Le Royaume Uni, trop frileux face au risque, laisse filer ses talents les plus brillants à l’étranger : notre mission est de leur permettre de réussir ici – la tribune de notre CEO UK dans The Telegraph

Le Royaume Uni, trop frileux face au risque, laisse filer ses talents les plus brillants à l’étranger : notre mission est de leur permettre de réussir ici – la tribune de notre CEO UK dans The Telegraph

Article publié dans The Telegraph, le 15 mai 2026.

Le Royaume-Uni est depuis longtemps un leader mondial de l’ingéniosité. Des pôles pionniers de l’IA du Golden Triangle aux laboratoires de graphène du Nord, nous disposons d’une concentration d’intelligence qui continue de susciter l’envie de nos pairs. Aujourd’hui, nous figurons au troisième rang mondial des écosystèmes de capital‑risque – une position de force qui reflète notre talent national pour la disruption. Toutefois, une tendance discrète mais préoccupante se dessine. Trop souvent, nos entreprises les plus prometteuses sont accompagnées par des capitaux britanniques à leurs débuts, pour voir ensuite leur actionnariat partir à l’étranger précisément au moment où elles atteignent la maturité.

J’ai vu des entrepreneurs couronnés de succès devoir observer le passage de leurs entreprises d’un actionnariat financé à 100 % par des capitaux britanniques à une majorité étrangère en l’espace de quelques années. Lorsque le capital décisif de la phase de « scale‑up » arrive de l’étranger, il s’accompagne souvent de contreparties – relocalisation de la propriété intellectuelle ou déplacement des sièges stratégiques. Il ne s’agit pas d’un manque d’ambition de la part de nos fondateurs, mais d’un décalage au sein de nos marchés de capitaux. Pour que le Royaume‑Uni demeure un concurrent mondial, nous devons combler l’écart entre notre épargne nationale considérable et nos innovateurs en quête de croissance.

Pour que le Royaume‑Uni demeure un concurrent mondial, nous devons combler l’écart entre notre épargne nationale considérable et nos innovateurs en quête de croissance

Une nation d’épargnants – mais pas d’investisseurs

L’un des défis majeurs auxquels le Royaume‑Uni est confronté aujourd’hui est un appétit insuffisant pour le risque en matière d’investissement. Cela se vérifie notamment par le fait que les épargnants britanniques détiennent plus de GBP 350 milliards en liquidités sur leurs ISA (Individual Savings Accounts). Si ces comptes offrent une sécurité essentielle aux épargnants, leur valeur est souvent érodée par l’inflation. Sans plaider pour un transfert massif de cette épargne vers des investissements à haut risque, il est évident qu’un élargissement des perspectives s’impose.

Si ne serait‑ce qu’une fraction de ce réservoir de capitaux était orientée vers des start‑up et des entreprises en phase de croissance via des fonds réglementés, l’impact sur l’entreprise privée pourrait être transformateur. La tâche du gouvernement n’est ni excessivement complexe ni particulièrement coûteuse. Il faudrait une structure fiscalement avantageuse, telle qu’un ISA dédié aux phases précoces et à la croissance, afin d’encourager les particuliers à investir plus largement dans les réussites britanniques de demain. Nous imaginons un dispositif offrant des incitations telles qu’une majoration des versements au taux marginal d’imposition des investisseurs, une croissance exonérée d’impôt et la possibilité d’imputer les pertes en capital.

Cela doit toutefois s’accompagner d’un regain d’attention porté à l’éducation financière. Un effort concerté entre le secteur privé, l’État et le système éducatif est nécessaire pour renforcer la confiance des citoyens dans la compréhension et la gestion du risque – avec pour objectif final de démocratiser l’investissement et d’accroître l’engagement du grand public en tant qu’actionnaires des entreprises britanniques.

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Mobiliser l’épargne‑retraite au service de la croissance

De la même manière, notre système de retraite figure parmi les plus importants au monde, avec plus de GBP 2 500 milliards. Pourtant, notre appétit domestique pour le risque demeure modeste au regard de celui de nos concurrents internationaux – et l’attention portée aux rendements générés par les fonds de pension pour leurs affiliés reste insuffisante. L’Accord de Mansion House de l’an dernier, par lequel 17 des plus grands fonds de pension britanniques se sont volontairement engagés à accroître leur exposition aux actifs britanniques, a constitué une avancée bienvenue pour encourager l’investissement institutionnel dans les marchés privés.

Mais des efforts supplémentaires sont nécessaires. Nous avons besoin du soutien de l’État pour inciter davantage les gestionnaires de retraites à concrétiser ces engagements, en veillant notamment à ce que ces investissements soient effectivement orientés vers des entreprises en phase de montée en puissance. Nous plaidons également fermement pour que les entreprises proposant des régimes de retraite renforcent l’éducation de leurs salariés en matière de gestion de leurs plans de retraite à cotisations définies (DC).

Trop d’actifs de retraite à cotisations définies restent investis par défaut, souvent avec un biais défensif excessif

Trop d’actifs de retraite à cotisations définies restent investis par défaut, souvent avec un biais défensif excessif. Avec un minimum de connaissances supplémentaires, les épargnants pourraient prendre davantage en main leur patrimoine retraite et investir plus largement, notamment dans les entreprises britanniques.

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Relier capital, politique publique et croissance de long terme

Pour compléter l’investissement domestique, nous devrions également repenser notre manière d’attirer les capitaux internationaux. Un visa dédié au capital productif représenterait une approche fondamentalement nouvelle pour attirer la richesse mondiale dans l’économie britannique, en orientant les investissements exclusivement vers des entreprises privées britanniques actives et opérationnelles. Ce dispositif serait conçu pour canaliser les capitaux vers des PME orientées croissance, des scale‑up et des secteurs stratégiques – soutenant ainsi l’innovation, l’emploi et la compétitivité à long terme.

En alignant notre épargne nationale sur notre génie national, nous pouvons faire en sorte que le Royaume‑Uni ne soit pas seulement un lieu où naissent les idées, mais aussi un pays où elles prospèrent et demeurent

Ce nouveau visa se distinguerait des dispositifs antérieurs par des critères d’investissement strictement productifs, une diligence raisonnable renforcée et des résultats économiques clairement définis. Il permettrait de libérer des investissements étrangers à forte valeur ajoutée tout en préservant l’intégrité du système financier britannique.

Enfin, le Trésor peut soutenir cet écosystème de la manière la plus efficace en apportant de la stabilité. Le capital‑risque s’inscrit dans un horizon de long terme. Les modifications incessantes de l’environnement fiscal, notamment en matière d’impôt sur les plus‑values et d’allégement pour cession d’actifs professionnels, de cotisations patronales à l’assurance nationale et de droits de succession, créent une « taxe de complexité » susceptible de décourager même les investisseurs les plus engagés.

Le rôle le plus efficace de l’État consiste à fixer des cadres clairs et durables, puis à laisser aux entrepreneurs l’espace nécessaire pour se développer. Les talents et les capitaux existent déjà à l’intérieur de nos frontières – ils n’attendent qu’à être connectés. En alignant notre épargne nationale sur notre génie national, nous pouvons faire en sorte que le Royaume‑Uni ne soit pas seulement un lieu où naissent les idées, mais aussi un pays où elles prospèrent et demeurent.

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