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La fin de l'exceptionnalisme américain – entretien avec Samy Chaar
Article publié dans finews le 14 juillet 2025
Selon Samy Chaar, Chef économiste de Lombard Odier, l'économie mondiale s'éloigne d'une croissance tirée par les États-Unis et entre dans une période de décélération. Bien qu'une récession puisse être évitée, les risques politiques et la paralysie des investissements demeurent.
M. Chaar, le premier semestre de cette année a été turbulent. Le second semestre va-t-il suivre la même voie ?
Nous constatons un changement par rapport à la croissance dominée par les États-Unis, ainsi qu’une nette décélération. Cette évolution est due à l'incertitude politique et aux droits de douane, dont certains ont déjà été imposés par Donald Trump. Le contexte devient plus difficile. Pour autant, une récession n'est pas notre scénario de base à ce stade.
Vous citez l'incertitude comme un facteur clé. Faut-il s'attendre à une vague de licenciements ?
Les entreprises évoluent dans un climat où elles ne savent plus quelles règles s'appliqueront demain. Elles sont donc devenues plus prudentes en matière de dépenses d'investissement. Nous n'assistons pas à des licenciements massifs, mais les entreprises ont suspendu les embauches.
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Votre scénario de base exclut une récession. Pourquoi ?
Il y a trois raisons principales. La première est que les marchés de l'emploi aux États-Unis et en Europe restent solides, les gens ont un emploi et nous ne constatons pas de pertes d'emploi à grande échelle. Deuxièmement, pour la première fois depuis des années, l'Allemagne envoie des signaux budgétaires positifs. Les investissements annoncés par le nouveau gouvernement allemand sont ce que nous qualifions de « bonne dette », c'est-à-dire qu'ils génèrent une stimulation économique.
Tant que le président Trump gardera le contrôle, l'environnement politique restera volatile
Enfin, la Chine fait tout ce qu'elle peut pour éviter un atterrissage brutal. Bien qu'elle n'ait pas annoncé de mesures de relance à grande échelle, des mesures de soutien ciblées restent probables.
Vous avez parlé de l'incertitude, en grande partie due à la politique américaine. Combien de temps cela va-t-il durer ?
Tant que le président Trump aura le contrôle total – c'est-à-dire du Sénat, de la Chambre des représentants et de la Cour suprême –, l'environnement politique restera volatil. Je vois peu de chances de stabilisation avant les élections de mi-mandat de novembre 2026. Pour les entreprises, cela se traduit par un report des investissements et un ralentissement des recrutements. Il s'agit d'un scénario classique de « wait and see ».
Y a-t-il un vainqueur clair dans cette situation ?
Il est difficile de dire s'il y aura de vrais gagnants. Peut-être que la Chine finira par y perdre davantage que les États-Unis. Dans ce cas, Trump aurait atteint son objectif politique consistant à affaiblir la Chine. Ce qui sera intéressant, c'est de savoir si l'Europe, et en particulier l'Allemagne, pourra bénéficier de sa transition vers plus d'autonomie économique et d'investissements dans les infrastructures. J'ai bon espoir que cela puisse donner un élan pour une plus vaste reprise européenne.
Constatez-vous déjà un détournement des capitaux au détriment des États-Unis ?
Oui, mais seulement de façon modérée. Les États-Unis restent le marché le plus important au niveau mondial. Il fut un temps où les actifs américains représentaient 70 % de la capitalisation du marché mondial des actions, un record historique. Si le discours sur l'exceptionnalisme américain commence à s'estomper, les capitaux se tourneront probablement à nouveau vers l'Europe et certains marchés émergents. Cela étant, le marché américain restera dominant, mais sa surpondération sera moins importante qu'auparavant.
Le dollar peut s'affaiblir sans mettre fin au phénomène mondial de « dollarisation »
Comment évaluez-vous la situation actuelle en Chine ?
L'économie chinoise est structurellement divisée. Le secteur industriel et manufacturier reste compétitif et affiche de bonnes performances. Cependant, la demande intérieure est faible. Le vieillissement de la population, la crise immobilière persistante et les taux d'épargne élevés freinent la consommation. Le gouvernement est susceptible d'apporter un soutien ciblé, mais sans déployer de mesures de relance à grande échelle. Nous nous attendons à une stabilisation et non à un boom.
Le dollar a perdu du terrain. Assistons-nous à la fin d'une époque ?
Le dollar peut s'affaiblir sans mettre fin au phénomène mondial de « dollarisation ». Tant que les États-Unis restent la principale source de demande globale dans le monde, et que l'Europe, la Chine, le Japon et d'autres pays restent des économies axées sur les exportations, le dollar restera la monnaie de réserve dominante. Il n'y a tout simplement aucune alternative viable jusqu'à ce qu'un nouveau moteur de la demande mondiale émerge.
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