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    En matière de soutenabilité, les politiques sont-elles efficaces ?

    En matière de soutenabilité, les politiques sont-elles efficaces ?

    Le marché sait parfaitement comment faire les choses. A l’heure de décider ce qu’il faudrait faire, les gouvernements doivent toutefois mettre en place des politiques efficaces et aider le marché à avoir un impact positif sur notre société et notre planète.

    La politique est un outil essentiel dans la quête vers le « net zero » et la transition vers une économie CLIC™ (« Circular, Lean, Inclusive and Clean » : circulaire, efficiente, inclusive et propre) favorable à la nature. Nous pouvons envisager les politiques comme des décisions dictant les mesures que nous devons prendre en tant que société. Citons par exemple l’interdiction par le Royaume-Uni des voitures thermiques dès 2030. Ensuite, les mécanismes de marché tels que les décisions des consommateurs et investisseurs, ou l’innovation technologique, œuvrent pour déterminer comment y parvenir de la façon la plus rentable, la plus efficace et la plus favorable aux consommateurs – dans le cas présent, en fabriquant des véhicules électriques bon marché, pratiques et séduisantes.

    Nous posons donc la question : face à La Révolution de la Soutenabilité, les politiques sont-elles efficaces ?

    Nous avons besoin d’un plus grand nombre d’engagements vers le « net zero », tous plus ambitieux les uns que les autres, tous appuyés par des lois et politiques plus efficaces, pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris

    « Net zero »

    Avant la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique de 2021 (COP26) et lors du sommet lui-même, 151 pays dont l’Australie, le Canada et les Etats-Unis ont annoncé de nouveaux plans de réduction des émissions1. Ces promesses sont un complément bienvenu aux feuilles de route existantes vers le « net zero » telles que celles du Japon2 et du Royaume-Uni qui, en 2019, est devenu la première grande économie à entériner son engagement en la matière3.

    Toutefois, nombreuses sont les promesses faites lors de la COP26, notamment celles des grands émetteurs que sont la Chine, l’Inde et la Russie, qui sont insuffisantes pour atteindre l’objectif que le monde doit atteindre d’ici 2050 pour avoir la moindre chance de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Si tous les pays du monde s’en tiennent aux engagements actuels, nous atteindrons un réchauffement d’environ 1,8 °C à 1,9 °C4. Dans la mesure où seulement 66 des promesses « net zero » faites durant la COP26 sont étayées par des lois ou politiques5, et sachant que plusieurs grands émetteurs n’ont pas établi de feuille de route crédible en la matière, le réchauffement pourrait toutefois s’avérer encore plus important si certains pays ne tiennent pas leurs promesses6. Pour cette raison, nous avons besoin d’un plus grand nombre d’engagements vers le « net zero », tous plus ambitieux les uns que les autres, tous appuyés par des lois et politiques plus efficaces, pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

    Lire aussi : Vers le net zero : les risques et opportunités liés au climat

    Charbon

    Le charbon étant l’un des plus grands responsables des émissions de carbone, les politiques énergétiques nationales jouent un rôle essentiel dans la quête vers la neutralité carbone. Les participants à la COP26 l’ont admis et ont convenu de progressivement réduire l’utilisation du charbon sans dispositif d’atténuation. Dans ce domaine, les tendances sont prometteuses.

    La consommation mondiale de charbon a diminué de 45’139 TWh en 2014 à 42’062 Twh en 20207 et, selon une analyse menée en 2021, le nombre de projets de construction de centrales à charbon a baissé de 76%8. Le but ultime, bien sûr, est de renoncer complètement au charbon. L’année dernière, le Royaume-Uni a avancé d’un an la date limite initialement fixée à ces fins, la ramenant à octobre 20249.

    Toutefois, la guerre en Ukraine a bouleversé l’offre en gaz naturel russe, et nul ne sait quel en sera l’impact sur la suppression progressive du charbon. Certains pays pourraient accroître leur consommation de charbon afin de réduire leur dépendance au gaz russe – une politique qui pourrait réduire à néant une grande partie des progrès réalisés ces dernières années. En Europe tout au moins, la soudaine disparition d’une importante source de gaz naturel renforce la volonté de réduire l’utilisation des combustibles fossiles.

    Le conflit a poussé la Commission européenne à lancer le plan « REPowerEU », qui accélérera la transition vers les énergies sans carbone dans toute la région, avec un déploiement accéléré de l’énergie solaire, de l’énergie éolienne et des pompes à chaleur, ainsi que des investissements dans l’hydrogène. Répondant directement à la crise, l’Allemagne a déjà annoncé qu’elle comptait renforcer les énergies renouvelables et qu’elle envisagerait de repousser la fermeture de ses dernières centrales nucléaires. En France, Emmanuel Macron a quant à lui appelé à la « renaissance du nucléaire »10.

    De même, au Royaume-Uni, alors que nous attendons un nouveau plan de sécurité énergétique, la priorité est de rapidement renforcer le nucléaire et les énergies renouvelables. Prenons par exemple le récent sommet entre le Premier ministre Johnson et les patrons du secteur nucléaire, à la suite duquel le gouvernement britannique a réitéré son engagement envers ces deux formes d’énergie sans carbone.

    Lors de la COP26, 110 pays ont promis de mettre fin à la déforestation et de renforcer la reforestation d’ici 2030, ce dont de nombreux experts se félicitent – en restant néanmoins prudents

    Déforestation

    Lors de la COP26, 110 pays ont promis de mettre fin à la déforestation et de renforcer la reforestation d’ici 2030, ce dont de nombreux experts se félicitent – en restant néanmoins prudents. Rappelons par exemple que, selon une étude menée en 2019, non seulement l’objectif de la Déclaration de New York sur les forêts signée en 2014 (à savoir une réduction de 50% de la déforestation avant 2020) n’a pas été atteint, mais, en plus, la perte de forêts a augmenté de 41% depuis11. Quoi qu’il en soit, cette dernière promesse en date est étayée par des fonds, sous la forme de l’engagement financier collectif « Global Forest Finance Pledge », auquel l’Union européenne et onze autres pays promettent d’allouer USD 12 milliards pour libérer le potentiel des forêts et assurer une affectation durable des terres. Autre différence cette fois : trois des pays les plus boisés au monde – la Russie, le Brésil et la Chine – se sont joints à l’engagement pris contre la déforestation lors de la COP26.

    Pour évaluer l’impact qu’une politique peut avoir sur la déforestation, arrêtons-nous au Costa Rica qui, en 1987, avait perdu entre un tiers et la moitié des forêts tropicales qui couvraient auparavant 75% de son territoire. Après avoir interdit la déforestation non autorisée en 1996 et adopté le Programme de paiements pour des services environnementaux (qui rémunère les propriétaires fonciers pour les services environnementaux découlant de l’affectation durable des terres et de la gestion des forêts), ce pays d’Amérique centrale a ramené les forêts tropicales à 60% de son territoire et cette couverture continue à augmenter12.

    Lire aussi : Les cinq grandes raisons d’investir maintenant dans les forêts

     

    Plastique

    En février 2022, les Nations Unies ont fait un grand pas vers une politique mondiale plus concrète pour résoudre le problème de la pollution plastique, en signant un projet de résolution intitulé « End plastic pollution: Towards an internationally legally binding instrument » (Mettre fin à la pollution plastique : vers un instrument international juridiquement contraignant). Cette feuille de route précise que le traité définitif couvrira la conception et la production du plastique, ainsi que les déchets, par exemple en promouvant une conception soutenable des emballages plastiques afin d’assurer qu’ils peuvent être réutilisés ou recyclés13.

    Toutefois, comme Inger Andersen, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le souligne : « Nous savons tous qu’un accord ne pourra fonctionner que s’il est juridiquement contraignant ».Ainsi, tous les yeux seront rivés sur le Comité intergouvernemental de négociation qui œuvrera à la finalisation des détails du traité, que les Nations Unies veulent faire signer d’ici 2024.

    Lire aussi : 10 façons de repenser le plastique grâce à la technologie

    Si le marché des crédits carbone fonctionnait bien, il pourrait jouer un rôle important pour combler le déficit en matière de financement climatique, en facilitant les transferts vers les projets dédiés à l’adaptation dans les pays à revenu faible ou moyen

    Financement climatique pour les pays en développement

    Le monde avait promis aux pays en développement de leur apporter USD 100 milliards par an avant 2020 pour les aider à gérer le changement climatique, mais n’a pas tenu cette promesse. En conséquence, la communauté internationale a exercé des pressions sur les dirigeants pour qu’ils redoublent d’efforts lors de la COP26. Pour finir, plusieurs pays ont annoncé de nouveaux engagements de financement climatique, dont le Japon qui a promis d’affecter USD 10 milliards à la réduction des émissions en Asie sur les cinq prochaines années, ainsi que les Etats-Unis qui ont promis USD 11,4 milliards par an d’ici 2024, en plus de USD 3 milliards pour l’adaptation au changement climatique. On estime que ces nouvelles promesses apporteront USD 96 milliards par an d’ici à la fin 2022, et le Royaume-Uni a même affirmé que l’objectif de USD 100 milliards par an serait atteint en 202314.

    Mais pour beaucoup, ces promesses ne sont toujours pas suffisantes. Selon Gebru Jember, président du Groupe des pays les moins développés, « USD 100 milliards d’ici 2023, cela ne suffit pas. Ce qui est fait pour l’adaptation au changement climatique est [également] insuffisant, sachant qu’on nous avait promis 5% du budget de USD 100 milliards ».De plus, le Congrès américain n’a approuvé que USD 1 milliard de financements climatiques cette année, ce qui lui laisse un grand déficit à combler pour tenir la promesse faite lors de la COP2615. Parallèlement, seuls trois des 23 pays développés tenus d’accorder des financements climatiques – Allemagne, Norvège et Suède – payent actuellement leur dû en la matière (celui-ci étant calculé en fonction de la taille de leur économie)16.

    Si le marché des crédits carbone fonctionnait bien, il pourrait jouer un rôle important pour combler le déficit en matière de financement climatique, en facilitant les transferts vers les projets dédiés à l’adaptation dans les pays à revenu faible ou moyen. Les crédits carbone, qui peuvent financer l’évitement des émissions (par exemple grâce à la construction de nouvelles capacités d’énergie renouvelable) ou l’absorption des émissions (par exemple grâce à la plantation de nouvelles forêts), peuvent avoir des avantages pour les communautés locales en termes de développement soutenable. Ils peuvent également favoriser la réalisation des contributions déterminées au niveau national. Le Conseil d’intégrité pour le marché volontaire du carbone (IC-VCM) et l’Initiative volontaire pour l’intégrité des marchés du carbone (VCMI) font avancer leurs travaux pour renforcer l’intégrité du marché du carbone, dans le but de « réduire les émissions au-delà de ce qui serait autrement possible et canaliser les financements vers le développement de la résilience climatique ».

    Lire aussi : Une « croissance économique net zero », une contradiction ? Pas nécessairement.

    La COP26 a changé la donne pour les entreprises du monde entier : l’engagement en faveur du « net zero », auparavant l’exception, est aujourd’hui la norme

    Quel espoir pour 2022 ?

    Le Pacte de Glasgow pour le climat invite tous les pays à revoir et à renforcer leurs objectifs en 2022. Il est donc probable que les politiques deviennent plus ambitieuses. C’est ce que le plan « REPowerEU » de la Commission européenne laisse déjà envisager, avec une déclaration d’intention claire envers le déploiement accéléré des énergies renouvelables et l’investissement dans l’efficacité énergétique. Cette année pourrait également marquer l’introduction d’une nouvelle norme de publication d’informations en matière de soutenabilité, actuellement mise au point par l’International Sustainability Board de l’International Financial Reporting Standards Foundation (IFRS), qui pourrait devenir la référence mondiale en matière d’information de qualité sur la soutenabilité pour les investisseurs, les décideurs politiques et les marchés financiers.

    Il reste encore beaucoup à faire dans les politiques de soutenabilité. Toutefois, 2022 promet plusieurs opportunités décisives pour les dirigeants. On espère que la 15e Conférence des parties de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (COP15) donnera lieu à un accord sur la biodiversité semblable à celui de Paris, qui confèrera une visibilité particulière à la soutenabilité du système alimentaire et mettra en lumière les liens entre les crises du climat et de la biodiversité. La tarification mondiale du carbone sera également une priorité lors de la 27e Conférence des parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP27), où, selon Sameh Shoukry (président désigné de la Conférence), les participants « ouvriront la voie à l’action climatique mondiale et définiront la direction en la matière pour la décennie à venir, qui sera cruciale ». La COP27 accordera une importance particulière à l’Afrique dans l’espoir que la Conférence donnera un nouvel élan à l’expansion des énergies renouvelables sur le continent. C’est également en 2022 que seront publiés les derniers volets du sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Le troisième volet publié début avril examine les progrès réalisés pour réduire et limiter les émissions. Il sera particulièrement important pour les décideurs politiques œuvrant à l’objectif « net zero ».

    La COP26 a changé la donne pour les entreprises du monde entier : l’engagement en faveur du « net zero », auparavant l’exception, est aujourd’hui la norme. Les entreprises seront de plus en plus nombreuses à prendre des mesures pour atteindre le zéro émission nette, à mesure de l’amplification de la pression des consommateurs et des autorités de réglementation. L’initiative Science Based Targets affirme se préparer à une croissance exponentielle des entreprises souhaitant définir des objectifs solides et fondés sur la science. Mais la transition ne se fera pas en vase clos. Les lois, cadres réglementaires et politiques joueront un rôle croissant pour canaliser les innovations nécessaires au « net zero ». Avec l’aggravation permanente du changement climatique et de la dégradation de l’environnement, aujourd’hui plus que jamais le monde s’en remet aux décideurs politiques pour faire des progrès tangibles.

     

    1 Climate Watch (pas de date), « NDC Enhancement Tracker ».
    2 Shinjiro, K. (2021) « Japan’s transition to become a decarbonized society » (la transition du Japon vers une société décarbonisée), Forum économique mondial.
    3 Site du gouvernement britannique (2019), « UK becomes first major economy to pass net zero emissions law » (le Royaume-Uni devient la première grande économie à adopter le zéro émission nette dans sa législation).
    4 Programme des Nations Unies pour l’environnement (2021), « AddendZm to the Emissions Gap Report 2021: A preliminary assessment of the impact of new or updated nationally determined contributions, other 2030 pledges and net-zero emissions pledges announced or submitted since the cut-off dates of the Emissions Gap Report 2021 » (Annexe au Rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions 2021 : évaluation préliminaire de l’impact des contributions déterminées au niveau national nouvelles ou mises à jour, des autres promesses 2030 et des promesses de « net-zéro » annoncées ou déposées depuis les dates limites du Rapport 2021).
    5 Mehers, L. (2021) « Which Countries Now Have Net-Zero Targets After COP26? » (Quels pays se sont fixé des objectifs de « net-zéro » depuis la COP26 ?), chapitre Z.
    6 Mountford H., Waskow, D., Gonzalez L., et coll. (2021) « COP26: Key Outcomes From the UN Climate Talks in Glasgow » (COP26 : principaux résultats de la conférence des Nations Unies sur le climat à Glasgow), World Resources Institute.
    7 Our World in Data (pas de date), « Coal Consumption » (consommation de charbon).
    8 Roberts L. and Shearer C. (2021) « How world’s coal-power pipeline has shrunk by three-quarters » (Comment les projets de construction de centrales à charbon ont diminué de trois quarts), Forum économique mondial.
    9 Site du gouvernement britannique (2021), « End to coal power brought forward to October 2024 » (Fermeture des centrales à charbon ramenée à octobre 2024).
    10 Harvey F. (2022) « Ukraine war prompts European reappraisal of its energy supplies » (La guerre en Ukraine pousse l’Europe à réévaluer son approvisionnement en énergie), The Guardian.
    11 Mulvaney K. (2021) « Will the COP26 global deforestation pledge save forests? » (L’engagement collectif de la COP26 contre la déforestation permettra-t-il de sauver les forêts ?), National Geographic.
    12 Konyn C. (2021) « How Costa Rica Reversed Deforestation and Became an Environmental Model » (Comment le Costa Rica a renversé la tendance de déforestation et est devenu un modèle environnemental), Earth.org.
    13 Geddie J. and Brock J. (2022) « UN plastic treaty to tackle production, packaging design - draft resolution » (Traité des Nations Unies sur le plastique couvrant la production et la conception des emballages – projet de résolution), Reuters.
    14 Morris C. (2021) « COP 26: How much are poor countries getting to fight climate change? » (COP26 : combien les pays pauvres reçoivent-ils pour lutter contre le changement climatique ?), BBC.
    15 Farand, C. (2022), « ‘Betrayal’: US approves just $1bn climate finance for developing countries in 2022 » (La trahison : les Etats-Unis n’approuvent que USD 1 milliard de financements climatiques pour les pays en développement en 2022), Climate Home News.
    16 Colenbrander S., Cao Y., Pettinotti, L., et coll. (2021) « A fair share of climate finance: apportioning responsibility for the $100 billion climate finance goal » (La juste part du financement climatique : attribution des responsabilités dans l’objectif de USD 100 milliards), ODI.org.

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