera à un découplage entre la propriété d’articles textiles et leur usage selon nous. Les concepts de partage, d’abonnement et de location de vêtements seront plus répandus et de nombreuses entreprises devront repenser leur modèle d’affaires existant basé sur la production et la vente.

Pour en savoir plus sur la mode deuxième-main, cliquez ici : Les Chroniques CLIC™: Une nouvelle ère pour les biens de seconde main ? Le marché de l’occasion au service d’une économie circulaire

…le textile sera probablement l’un des prochains secteurs dont les modèles d’affaires feront l’objet d’innovations radicales

A titre personnel, que faites-vous pour réduire votre empreinte carbone et contribuer à un avenir plus soutenable ?

Nous réfléchissons beaucoup à tout ce que nous faisons mais sans faire de sacrifices excessifs au quotidien. Nous essayons d’être des consommateurs consciencieux (en privilégiant les produits soutenables de haute qualité que nous utilisons plus longtemps), de limiter nos trajets en avion au strict minimum, d’éviter les produits alimentaires à haute intensité en CO2 et de donner l’exemple sans pour autant être moralisateurs.

En fin de compte, l’important n’est pas que certains vivent une vie absolument soutenable, mais que tous continuent de progresser peu à peu vers un avenir plus soutenable. Cette démarche nous permettra d’avoir le plus fort impact, conjointement.

 

Le romanche est une langue romane parlée par plus de 60 000 personnes en Suisse, essentiellement dans le canton des Grisons. C’est la quatrième langue nationale Suisse.

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