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    perspectives d’investissement

    Pouvoir post-pandémique

    Post-pandemic power
    Stéphane Monier - Chief Investment Officer<br/> Lombard Odier Private Bank

    Stéphane Monier

    Chief Investment Officer
    Lombard Odier Private Bank

    Points clés

    L’urbanisation galopante et l’essor des classes moyennes en Asie seront les moteurs de l’innovation en matière d’automatisation, de logistique, de technologies et d’investissements dans les infrastructures

    • Selon les prévisions du FMI, l’économie chinoise devrait se contracter de 3% cette année et enregistrer une croissance de 9,2% en 2021
    • La Chine cherche à exercer son « soft power » à travers sa réponse à la pandémie et à faire avancer ses ambitions économiques avec la nouvelle route de la soie
    • Nous assistons peut-être à un rééquilibrage du rapport des forces entre les grandes puissances, mais la pandémie met à l’épreuve la résilience économique et le modèle politique de la Chine.

    Papier, presse typographique, poudre à canon et boussole, ce sont autant d’inventions chinoises qui sont arrivées Europe en empruntant les routes commerciales et qui ont contribué à de nombreuses évolutions majeures de l’Occident.

    Aujourd’hui, alors que le monde s’apprête à emboîter le pas à la Chine et à lever le confinement à mesure que les nouveaux cas de Covid-19 diminuent, les différentes réponses à la pandémie ainsi que les différentes visions économiques et géopolitiques seront mises à l’épreuve. La semaine dernière, nous nous sommes penchés sur plusieurs tendances économiques que nous anticipons à long terme. Dans la présente note, nous allons examiner de plus près les conséquences possibles.

    L’économie mondiale dépend toujours plus de la croissance de l’Asie. Selon les prévisions du Fonds monétaire international, le produit intérieur brut des pays développés devrait se contracter de 6,1% cette année et celui des économies émergentes de 1%. Le FMI a annoncé la semaine dernière que l’économie mondiale dans son ensemble connaîtra une contraction de 3% en moyenne. 

    Si la Chine rencontre des difficultés à redémarrer son activité économique, elle part d’un taux de croissance initial supérieur à ceux enregistrés aux Etats-Unis et en Europe. Selon les prévisions du FMI, l’économie chinoise devrait connaître un recul de 3% en 2020 suivi d’une reprise de 9,2% en 2021, un rythme de croissance qui lui permettrait de renouer avec sa moyenne à long terme. Au mois de mars, l’indice des directeurs d’achat (PMI) était déjà orienté à la hausse après avoir enregistré un creux record en février. Parallèlement, le pays poursuit sa transition d’un modèle manufacturier axé sur l’exportation vers une économie importatrice axée sur la demande.

    La consommation dans la région Asie-Pacifique dépassera celles d’Amérique du Nord et d’Europe d’ici 2025.

    Croissance démographique

    A mesure que les économies asiatiques se développent, les dynamiques démographiques jouent un rôle de catalyseur dans l’évolution des modes de consommation. Selon Brookings Institution, la consommation dans la région Asie-Pacifique dépassera celles d’Amérique du Nord et d’Europe d’ici 2025 pour atteindre USD 35'000 milliards en 2030. L’urbanisation galopante en Asie et la demande des consommateurs seront vraisemblablement les moteurs de l’innovation, que ce soit dans l’informatique dématérialisée ou les soins de santé, en passant par l’automatisation dans la production et la logistique ou encore l’intelligence artificielle. Compte tenu de sa taille, la Chine sera à l’avant-garde de ces évolutions alors qu’elle s’efforce de répondre aux besoins nationaux en infrastructures tout en continuant à approvisionner le reste de la région. 

    Rappelons quelques chiffres pour illustrer l’ampleur de l’urbanisation : la Chine compte aujourd’hui 39 villes dont la population dépasse les 3 millions d’habitants en considérant uniquement les centre-villes. Les Etats-Unis en comptent deux (New York et Los Angeles) et l’Europe occidentale trois (Londres, Berlin et Madrid). Paris, qui est la plus grande agglomération urbaine de l’Union européenne, n’est pas prise en considération puisque son centre totalise quelque 2,2 millions d’habitants.

    Selon les données de la Banque mondiale, la classe moyenne chinoise dont le revenu annuel est supérieur à USD 10'000 par an devrait compter 850 millions de personnes d’ici dix ans. Cela représentera deux tiers de la population du pays, un chiffre qui dépassera la population totale d’Europe et d’Amérique du Nord alors qu’au début du siècle, la classe moyenne chinoise comptait moins d’un million de personnes, soit 0,1% de la population.


    La nouvelle route de la soie

    La classe politique chinoise reconnaît la nécessité de réduire la surcapacité, de diminuer les inégalités et de renforcer les filets de sécurité sociale tout en poursuivant son développement économique à long terme. Cette réflexion a inspiré l’initiative « One Belt, One Road », qui reliera environ la moitié de la population du globe et renforcera les infrastructures qui représentent un cinquième du PIB mondial. Il ne fait aucun doute que cela affectera le rapport des forces entre les grandes puissances mondiales.

    En se concentrant sur la Chine, on occulte les énormes disparités qui existent entre les économies asiatiques.

    Le projet « One Belt, One Road » est souvent décrit comme une nouvelle route de la soie. Pendant au moins 1500 ans, les échanges commerciaux, la technologie et les maladies ont emprunté la route de la soie entre la Chine et l’Europe, en passant par l’Asie centrale et le Moyen-Orient. De l’antiquité à l’ère moderne, les épices et les textiles mais aussi les invasions des Grecs, des Huns, des Arabes et des Mongols ont suivi ces routes terrestres et maritimes.

    Cependant, en se concentrant sur la Chine, on occulte les énormes disparités qui existent entre les économies asiatiques. Les pays les plus pauvres de la région, du Kazakhstan au Bangladesh, en passant par l’Inde ou la Thaïlande, peinent à imposer le confinement car leurs populations ne peuvent pas se permettre d’être au chômage. Certains gouvernements ont même choisi de distribuer de la nourriture.

    Selon une enquête des Nations Unies publiée ce mois-ci, le Covid-19 pourrait provoquer un recul de 0,8%, ou USD 172 milliards pour les seules exportations, du produit intérieur brut de la région Asie-Pacifique. De plus, les investisseurs fuient les marchés émergents. Ces dernières semaines, ils ont retiré quelque USD 90 milliards, fragilisant encore davantage les économies de la région. Bon nombre des pays les moins avancés sont en effet déjà confrontés à une crise de la dette.

    Le différend commercial sino-américain durant la période 2018/2019 a peut-être préparé le commerce asiatique à faire face aux difficultés de la pandémie.

    Logistique et géopolitique

    Ironie du sort, le différend commercial sino-américain durant la période 2018/2019 a peut-être préparé le commerce asiatique à faire face aux difficultés de la pandémie. Les exportateurs ont dû trouver de nouvelles voies d’approvisionnement. La résilience des chaînes d’approvisionnement a été mise à l’épreuve, accélérant de nombreuses tendances. Les exportateurs ont appris à faire transiter les expéditions par des pays tiers et à trouver d’autres fournisseurs. Les exportations de la Chine vers les autres pays membres de l’ASEAN ont augmenté d’un sixième l’année dernière, alors que ses expéditions vers les Etats-Unis ont chuté d’environ 12,5%.

    En 2017, le congrès du Parti communiste chinois a invité les autres nations à copier les politiques économiques du pays. L’initiative multilatérale chinoise « One Belt, One Road » illustre cette ambition. Lorsque la Chine a rejoint l’Organisation mondiale du commerce en 2001, on s’attendait à ce qu’elle suive les modèles de croissance occidentaux, ce qui n’a manifestement pas été le cas. En réalité, les forces pourraient s’inverser au cours de ce siècle.

    La Chine utilise sa réponse à la pandémie pour exercer son « soft power ».

    L’après-guerre est souvent qualifiée de siècle américain. Une période pendant laquelle le rayonnement mondial et la puissance des Etats-Unis ont aspiré à des valeurs universelles. Au mois de novembre de cette année, les électeurs américains décideront s’ils éliront un président qui a passé les quatre dernières années à mettre l’Amérique au premier plan et à saper les solutions multilatérales. En parallèle, la Chine utilise sa réponse à la pandémie pour exercer son « soft power ». Cependant, de nombreux obstacles à un rééquilibrage des forces persistent, à commencer par un système politique qui a clairement raté sa réaction initiale à la crise en essayant dans un premier temps de contenir les informations sur l’épidémie plutôt que le virus lui-même.

    Alors que la Chine teste à la fois la capacité de son économie à rebondir et sa vision de la puissance commerciale en édifiant une nouvelle route de la soie, il est tentant se demander si le rapport des forces économiques et géopolitiques ne se déplace pas vers la Chine au cours de ce XXIe siècle.

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