Comment investir pour un avenir neutre en carbone

perspectives d’investissement

Comment investir pour un avenir neutre en carbone

Stéphane Monier - Chief Investment Officer<br/> Lombard Odier Private Bank

Stéphane Monier

Chief Investment Officer
Lombard Odier Private Bank

Points clés

  • La décarbonisation ne peut s’effectuer en une seule étape, car nous continuerons d’avoir besoin des industries à fortes émissions de carbone
  • Les investisseurs peuvent encourager cette transition en finançant les meilleures entreprises qui travaillent à identifier des solutions transformatrices et évolutives
  • Dans certains secteurs, la transition est déjà engagée grâce aux marchés et aux facteurs économiques, qui entraînent une baisse des coûts.

Le changement climatique constitue un défi unique pour notre planète. L’être humain peine à repérer les évolutions lentes de son environnement. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles, la semaine dernière, le Forum économique mondial de Davos n’a pas été à la hauteur des ambitions de ses organisateurs, mettant en évidence le fossé qui sépare les convictions des activistes climatiques et les climatosceptiques.

En tant qu’investisseurs, nous devons faire des choix pragmatiques qui vont au-delà de ces désaccords médiatisés, parce que le changement climatique représente un problème qui doit être réglé de toute urgence. Attendre que ses effets provoquent des bouleversements majeurs, tels qu’une migration de masse et des conflits autour des ressources, n’est pas une option. Il est de notre devoir de promouvoir la nécessaire transition vers une économie à bilan carbone neutre, en investissant dans les opportunités que celle-ci engendre.

Il est de notre devoir de promouvoir la nécessaire transition vers une économie à bilan carbone neutre, en investissant dans les opportunités que celle-ci engendre.

Les preuves scientifiques sont sans équivoque, comme en témoignent le caractère extrême et la fréquence accrue de catastrophes climatiques récentes – ouragans, inondations, incendies et épisodes de sécheresse. Pour que le monde soit encore reconnaissable dans une génération, nous devons lutter contre les menaces du dérèglement climatique en limitant la hausse des températures conformément aux recommandations des scientifiques.

Encore sept ans

Il est utile de réfléchir à l’ensemble des émissions mondiales de dioxyde de carbone sous la forme d'un budget. Le total des émissions déjà générées au niveau mondial représente plus de 2.400 Gt de CO2 1. Selon des calculs basés sur les données du GIEC et le rapport des Nations unies sur l'écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions 2019, le budget restant ne s'élève qu’à environ 333 Gt de CO22 pour que la hausse des températures ne dépasse pas le seuil de 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux pré-industriels fixé par l'Accord de Paris 2015. Au rythme actuel d’augmentation des émissions (environ 44 Gt de CO2 par an), sans mesure adéquate, il reste aujourd’hui seulement sept ans d’activité – soit un cycle économique – avant que le changement ne soit irréversible.

Les banques centrales ont déjà tiré la sonnette d’alarme quant aux conséquences du changement climatique et les risques qu’il pose pour la stabilité financière. De plus, certaines d’entre elles, comme la Banque d'Angleterre et la Norges Bank, commencent à s’intéresser à la question des actifs inexploitables, autrement dit les investissements en industries et actifs à fortes émissions de carbone qui risquent des pertes de valeur conséquentes. Ainsi, la Banque d’Angleterre estime que jusqu’à 20.000 milliards de dollars d’actifs pourraient se trouver dans cette situation et propose aux banques et aux assureurs des tests de résistance liés au climat. La Banque de France lui a emboîté le pas récemment.

Au rythme actuel d’augmentation des émissions (environ 44 Gt de CO2 par an), sans mesure adéquate, il reste aujourd’hui seulement sept ans d’activité – soit un cycle économique – avant que le changement ne soit irréversible.

Au niveau national et international, au-delà des gros titres sur le forum de Davos, le manque d’action coordonnée des gouvernements n’est pas aussi problématique qu’il n’y paraît. Une multitude de villes et de régions du monde, dont un grand nombre de villes et d’Etats aux Etats-Unis (représentant 70 % de l’économie américaine), poursuivent les objectifs de l’Accord de Paris, car elles estiment ce choix logique du point de vue économique et des affaires. Le marché réaffecte les ressources afin que l’investissement suive la croissance économique et les exigences de la transition vers une économie neutre en carbone, tant en termes de solutions que d’adaptation des infrastructures aux changements causés par le réchauffement climatique. Cette démarche est souvent dictée par les coûts de plus en plus attractifs et les économies d'échelle offertes par les solutions à faibles émissions de carbone (énergie solaire ou éolienne, batteries des véhicules électriques et stockage d'énergie), à tel point que celles-ci deviennent tout simplement moins chères que leurs alternatives polluantes, même en décomptant d'éventuelles subventions.

 

Des choix pour les investisseurs

Pour que les objectifs de l’Accord de Paris aient la moindre chance d’être atteints au niveau mondial, il faut « décarboniser » nos économies au plus vite.

Les investisseurs ont déjà la possibilité d’appliquer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) pour effectuer un tri au niveau des facteurs ayant le plus d’influence sur les indicateurs financiers, et identifier les entreprises les plus performantes tout en excluant les plus polluantes de leurs portefeuilles. Nous pouvons déjà sélectionner les entreprises les plus performantes en termes d’empreinte carbone et privilégier celles qui cherchent à développer des solutions pour atténuer la pollution héritée du passé, par exemple par le biais de sources d'énergie alternatives, de technologies liées aux batteries des véhicules électriques ou de changements modaux dans les transports.

Si les investisseurs devaient totalement se désengager des secteurs à fortes émissions de carbone, l’impact serait contreproductif.

Toutefois, nous sommes convaincus qu’il est également essentiel de nous focaliser sur les entreprises les plus performantes en matière de transition vers une économie bas carbone. Si celles-ci ont actuellement une empreinte carbone élevée, elles jouent un rôle vital pour la croissance économique future. Nous continuerons d’avoir besoin d’industries chimiques, sidérurgiques et du béton, par exemple, pour alimenter nos économies dans les années à venir. Si les investisseurs devaient totalement se désengager des secteurs à fortes émissions de carbone, l’impact serait contreproductif. En tel cas, ces secteurs devraient ralentir leurs propres investissements dans les technologies alternatives et leurs efforts pour redéployer leurs actifs, ce qui empêcherait de réaliser les ambitions de l’Accord de Paris.

Cette situation ne doit toutefois pas limiter nos ambitions ni nous empêcher d’œuvrer à l’abandon progressif des énergies fossiles en choisissant et en investissant dans des technologies durables.

 

Encourager la transition

Il existe un deuxième choix, complémentaire. Tant que nous ne disposons pas des sources d'énergie pour remplacer notre consommation actuelle à forte intensité carbonique, nous devons encourager des solutions propres et des trajectoires de transition adaptées dans les secteurs où les émissions sont plus difficiles à réduire.

Ainsi, si la fin des industries des énergies fossiles comporte un coût social qu’il faut éviter en termes de destruction d’emplois (la transition doit être « juste »), ce sont également ces entreprises qui offrent les meilleures opportunités (avec le plus d’enjeux) pour développer les solutions évolutives et transformatrices afin d’atteindre l’objectif de neutralité carbone.

… nous devons encourager des solutions propres et des trajectoires de transition adaptées dans les secteurs où les émissions sont plus difficiles à réduire.

Le fournisseur danois d'énergies renouvelables Ørsted, anciennement Danish Oil and Natural Gas Company (DONG Energy), en est un bon exemple. En dix ans, malgré sa position dominante sur le marché national de l'électricité, Ørsted a réussi à transformer ses activités en abandonnant le pétrole et le gaz pour devenir un leader de l'énergie éolienne au Danemark, en Allemagne et aux Pays-Bas, et est actuellement en train de construire l’un des plus grands parcs éoliens du monde au Royaume-Uni. L’entreprise a changé de nom pour refléter le succès de cette transition, en l’honneur de Hans Christian Ørsted, physicien et chimiste danois à l’origine des travaux ayant démontré que les courants électriques génèrent des champs magnétiques.

C’est la raison pour laquelle nous choisissons de nous engager auprès des entreprises au lieu de cesser d’y investir, en soutenant l’innovation et ce type d’efforts vers la transition.

Sans investissements dans la totalité des secteurs, et en particulier ceux où les émissions sont plus difficiles à réduire, comme l’acier, le ciment ou la chimie, nous ne parviendrons pas à conduire la transition nécessaire vers une économie à zéro émission de carbone. Ces secteurs doivent aussi faire partie des solutions. Nous pouvons les considérer comme des candidats à la transition et des opportunités d’adaptation.

L’innovation financière a également un rôle à jouer. En plus d’offrir un profil de rendement/risque attrayant, les obligations vertes permettent aux investisseurs d’investir dans des projets de l'économie réelle par le biais des bilans des émetteurs. Ces derniers rendent ensuite compte de l’utilisation des financements pendant toute la durée de vie des obligations. Le marché des obligations vertes connaît une forte croissance depuis les premières émissions de 2007/2008 ; il représente aujourd’hui 90.000 milliards de dollars. Un record a été franchi en 2019 avec 271 milliards de dollars d’obligations vertes émises, avec notamment les premières émissions souveraines du Chili et des Pays-Bas. L’an passé, les entreprises non financières ont représenté un tiers des nouvelles émissions. Nous estimons que la croissance de ce marché devrait se poursuivre en 2020 avec 320 à 360 milliards de dollars de nouvelles émissions.

Ce n’est pourtant pas suffisant pour satisfaire la demande et certaines entreprises élargissent le concept à d’autres objectifs sociaux ou de durabilité. En Italie, la compagnie d'électricité Enel, l’un des premiers émetteurs d’obligations vertes, a lancé en 2019 une nouvelle obligation dont les produits doivent servir ses propres objectifs de durabilité, avec des pénalités prévues au niveau du coupon en cas d'échec. D’après BNEF3, le total des émissions de dette durable (y compris obligations vertes et autres prêts indexés sur la durabilité) a dépassé 1.000 milliards de dollars pour la première fois en 2019. Nous pensons qu’entre 560 et 620 milliards de dollars de dette durable seront émis en 2020.

 

Impulsion économique

Heureusement, les réalités économiques et financières vont certainement motiver les changements à venir. Dans certains secteurs, comme l'énergie solaire et éolienne, les coûts ont déjà baissé à des niveaux comparables à ceux de l'électricité thermique ou à base de charbon, voire parfois nettement plus faibles, sur l’ensemble de la durée de vie attendue des actifs. Des opportunités existent également dans les investissements en infrastructures de systèmes électriques, dans l’électrification des réseaux de transport et dans des modes de production circulaires et moins polluants.

Jusqu'à il y a peu, le changement climatique semblait être une réalité éloignée. Aujourd’hui, le défi est de toute évidence plus prononcé. Les investisseurs peuvent agir en atténuant leur exposition aux actifs inexploitables et aux difficultés potentielles que la transition vers l’objectif de neutralité carbone représentera pour les investissements. Il conviendra ainsi de privilégier des solutions qui favorisent l’adaptation aux conséquences du changement climatique.

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