Le recyclage mettra-t-il fin au gaspillage dans la distribution ?

FT Rethink

Le recyclage mettra-t-il fin au gaspillage dans la distribution ?

Les ventes en ligne ont continué à croître partout dans le monde cette année, portées par l’essor de la livraison à domicile et du retrait en magasin suite au confinement.

Mais même avant le début de la pandémie, alors que les magasins de centre-ville souffraient déjà, les ventes en ligne avaient le vent en poupe. Les consommateurs ont dépensé la somme phénoménale de 3 460 milliards de dollars en 2019, une hausse de près de 18 % par rapport à 2018 selon les chiffres publiés par Signifyd, fournisseur de services contre la fraude pour le commerce en ligne.

Chacune de ces ventes a dû être emballée, stockée, envoyée et suivie, un processus qui a coûté la somme record de 1 500 milliards de dollars aux commerçants américains en 2017.

Les ventes en ligne ont continué à croître partout dans le monde cette année, portées par l’essor de la livraison à domicile et du retrait en magasin suite au confinement

De nombreux produits vendus en ligne sont renvoyés, souvent quasiment sans frais pour le consommateur, mais cela représente un coût énorme pour le fournisseur. Les retours augmentent également l’empreinte carbone des ventes en ligne, car les articles refusés ou non désirés sont renvoyés à l’aide d’un cycle de transport utilisant les énergies fossiles. Les articles ouverts ou endommagés qui ne peuvent pas être revendus sont brûlés, enterrés dans des décharges ou démontés en pièces de récupération. Toutes ces opérations coûtent encore plus en termes d’émissions et de frais de gestion.

 

Ben Whitaker est le fondateur et le CEO de Reconomx, un des acteurs d’un marché émergent de services qui aident les fournisseurs à gérer la montagne croissante de déchets générés par les retours clients « gratuits ».

« En fait, rien n’est gratuit, car tout a un coût. D’une certaine façon, c’est devenu trop facile et je pense que nous nous sommes tous habitués à cela. C’est super, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, et ce système a son mérite. Mais cela a aussi des conséquences et je crois que ces conséquences deviendront de plus en plus évidentes. »

Selon lui, les consommateurs seraient choqués d’apprendre les conséquences et le coût global des retours jetés, qui se chiffre, selon les estimations, à plusieurs centaines de milliards de dollars.

« Aucun commerçant ne vend tout son stock, c’est un fait établi. Et s’il vend en ligne, c’est également un fait établi que du stock revient, aussi sûr que la nuit succède au jour. Lorsqu’un retour arrive, je pense que tout commerçant devrait chercher à vendre cet article, à lui trouver un nouvel utilisateur. Le surstock et les retours ont toujours été un coût lié à l’activité commerciale, et pour comprendre ce que l’on peut faire avec ces articles, il faut comprendre qui est le prochain acheteur. Il est absolument fondamental de comprendre ce qui peut être fait avec cet article pour qu’il ne soit pas inutilement recyclé ou jeté dans une décharge. »

Par le passé, il était plus facile pour les fournisseurs de jeter les invendus plutôt que de les retraiter. Mais comme l’explique Ben Whitaker, la législation et les attentes des consommateurs pour un commerce plus propre et plus soutenable rendent ces options impraticables.

Par le passé, il était plus facile pour les fournisseurs de jeter les invendus plutôt que de les retraiter. Mais… la législation et les attentes des consommateurs pour un commerce plus propre et plus soutenable rendent ces options impraticables

« Eviter l’enfouissement est probablement le principal facteur pour s’assurer que les commerçants deviennent plus soutenables, car la possibilité de simplement jeter les choses ou de les brûler s’amenuise, elle a même totalement disparu dans la plupart des pays. »

Le gouvernement français a récemment adopté une série de lois anti-gaspillage dans le sillage d’un documentaire qui montrait des centaines d’articles invendus et renvoyés dans un entrepôt Amazon et qui étaient destinés à être détruits.

Avant l’entrée en vigueur de la nouvelle législation, on estime à 650 millions d’euros la valeur des produits de consommation neufs qui étaient jetés chaque année en France. Désormais, la myriade de nouvelles règles interdit aux créateurs de mode et aux sociétés de produits de luxe de jeter les marchandises non désirées. Les équipements électriques, les produits d’hygiène et les cosmétiques doivent être réemployés, redistribués ou recyclés. Les producteurs, importateurs et distributeurs, y compris les sociétés en ligne, doivent également faire don des marchandises invendues, à l’exception des produits alimentaires et de toute marchandise présentant un danger potentiel pour la santé ou la sécurité.

Pour de nombreux consommateurs, le prix, la disponibilité et la rapidité de livraison passent encore avant la soutenabilité. Mais certains signes suggèrent que les choses évoluent en raison d’un changement d’attitudes pendant la pandémie mondiale.

Une enquête britannique auprès de patrons de petites entreprises et de consommateurs pour le fournisseur d’énergie E.ON, intitulée Renewable Returns report, a examiné l’impact de la pandémie sur le comportement des consommateurs et des entreprises, ainsi que la possibilité d’une « reprise économique verte ». 

D’après les résultats de cette enquête publiée en octobre 2020, 72 % des consommateurs interrogés disent faire attention au comportement des entreprises envers le climat et 65 % estiment qu’il est important que les produits ou services achetés soient respectueux de l’environnement.

Pour de nombreux consommateurs, le prix, la disponibilité et la rapidité de livraison passent encore avant la soutenabilité. Mais certains signes suggèrent que les choses évoluent en raison d’un changement d’attitudes pendant la pandémie mondiale

L’enquête suggère également que les consommateurs sont prêts à payer plus pour un commerce soutenable. Plus d’un tiers des sondés ont indiqué qu’ils avaient déjà déboursé plus pour des produits « verts » depuis le début de la pandémie et plus de la moitié estimaient que les caractéristiques environnementales d’un produit ou d’un service sont devenues tout aussi importantes que son prix.

Michael Lewis, CEO de E.ON UK a déclaré à propos du rapport : « La pandémie de coronavirus a renforcé les inquiétudes des gens concernant la crise climatique et ceci a mis en pleine lumière l’empreinte environnementale des produits et services que nous achetons. »

Les marques de consommation grand public répondent à ce sentiment avec de nouveaux programmes destinés à réduire le gaspillage et à redorer leur blason écologique en recyclant ou revendant leur stock d’invendus à moindre prix.

Le détaillant d’articles de sport et de loisirs, Decathlon, a récemment lancé son programme « Second Life » qui offre à ses clients des remises allant jusqu’à 40 % sur des articles non souhaités, ouverts ou légèrement endommagés qui passent les tests de sécurité et de contrôle qualité.

Le responsable du projet de Decathlon Royaume-Uni, Nick Connell, explique qu’en sortant ces articles du processus d’élimination ou de traitement consommant encore plus d’énergie, les économies de carbone peuvent être mesurées en calculant le CO2 que la fabrication d’articles comme des vélos ou du matériel de fitness a généré.

« Nous pouvons mesurer toutes nos émissions de CO2, un vélo c’est 100 kg de CO2, un tapis de course, 1000 kg de CO2 et si ces produits n’ont pas d’utilité, cela veut dire que du CO2 a été émis dans l’atmosphère, pour toujours, inutilement. Ce programme n’est pas axé sur les bénéfices, mais sur les émissions de carbone. Cette année, notre objectif est de réduire nos émissions de CO2 inutiles de 100 000 tonnes. »

Les marques de consommation grand public répondent à ce sentiment avec de nouveaux programmes destinés à réduire le gaspillage et à redorer leur blason écologique en recyclant ou revendant leur stock d’invendus à moindre prix

Le géant du meuble en kit, Ikea, devrait reprendre le déploiement de son programme de rachat d’une gamme limitée de meubles déjà utilisés. Les clients peuvent échanger une gamme d’articles d’occasion, dont des bibliothèques, des tables, des chaises, des commodes contre des bons d’achat, en fonction de l’état des meubles.

En Australie, le programme a été lancé il y a plus d’un an et plus de 10 000 meubles ont été échangés. D’autres mesures pour améliorer l’éco-bilan comprennent l’utilisation de bois plus durable, le passage à l’énergie renouvelable et l’ajout de substituts végétaux aux boulettes de viande dans les menus du restaurant.

Pour les bricoleurs, l’aspect probablement le plus intéressant de l’initiative soutenable d’Ikea est l’extension programmée du programme de pièces détachées, qui a déjà mis à disposition des clients en 2020 environ 14 millions de pièces.

Si la réparation d’une bibliothèque qui s’affaisse, ou le remplacement d’un pied abîmé de canapé promettent d’être plus faciles, la résolution de l’amoncellement de déchets encore exacerbé par les retours clients « gratuits » sera plus problématique pour le secteur du commerce de détail toujours plus dépendant des envois aux clients en ligne.

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