Le cycle de l’IA entre valorisations, bénéfices et risques de bulle

Le cycle de l’IA entre valorisations, bénéfices et risques de bulle

L’intelligence artificielle (IA) reste un thème déterminant sur le marché, mais à l’heure actuelle, le débat sur le cycle de l’IA est devenu plus exigeant. Après une première phase exubérante, alimentée par ChatGPT et par la revalorisation des leaders dans les semi-conducteurs et les plateformes, des questions plus difficiles surgissent.

Les bénéfices justifient-ils encore les valorisations ? Le déploiement de l’IA repose-t-il sur une véritable demande ou sur un enthousiasme exagéré ? Les dépenses des hyperscalers peuvent-elles durer ? Compte tenu de la forte divergence entre les semi-conducteurs et les logiciels, où les investisseurs doivent-ils se positionner ?

Ces questions ont constitué le fil conducteur de notre webinar « The AI cycle: earnings reality, bubble risks and preferred positioning » (Cycle de l’IA : bénéfices réels, risques de bulle et positionnement recommandé). Animés par John Woods (CIO et Head of Investment Solutions pour Lombard Odier Asie), les échanges ont réuni Corinne de Boursetty (Investment Strategist – Sustainability and Research) et Jian Bo Gan (Equity Research Team Head, Asie).

Dans son introduction, John Woods a annoncé que la séance visait à explorer « les perspectives et les opportunités qui façonnent les marchés d’aujourd’hui, axés sur l’IA ». Le but n’était pas d’amplifier le bruit de fond autour de l’IA, mais de confronter ce thème aux variables les plus pertinentes pour les investisseurs : valorisations, adoption, dépenses d’investissement, qualité du financement, différenciation régionale et positionnement des portefeuilles. Les intervenants ont expliqué ensemble pourquoi l’IA n’est « pas (encore) une bulle », pourquoi la technologie chinoise mérite une attention particulière par rapport à celle des États-Unis, et comment investir tout au long de la chaîne de valeur de l’IA.

L’écosystème de l’IA ne se limite pas à cette seule technologie : il englobe les technologies de l’information, les services de communication et certains segments de la consommation non essentielle, représentant ensemble environ 35% à 40% du marché mondial des actions

Une vision plus large des marchés

Corinne de Boursetty a commencé par élargir le champ d’étude. L’écosystème de l’IA, a-t-elle affirmé, ne se limite pas à cette seule technologie : il englobe les technologies de l’information, les services de communication et certains segments de la consommation non essentielle, représentant ensemble environ 35% à 40% du marché mondial des actions. L’IA influence donc déjà plusieurs des principales sources de rendement du marché, comme le montre l’indice MSCI All Country World (ACWI). Depuis janvier 2025, les services de communication y ont progressé de 30% et les technologies de l’information de 26%, contre 25% pour l’indice MSCI ACWI dans son ensemble. La consommation non essentielle est quant à elle restée en retrait à 4%, freinée par des inquiétudes liées aux droits de douane et à un éventuel ralentissement de la croissance.

Même si cette divergence a alimenté les craintes de bulle, pour Corinne de Boursetty la forte performance des actions n’est pas synonyme à elle seule d’excès spéculatif. Pour qu’il intègre les bénéfices, la demande finale et la qualité des bilans, le risque de bulle doit plutôt être évalué au regard de cinq grands piliers : valorisation, taux d’adoption de l’IA, dépenses d’investissement des hyperscalers, qualité du financement et disponibilité de l’énergie.

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« Un niveau largement inférieur au pic de la bulle Internet »

S’agissant du premier pilier, la valorisation, le ton fut mesuré : l’indice MSCI US IT se négocie à 23 fois les bénéfices prévisionnels sur douze mois, niveau nettement inférieur à ceux atteints pendant la bulle Internet. Parallèlement, les bénéfices des entreprises technologiques mondiales devraient augmenter de 39% en 2026, contre 15% pour l’ensemble du marché. Par ailleurs, le ratio cours/croissance des bénéfices du secteur s’établit à 1,1 contre 1,4 pour le marché actions : bien que les valorisations soient élevées, elles restent donc soutenues par une croissance supérieure.

La concentration reste importante et le marché dépend encore fortement d’un petit nombre de leaders, tels qu’Amazon, Microsoft et Alphabet. Pour autant, les données suggèrent que l’actuel cycle de l’IA repose sur des bases beaucoup plus solides qu’une simple flambée spéculative

Ainsi, contrairement à ce qui s’est produit lors de la bulle Internet, le bénéfice par action, jusqu’à présent, a globalement suivi la hausse des cours. Comme Corinne de Boursetty l’a souligné : « il existe une certaine dichotomie entre le repli récemment observé et le maintien des fondamentaux à des niveaux très solides », ajoutant que « le niveau actuel est largement inférieur au pic de la bulle Internet ». Pour autant, les risques n’ont pas complètement disparu : la concentration reste importante et le marché dépend encore fortement d’un petit nombre de leaders, tels qu’Amazon, Microsoft et Alphabet. Pour autant, les données suggèrent que l’actuel cycle de l’IA repose sur des bases beaucoup plus solides qu’une simple flambée spéculative.

L’adoption est bien réelle et se généralise

Deuxième pilier de l’argumentaire de Corinne de Boursetty : l’adoption. L’intelligence artificielle évoluant par phases successives, de l’IA générative à des applications plus agentiques et physiques, ses fonctions principales sont l’automatisation, l’innovation et la productivité. Ce qui importe ainsi pour les investisseurs, c’est que l’adoption ne se limite plus aux fournisseurs d’infrastructures ou à une poignée de plateformes. Aujourd’hui, des secteurs comme la finance, les télécoms, la santé et le commerce de détail trouvent des moyens de créer de la valeur en utilisant l’IA.

Les données le confirment. Corinne de Boursetty explique ainsi que ChatGPT avait atteint en février 2026 environ 800 millions d’utilisateurs actifs par semaine et que « l’on constate une adoption particulièrement rapide » parmi les « cols blancs » dans des secteurs comme l’information, les services scientifiques, l’enseignement et la finance. Cette observation suggère que le cycle de l’IA ne se limite pas à une histoire de puces et d’infrastructure cloud mais qu’il concerne aussi l’intégration au sein des entreprises et les gains de productivité dans l’ensemble de l’économie réelle.

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Le capex reste solide, mais le financement a plus d’importance

Le prochain défi est celui des investissements. En effet, l’une des grandes questions que se pose le marché est liée à la capacité des hyperscalers à maintenir le rythme actuel des dépenses d’investissement. À ce sujet, Corinne de Boursetty a été claire : les dépenses des hyperscalers dans l’IA se montaient à USD 455 milliards en 2025, et le consensus estime qu’elles atteindront USD 712 milliards en 2026 et USD 834 milliards en 2027, laissant présager un déploiement d’infrastructures de très grande envergure, même si la croissance est susceptible de s’atténuer dans le temps.

Corinne de Boursetty a également souligné que, comme la part du capex dans le cash flow opérationnel s’approche de 97%, la qualité du financement est en passe de devenir l’une des priorités à surveiller. Cela ne signifie pas que le modèle est défaillant, mais cela doit inciter les investisseurs à vérifier de plus près une gestion de bilan disciplinée.

Les données de la chaîne d’approvisionnement de l’IA restent également positives, avec un cycle haussier dans le secteur de la mémoire, notamment celle à large bande passante (HBM), ce qui montre que la demande en IA continue de faire face à de réelles contraintes de capacité plutôt qu’à un excédent. Le cycle des dépenses répondrait donc encore à de véritables pénuries et n’est pas une simple phase d’exubérance.

« Les valorisations du secteur technologique chinois sont attractives » grâce à ces atouts : l’avantage en matière de valorisation, de compétitivité et d’innovation, une croissance supérieure des bénéfices et l’adoption et la monétisation de l’IA

« Les valorisations du secteur technologique chinois sont attractives »

Jian Bo Gan a ensuite abordé le positionnement de Lombard Odier en Asie, affirmant que « les valorisations du secteur technologique chinois sont attractives » grâce à ces atouts : l’avantage en matière de valorisation, de compétitivité et d’innovation, une croissance supérieure des bénéfices et l’adoption et la monétisation de l’IA.

La comparaison des bénéfices entre Chine et États-Unis est particulièrement frappante. Jian Bo Gan explique que, pour 2026, la croissance du BPA attendue était de 39% pour l’indice MSCI China, contre 27% pour l’indice MSCI USA dans le secteur des technologies de l’information, de 34% contre 31% dans celui des services de communication et de 29% contre 9% dans celui de la consommation non essentielle. Pourtant, les secteurs chinois des services de communication et de la consommation non essentielle affichent encore des valorisations largement inférieures à celles de leurs homologues américains.

La Chine est également en tête dans le domaine de l’adoption et de l’exécution. Comme l’a souligné Jian Bo Gan, en 2023, la Chine devançait l’Allemagne, le Japon et les États-Unis sur le nombre de robots industriels pour 10’000 travailleurs. La croissance de la capacité installée dans les centres de données chinois devrait en outre être soutenue. Pour lui, « la véritable force de la Chine réside dans son application des technologies de pointe aux activités quotidiennes ». De plus, « une adoption et une commercialisation plus rapides accéléreraient également les opportunités de monétisation ». Sachant que le cycle de l’IA est de plus en plus limité, à la fois par la puissance de calcul et par la consommation d’électricité, la disponibilité de l’énergie et la rapidité du déploiement deviennent des enjeux stratégiques en Chine.

Le secteur des logiciels après leur correction

Les craintes du marché sont aujourd’hui les plus prononcées dans le secteur des logiciels, les investisseurs redoutant que, dans certains cas, des produits existants soient remplacés par des agents IA. Cependant, Jian Bo Gan adopte une position plus nuancée : « les logiciels liés à la cybersécurité, aux infrastructures critiques et aux infrastructures de données » sont moins exposés aux risques, a-t-il affirmé, tandis que les « applications et contenus de base » sont plus vulnérables, suggérant que les investisseurs n’évitent pas totalement le secteur des logiciels, mais font preuve de discernement.

Cette distinction est cruciale, car le secteur des logiciels a déjà connu un repli considérable. Comme le fait remarquer Corinne de Boursetty, « c’est par les logiciels que passent le déploiement et l’adoption de l’IA ». La conclusion pour les investisseurs est tout aussi explicite : l’indice MSCI offre des opportunités attractives depuis les fortes corrections subies. En d’autres termes, le marché peut avoir manqué de discernement dans l’évaluation du risque de perturbation, une lacune qui fait apparaître un point d’entrée plus intéressant parmi les éditeurs de logiciels de qualité, dépendant de l’adoption par les entreprises.

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Implications pour l’investissement

Lorsqu’on lui a demandé si les bénéfices pouvaient vraiment se maintenir en cas de ralentissement de la croissance des dépenses d’investissement dans l’IA, Corinne de Boursetty reconnaît que ces dernières ne pourraient pas afficher indéfiniment une croissance annuelle de 60%.

Concernant la Chine, Jian Bo Gan concède que la réglementation reste un facteur important, laissant entendre que le climat actuel est nettement plus accommodant qu’au moment des précédentes mesures répressives puisque la technologie est désormais perçue comme une priorité stratégique.

Pour les investisseurs, la conclusion générale est encore optimiste, à condition d’être sélectif. Sur les marchés développés, l’accent est mis sur les « grands bénéficiaires de l’IA tout au long de la chaîne de valeur », avec une préférence pour les facilitateurs tels que les semi-conducteurs de pointe et les nouveaux utilisateurs tels les plateformes informatiques, les éditeurs de logiciels d’entreprise et la cybersécurité. En Asie, la priorité va aux nouveaux utilisateurs et aux facilitateurs de l’IA en Chine, en Corée et à Taïwan.

Les investisseurs doivent faire attention aux valorisations, ainsi qu’aux risques liés à la concentration et au financement, tout en faisant preuve d’un plus grand discernement dans le secteur des logiciels et dans l’exposition par région

Repenser un débat nourri et polarisé

John Woods, Corinne de Boursetty et Jian Bo Gand ont démontré que l’investissement dans l’IA ne pourrait être réduit à un choix binaire : pour décider de la manière d’investir, il faut décomposer le cycle en ses composantes d’investissement telles que les valorisations, les bénéfices, l’adoption, les différences sectorielles ou encore les opportunités par région.

En considérant le cycle de l’IA sous cet angle, on constate qu’il repose sur des bases solides : une forte croissance des bénéfices, une adoption rapide et une demande réelle en infrastructures. Parallèlement, les investisseurs doivent faire attention aux valorisations, ainsi qu’aux risques liés à la concentration et au financement, tout en faisant preuve d’un plus grand discernement dans le secteur des logiciels et dans l’exposition par région.

Chez Lombard Odier, notre rôle consiste à offrir à la fois perspective et conviction. Face au bruit et la polarisation que le secteur de l’IA génère, il est plus que jamais nécessaire de prendre du recul et repenser le discours dominant pour identifier les opportunités les plus intéressantes en termes de risque et de rendement.

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