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Une nouvelle vie après la décharge : comment résoudre un problème méconnu des parcs éoliens
La ville texane de Sweetwater1 compte deux cimetières. Le premier est constitué de plusieurs rangées de tombes. Dans l’autre, le décor est tout autre, car on y trouve plusieurs milliers de gigantesques pales d’éoliennes couchées à travers un champ tout aussi vaste. La scène est loin d’être unique. Dans la décharge régionale de Casper dans le Wyoming2, les rangées de pales qui tournaient autrefois sous l’effet du vent sont désormais recouvertes de terre par des tracteurs.
Cet aspect moins flatteur de la production d’énergie renouvelable demeure largement méconnu de l’opinion publique. Reste maintenant à savoir quel sort sera réservé au matériel utilisé pour produire une énergie renouvelable qui serait à son tour recyclable.
Cet enjeu revêt une importance croissante pour les acteurs de l’éolien. Quand bien même 85% des éoliennes peuvent être efficacement recyclés, les lames posent un problème en raison des matériaux utilisés pour les fabriquer. Plusieurs milliers d’éoliennes sont sur le point d’atteindre la fin de leur cycle de vie de 20 ans avec plus de 6’500 lames à démonter chaque année en Europe et près de 1’400 aux Etats-Unis d’ici 2025. La course aux solutions est donc lancée.
Les vents du changement
Les violentes tempêtes qui ont frappé le Royaume-Uni au début de l’année ont eu des conséquences désastreuses pour de nombreuses personnes, mais constituent une véritable aubaine pour les producteurs d’énergie éolienne du pays. Les vitesses de 160 km/h atteintes par les vents ont permis de produire un volume record de plus de 19’500 mégawatts, soit plus de la moitié de l’électricité produite au Royaume-Uni.
Ces événements témoignent du développement spectaculaire de la production d’énergie éolienne et des atouts que cette technologie peut apporter pour garantir un approvisionnement en énergie soutenable à un moment où le marché du gaz est en proie à de fortes turbulences. L’an dernier, l’énergie renouvelable a enregistré une croissance record, avec pas moins de 290 GW de nouvelle capacité de production, malgré la pandémie. Les renouvelables représentent désormais 29% de la production mondiale d’électricité.3 Cette croissance est à porter au crédit des éoliennes et des panneaux photovoltaïques. Selon certaines prévisions, le secteur devrait dépasser les combustibles fossiles et le nucléaire d’ici 2026.
A présent que l’énergie éolienne a atteint une certaine maturité et que les éoliennes se sont fait une place dans les paysages terrestres et marins, des quantités considérables de turbines arrivent toutefois en fin de vie. Et c’est un problème.
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Recycler les renouvelables
Après plusieurs décennies de bons et loyaux services, l’heure est venue de remplacer les éoliennes. Même si 85% de ces turbines peuvent être recyclés, car elles sont fabriquées, entre autres matériaux, en acier et en cuivre, les pales en polymère de plastique posent toutefois un problème du fait de leur complexité de démontage.
Elles finissent donc dans une décharge, comme au Texas et au Wyoming, un problème qui ne manquera pas de s’aggraver. Etant donné que ces structures robustes sont conçues pour résister aux conditions météorologiques extrêmes, leur élimination est devenue un enjeu crucial pour le secteur. En Europe, les pales sont incinérées pour créer du ciment et de l’énergie, mais la teneur énergétique est faible et l’impact en termes de pollution atmosphérique est dévastateur.
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En quête d’une solution
Les investisseurs qui entendent adopter une stratégie qui parie sur la circularité et la soutenabilité pourraient s’intéresser aux vastes cimetières d’éoliennes tombées dans l’oubli et tenter de leur trouver une place dans leur vision du monde.
En raison de l’ampleur du problème, ces cimetières sont loin d’appartenir au passé. C’est pourquoi des efforts considérables doivent être entrepris pour relever le taux de recyclabilité de 85 à 100%.
Au Danemark, où l’énergie éolienne satisfait à la moitié des besoins du pays, Siemens Gamesa fabrique les premières pales recyclables prêtes à être déployées en mer. Elles sont fabriquées dans des matériaux moulés avec de la résine, laquelle peut être séparée des autres composants à la fin de la durée de vie des pales.
Toujours au Danemark, une coalition de scientifiques a créé la CETEC (Circular Economy for Thermosets Epoxy Composites) qui vise à mettre au point sous trois ans des solutions qui permettront de recycler complètement les pales et de les rendre commercialement viables.
En Norvège, les constructeurs de parcs éoliens Aleks Offshore Wind et l’Université de Strathclyde ont trouvé un moyen pour extraire la fibre de verre des éoliennes usagées en vue de leur réutilisation.
Une nouvelle vie a été ainsi donnée aux pales. En Irlande, le personnel de l’Université technologique de Munster utilise les structures pour construire un nouveau pont pour piétons. Aux Etats-Unis, les chercheurs de l’Institut de technologie de Géorgie utilisent une partie d’une pale comme toit d’une maison.
Est-il déjà trop tard ?
On peut déplorer le fait que certaines pales en fin de vie soient toujours envoyées en décharge, compte tenu du nombre considérable d’entre elles qui sont mises hors service. S’il est vrai que les cimetières de pales ont encore de beaux jours devant eux, des solutions commencent à voir le jour.
1 https://www.rte.ie/news/us/2021/1112/1259429-texas-wind-farm/
2 https://www.bloomberg.com/news/features/2020-02-05/wind-turbine-blades-can-t-be-recycled-so-they-re-piling-up-in-landfills
3 https://www.iea.org/reports/global-energy-review-2021/renewables
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