Le climat, les investisseurs et l’« alerte rouge » du GIEC

perspectives d’investissement

Le climat, les investisseurs et l’« alerte rouge » du GIEC

Stéphane Monier - Chief Investment Officer<br/> Lombard Odier Private Bank

Stéphane Monier

Chief Investment Officer
Lombard Odier Private Bank

Points clés

  • La sensibilité des marchés aux risques climatiques s'intensifie, modifiant l'univers de l'investissement
  • Les investisseurs doivent prendre en considération les risques physiques, les risques liés à la transition et les risques de responsabilité dans leurs décisions en matière d’allocation de portefeuille
  • « L’impact sur la valeur climatique » (IVC) évalue l'exposition globale des entreprises aux risques climatiques
  • Nous sommes convaincus que les investisseurs qui contribuent à la transition vers une économie à zéro émission nette bénéficieront de rendements ajustés au risque supérieurs.

Un rapport des Nations Unies publié ce mois-ci a conclu qu'avec le niveau record de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, jamais atteint depuis depuis deux millions d'années, la preuve de l’impact de l'activité humaine sur le changement climatique est « sans équivoque ». Ce premier volet du rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de l'ONU, le sixième depuis 2013, renforce notre conviction que les entreprises doivent agir plus rapidement, créant des gagnants sur les marchés et des opportunités pour investir dans la transition vers une économie neutre en carbone, qui offrent de meilleurs rendements ajustés au risque.

Ce texte expose l'impact brutal du changement climatique, en couplant des données avec des preuves d'inondations, de sécheresses et de feux de forêt. Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a décrit la situation comme une « alerte rouge pour l'humanité ». Le seuil critique de deux degrés Celsius vers un changement climatique irréversible sera franchi au cours de ce siècle, à moins que nous ne parvenions à réduire considérablement les émissions de dioxyde de carbone (CO2) et autres gaz à effet de serre au cours des prochaines décennies.

Le rapport du GIEC devrait renforcer la demande déjà robuste de solutions d'investissement permettant de lutter contre le changement climatique. En outre, il annonce une période d'intensification de la sensibilité et de la réaction des marchés aux risques liés au climat, susceptible de modifier l'univers de l'investissement. En 2020, selon le Forum économique mondial, la capitalisation boursière des entreprises actives dans l’industrie des technologies propres (« cleantech ») a augmenté d'environ 1 000 milliards USD, tandis que celle des entreprises pétrolières et gazières a diminué d'environ 680 milliards USD.

Trois risques clés

Lorsqu’ils prennent leurs décisions de placement, les investisseurs feraient bien de considérer trois risques associés au climat – d’ordre physique, liés à la transition et à la responsabilité:

…il existe la possibilité de générer de la valeur grâce à des stratégies positives pour le climat

Premièrement, l'exposition à la transition vers une économie à zéro émission nette présente des risques liés à la réglementation, aux taxes sur le carbone et à l'évolution de la demande, les clients délaissant les produits et services à forte empreinte carbone. Pour les entreprises qui ne veulent ou ne peuvent pas s'adapter, cela représente un risque existentiel, alors qu’il existe la possibilité de générer de la valeur grâce à des stratégies positives pour le climat.

Deuxièmement, les actifs exposés aux risques physiques du réchauffement climatique, c'est-à-dire à l’augmentation de la fréquence des événements extrêmes tels que les ouragans, les inondations et les incendies de forêt, sont confrontés à d'importantes questions de valorisation. Les entreprises dont les actifs, les chaînes d'approvisionnement ou la base de clientèle sont situés dans des régions à haut risque pourraient subir des pertes financières importantes. Il s'agit clairement d'un problème pour des secteurs comme l'immobilier et les assurances.

Enfin, troisièmement, les secteurs privé et public sont exposés à des risques de litiges, car la responsabilité des entreprises en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et leur impact sur le changement climatique sont de plus en plus évidents, ce qui peut générer des passifs importants dans certains bilans. On voit ainsi émerger des litiges liés au climat, obligeant les entreprises à rendre compte de leurs émissions passées, de leur incapacité à les réduire ou à adapter leurs infrastructures. La base de données de l'Institut de recherche Grantham sur le changement climatique et l’environnement de la London School of Economics compte 1 859 cas de litiges liés au climat.

En mai de cette année, un tribunal de La Haye a ordonné à Royal Dutch Shell de réduire ses émissions de carbone de 45% relativement aux niveaux de 2019 d'ici fin 2030. Le tribunal néerlandais a estimé que les plans de réduction des émissions de la société étaient trop vagues et lui a ordonné de se conformer aux engagements de l'accord de Paris. En mars, la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine a annoncé qu'elle envisageait d'harmoniser les informations fournies par les entreprises sur les risques liés au climat, afin de les rendre comparables et potentiellement contestables.

En tant qu'investisseurs, nous cherchons à évaluer ces risques climatiques et leur probable impact sur la valeur des actifs d'un portefeuille…

En tant qu'investisseurs, nous cherchons à évaluer ces risques climatiques et leur probable impact sur la valeur des actifs d'un portefeuille à l'aide d'une mesure que nous avons intitulée « Impact sur la valeur climatique » (IVC). Il s'agit de mesurer l'exposition totale des entreprises à ce triple risque climatique et d'analyser comment elle affecte leur valorisation.

Parmi ces trois risques, nous pensons que le risque lié à la transition est actuellement le plus significatif. L'exposition à la transition, dans différents scénarios relatifs au réchauffement climatique, vise à identifier la proportion des revenus d'une entreprise qui pourrait être impactée par la transition vers une économie neutre en carbone.

L'IVC nous permet de distinguer les entreprises qui sont à l'abri de l'exposition à la transition climatique, parce que leurs revenus ne sont pas liés aux émissions de gaz à effet de serre ; celles qui ont une empreinte carbone importante mais qui contribuent néanmoins à réduire les émissions ailleurs au sein de l'économie ; celles qui sont fortement exposées à la transition climatique en raison d'émissions élevées mais qui se trouvent sur la bonne trajectoire, avec des revenus de type « glaçons » ; et celles qui sont exposées de la même manière mais qui sont sur la mauvaise trajectoire, avec des revenus de type « bûches en feu ».

Cette analyse nous aide à déterminer la part des revenus d'une entreprise qui serait exposée à la transition vers une économie à zéro émission nette et si ces revenus y seraient exposés positivement ou négativement.

De cette manière, nous cherchons à faire la distinction entre les entreprises afin de procéder à de meilleures allocations des investissements en fonction de leur impact climatique. Les entreprises qui offrent des produits et services susceptibles de bénéficier d'une demande accrue au fur et à mesure de la progression de la transition, comme les énergies renouvelables et la e-mobilité, présenteront une exposition positive à la transition climatique, et donc à l'IVC.

Les entreprises des secteurs à fortes émissions carbone – notamment l'acier, le ciment et les produits chimiques - seront hautement exposées à l'IVC, mais le caractère positif ou négatif de cette exposition dépendra largement de leurs stratégies de transition. Les leaders en la matière pourront gagner d’importantes parts de marché.

Si les événements extrêmes devaient se multiplier, il se pourrait que l'objectif « zéro émission nette » d'ici 2050 ne soit pas suffisant

Il est impératif d’agir

Si les événements extrêmes devaient se multiplier, il se pourrait que l'objectif « zéro émission nette » d'ici 2050 ne soit pas suffisant. Dans ce cas, davantage de projets et de mesures d’adaptation seront nécessaires pour minimiser les effets négatifs du changement climatique. Ces considérations devraient inciter à équilibrer les décisions d'investissement entre celles portant sur la réduction et celles portant sur l'adaptation. Ce qui signifie qu'il est plus que jamais urgent d'agir.

Les banques centrales jouent un rôle croissant sur le front politique. La Banque centrale européenne a récemment publié un plan d'action exposant les progrès qu'elle entend réaliser en matière de transition vers une économie neutre en carbone. Ce plan comprend l'élaboration de nouveaux indicateurs expérimentaux, couvrant les instruments financiers verts pertinents et l'empreinte carbone des institutions financières, ainsi que leur exposition aux risques physiques liés au climat et un projet visant à lancer en 2022 des tests de résistance climatique du bilan de l'Eurosystème.

À l'approche de la Conférence de l'ONU sur le climat qui se tiendra en novembre à Glasgow, il est clair que les investisseurs ont un rôle majeur à jouer pour contribuer à des résultats positifs en matière climatique. Heureusement, l'expertise existe pour y parvenir. Mais il n'y a plus de temps à perdre.

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