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Minuscules mais essentielles : comment les abeilles préservent nos cultures

En 1990, Harry Markowitz, Prix Nobel d’économie pour sa théorie moderne du portefeuille, disait que la « diversification est le seul repas gratuit ». Une leçon à retenir lorsque l’on s’intéresse au monde naturel et à la valeur de la biodiversité. Prenons l’exemple de l’abeille, un animal discret qui pollinise de nombreux aliments que nous consommons au quotidien. Pourtant, les abeilles n’envoient pas de facture : elles proposent leurs services gratuitement. Et nous prenons donc la pollinisation pour un dû. Mais jusqu’à USD 600 milliards de récoltes pourraient être menacées chaque année à l’échelle planétaire si les abeilles ne faisaient pas leur travail. Les abeilles et la biodiversité au sens large sont des composantes essentielles du capital naturel qui sous-tend une grande variété de services écosystémiques ; il est donc grand temps que nous leur accordions l’attention nécessaire. De la même manière que la diversification protège un portefeuille, la biodiversité protège notre économie.

Prenons l’exemple de l’abeille, un animal discret qui pollinise nombre des aliments que nous consommons au quotidien. Pourtant, les abeilles n’envoient pas de facture : elles proposent leurs services gratuitement

Toutes les facettes du capital naturel

Polymorphe, le capital naturel désigne à la fois la terre arable sur laquelle nous cultivons des récoltes, l’eau que nous buvons ou qui alimente les turbines, les plantes dont nous extrayons des composés médicinaux, les arbres que nous utilisons pour fabriquer du papier et qui contribuent à la qualité de l’air et la biodiversité qui nous aide à nous protéger contre les maladies et forme la base de l’écotourisme. De fait, plus de 50% du produit intérieur brut mondial dépend modérément ou fortement de la nature dans ses formes diverses.

Et les abeilles forment la cheville ouvrière de bon nombre de ces actifs précieux.

Imaginez un monde sans amandes et sans pommes, deux fruits pollinisés en premier lieu par les abeilles. Sans ces produits naturels, toute une série d’entités économiques – producteurs de cidre, usines de fabrication du jus de pomme, fabricants d’huile d’amande– disparaîtrait. Et nous n’avons cité là que deux des nombreuses cultures qui dépendent des abeilles et autres pollinisateurs sur la planète. Sans les abeilles, la variété de fruits et de légumes serait réduite à peau de chagrin, ou il serait nécessaire de recourir à des pollinisateurs artificiels, ce qui aurait un coût bien plus élevé. En effet, 75% des récoltes agricoles dépendent d’une forme de pollinisation animale. Le plus souvent, elle est opérée par les abeilles.

 

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Or, si les abeilles disparaissent, les entreprises dont l’activité est directement liée aux cultures ne seront pas les seules à souffrir. Un régime alimentaire contenant moins de fruits et de légumes aurait des conséquences en termes de nutrition et se traduirait par une augmentation des maladies, mettant sous pression les systèmes de santé, voire les menant au bord de la rupture. Les privilégiés qui auraient accès aux fruits et légumes devraient payer pour ces derniers un prix nettement plus élevé. Et peu de choses sont nécessaires pour déclencher cet effet domino. Nous avons déjà constaté que le déclin de la biodiversité affecte d’autres composantes de nos écosystèmes. Par exemple, la diminution du nombre d’espèces pouvant jouer un rôle d’hôte pour les parasites a entraîné une envolée de maladies infectieuses. La disparition des abeilles et des plantes dépendant de leur pollinisation aurait des répercussions sur différentes fonctions des écosystèmes (filtration de l’eau, fertilisation de la terre) et même sur l’air que nous respirons. Pour résumer, elle viendrait purement et simplement menacer nos habitats naturels.

 

Changer de cap

En matière de ressources naturelles, l’humanité a jusqu’ici adopté un modèle WILD (« Wasteful, Idle, Lopsided and Dirty ») c’est-à-dire gaspilleur, inefficace, inéquitable et sale. Le Royaume-Uni a autorisé l’utilisation de néonicotinoïdes, un insecticide jusqu’alors interdit et toxique pour les abeilles, dans la culture de betteraves.

Le changement climatique affecte aussi la répartition des abeilles. Ces dernières préfèrent généralement les déserts et les environnements tempérés aux climats tropicaux, mais les mutations météorologiques de ces zones tempérées les contraignent à réinventer leur habitat.

Victimes du changement climatique, des pesticides et des maladies, les abeilles voient leur population diminuer rapidement à l’échelle mondiale. Aux Etats-Unis, le nombre d’abeilles mellifères a baissé de 60% entre 1947 et 20081. En Europe, 12 espèces d’abeilles sont gravement menacées2.

Victimes du changement climatique, des pesticides et des maladies, les abeilles voient leur population diminuer rapidement à l’échelle mondiale

Brusquement, le scénario d’une disparition de nombreuses récoltes devient de plus en plus probable.

Le gouvernement britannique est revenu sur sa décision3 de lever l’interdiction des néonicotinoïdes en mars 2021. Si un pas a été franchi pour la protection des abeilles (temporairement, du moins), il convient de rester vigilant et de faire attention aux signaux d’alerte. Car le constat est simple : nous ne pouvons plus nous permettre, en échange de gains à court terme, de nouvelles pertes définitives au niveau de la biodiversité et du capital naturel.

 

Du modèle WILD au modèle CLIC™

Les abeilles ne sont pas les seules en danger. Près d’un million d’espèces4 sont en effet menacées d’extinction. L’inexorable destruction du capital naturel sans prise en compte de sa valeur réelle décime la planète.

Ce constat est alarmant, mais il est possible de renverser la tendance, en passant d’un modèle WILD à une économie CLIC™ (« Circular, Lean, Inclusive and Clean »), c’est-à-dire circulaire, efficiente, inclusive et propre.

 

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Mais comment faire ? Tout d’abord, il convient d’instaurer un meilleur système de comptabilisation, intégrant la valeur réelle du capital naturel, y compris celle qui ne se reflète pas par une facture. Une bioéconomie plus circulaire, qui tire parti du pouvoir de la nature tout en la préservant, peut nous permettre de progresser vers une économie davantage axée sur la nature. Reconnaître la valeur du capital naturel, et notamment des abeilles, est un premier pas pour intégrer ces coûts dans chacune de nos actions. Nous réfléchirons alors à deux fois avant de répandre des pesticides pour améliorer les récoltes sur le court terme, ou de détruire les habitats des abeilles à petit feu, décennie après décennie.

Deuxièmement, nous devons étudier les solutions du modèle CLIC™ pour éviter toute nouvelle disparition d’espèces d’abeilles. Parmi elles, le recours à une agriculture plus respectueuse de la nature s’impose. Nous pensons par exemple à l'agriculture de précision, qui utilise un minimum de substances agrochimiques et limite leur infiltration dans les sols et les cours d’eau, ou encore à des mesures comme le « réensauvagement » qui mettent en valeur la biodiversité et permettent une transition des monocultures à la permaculture (concept de gestion de la terre visant à créer des écosystèmes florissants).

 

Vers la neutralité carbone

Puisque le changement climatique affecte aussi les abeilles, passer d’une économie à bilan carbone neutre permettra d’éviter que la situation ne se dégrade encore. Pour parvenir à cet objectif, il faut que la quantité de dioxyde de carbone libérée dans l’atmosphère soit compensée par une réduction équivalente. A terme, toutefois, il faudra mener la transition vers une économie neutre en carbone, mais également sans déchet et sans perte de biodiversité.

Puisque le changement climatique affecte aussi les abeilles, passer d’une économie à bilan carbone neutre permettra d’éviter que la situation ne se dégrade encore

Pendant trop longtemps, les êtres humains ont exploité le capital naturel sans tenir compte des conséquences. Les menaces auxquelles sont confrontées les abeilles dans l’écosystème actuel n’offrent qu’un aperçu minime des défis qui nous attendent.

Donner une valeur réelle au capital naturel nous permet d’avancer vers une économie soutenable, qui s’impose avec toujours plus d’urgence. Nous pourrons finalement passer d’un modèle WILD à un modèle CLIC™. Une telle transition serait un soulagement pour une société affectée par un impact toujours plus lourd sur le changement climatique et l’environnement naturel.

1 https://www.greenpeace.org/usa/sustainable-agriculture/save-the-bees/
2 https://www.iucnredlist.org/
3 https://www.theguardian.com/environment/2021/mar/03/bee-killing-pesticide-now-will-not-be-used-on-uk-sugar-beet-fields
4 https://news.un.org/en/story/2019/05/1037941

 

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