Entretien franc avec Patagonia, leader soutenable de l'industrie de vêtements techniques depuis plus de 40 ans

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Entretien franc avec Patagonia, leader soutenable de l'industrie de vêtements techniques depuis plus de 40 ans

Après la certification B Corp de Lombard Odier l’année dernière, nous avons décidé de discuter avec l’une des premières sociétés labellisées. Patagonia est certifiée B Corp depuis 2011 et reste l’une des sociétés les plus performantes du mouvement. Lors de cette rencontre, Ryan Gellert, de Patagonia, évoque la mission que s’est donnée la société en termes d’élimination des déchets et d’investissement dans l’innovation, ainsi que sa démarche d’honnêteté dans la mesure de l’avancée vers la soutenabilité.


Que faut-il pour qu’une entreprise devienne aussi respectueuse de l’environnement que Patagonia aujourd’hui ?

Et bien, je ne pense pas que nous soyons vraiment une marque « soutenable » au sens strict du terme, à savoir « ne prendre à la planète que des ressources renouvelables ». Durant la majeure partie de nos 46 ans d’existence, nous nous sommes efforcés de devenir une entreprise véritablement respectueuse de l’environnement. Mais nous n’avons pas encore complètement réussi. Il me semble toujours important de le préciser, parce que j’estime que le mot « soutenable » est souvent galvaudé de nos jours, ce que je combats sans relâche. Chaque question délicate à laquelle vous répondez en appelle dix autres auxquelles vous ne pouvez pas répondre immédiatement. Il faut en passer par là.


Pouvez-vous nous parler de votre plus grand défi en matière de soutenabilité en tant que marque de vêtements ? Qu’avez-vous appris de ce défi ?

Lorsque nous avons décidé de n’utiliser que du coton 100% biologique, en 1996, alors qu’il représentait moins de 1% de la culture de coton mondiale. Nous avions l’impression d’être des précurseurs. Mais 23 ans plus tard, la production de coton biologique ne représente toujours que 1 ou 2% au niveau mondial. Alors, pour être honnête, nous n’avons guère fait évoluer la situation. C’est la dure réalité. Mais je pense qu’il faut en tirer une leçon. Il faut plus que des actes ou des paroles pour faire une vraie différence. Pour y parvenir, vous devez vraiment comprendre comment changer les systèmes sous-jacents.

Aujourd’hui, nous sommes résolus à ne pas le faire seuls. Nous avons coopéré avec d’autres organisations et entreprises pour créer une norme de certification biologique régénérative. Et nous essayons de créer un mouvement qui placera la barre plus haut en termes d’approvisionnement, d’alimentation et de fibres.

Nous nous sommes efforcés de devenir une entreprise véritablement respectueuse de l’environnement. Mais nous n’avons pas encore complètement réussi. Chaque question délicate à laquelle vous répondez en appelle dix autres auxquelles vous ne pouvez pas répondre immédiatement. Il faut en passer par là.

Que faites-vous pour rendre vos chaînes d’approvisionnement plus respectueuses de l’environnement ?

Il y a quelques années, nous avons considérablement réduit le nombre de nos fournisseurs afin de renforcer nos relations avec une base de prestataires plus restreinte.

Nous nous sommes également engagés de plus en plus envers la certification Fairtrade. Cette saison, près de 70% de nos produits sont issus de lignes certifiées Fairtrade. Enfin, nous souhaitons que toutes les personnes impliquées dans la fabrication d’un produit Patagonia reçoivent un salaire décent.

Nous nous efforçons aussi de comprendre l’approvisionnement énergétique de chacune de nos usines. Par exemple, si elles sont alimentées par des centrales à charbon, nous discutons avec les fournisseurs de la façon dont ils peuvent opérer une transition vers des énergies plus renouvelables.

 

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Quelle est votre approche de l’innovation en matière de développement durable ?

Nous disposons d’un fonds de capital-investissement interne que nous utilisons pour investir dans des entreprises dotées d’une conscience sociale et axées sur l’environnement comme nous, qui conçoivent des technologies qui nous semblent transposables à notre chaîne d’approvisionnement. Comme avec toute technologie émergente, nous ne sommes jamais sûrs que cela fonctionnera. Mais nous avons bon espoir et nous avons réalisé deux investissements réellement intéressants dernièrement : une nouvelle façon d’optimiser le processus de recyclage et une alternative sans pétrole au nylon et au polyester.

(…) nous avons réalisé deux investissements réellement intéressants dernièrement : une nouvelle façon d’optimiser le processus de recyclage et une alternative sans pétrole au nylon et au polyester.

Comment Patagonia s’efforce-t-elle de réduire les déchets de vêtements ?

Nous avons un programme baptisé Worn Wear, qui repose sur les quatre « R ». Le premier est pour Réduire : n’achetez pas ce dont vous n’avez pas besoin. Nous nous engageons à aider nos clients à réfléchir avant d’acheter. Le deuxième est pour Réparer. Nous possédons des ateliers de réparation en Asie et en Europe, mais aussi en Amérique du Nord, où nous effectuons près de 100 000 réparations chaque année. Alors, si vous achetez un vêtement Patagonia et que la fermeture éclair se bloque ou que votre chien la détruit, même plusieurs années après l’achat, vous pouvez nous le renvoyer et nous le réparerons pour vous. Le troisième signifie Ré-utiliser. Nous possédons une plateforme aux Etats-Unis —que nous projetons à terme de développer en Europe— qui vous permet de nous renvoyer un ancien vêtement Patagonia encore utilisable dont vous vous êtes lassé contre un bon d’achat. Nous lavons et réparons le vêtement avant de le remettre en vente afin qu’une autre personne puisse l’acheter à prix très réduit. Le dernier « R » signifie Recycler. Si un article que vous avez acheté chez nous atteint la fin de sa vie, vous pouvez nous le retourner et nous nous chargeons de le recycler.


En tant que l’une des premières entreprises lauréates de la certification B Corp, que pensez-vous de l’évolution du mouvement depuis ses débuts ?

L’une de mes plus grandes inquiétudes était que, en cherchant à prendre de l’ampleur, le mouvement perde de son impact et allège ses normes. Mais après la présentation faite lors du sommet B Corp, je suis rassuré, il n’y a pas eu de dilution des principes. Je pense donc qu’il s’agit d’un mouvement auquel nous sommes toujours incroyablement fiers d’appartenir.


Que se passe-t-il quand le sous-traitant d’un fournisseur pose un problème de soutenabilité ?

Nous commençons toujours par tenter de résoudre les problèmes, parce qu’on ne fait pas évoluer le système en se contentant d’éliminer un prestataire. Mais nous n’hésitons pas à le faire si c’est nécessaire. Par exemple, il y a quatre ans, nous travaillions avec un groupe de producteurs de laine mérinos en Patagonie, une région d’Amérique du Sud, parce que nous pensions qu’ils avaient des pratiques très intéressantes, dont l’utilisation des moutons pour régénérer des prairies très détériorées. Mais ensuite des vidéos et des images montrant des maltraitances sur les moutons sont apparues, et il s’est rapidement avéré que nous ne cautionnions pas de telles pratiques et qu’il n’y avait aucun espoir de résoudre rapidement et définitivement ce problème. Nous avons donc dû trancher sans attendre et mettre un terme à ce partenariat. Mais nous ne nous sommes pas contentés de changer de fournisseur. Nous avons abandonné la laine mérinos pendant près de deux ans, le temps de reconstituer la chaîne d’approvisionnement. Dans le cadre de ce processus, nous avons également élaboré une nouvelle norme de gestion de cette chaîne d’approvisionnement, qui s’applique à nous comme à toute entreprise désireuse de coopérer avec nous.

Le mouvement B Corp est un mouvement auquel nous sommes toujours incroyablement fiers d’appartenir.

Dans votre vie personnelle, que faites-vous pour réduire votre empreinte carbone ?

Je me déplace beaucoup à vélo et je m’efforce d’utiliser autant que possible les transports en commun. Mais dans mes fonctions, je prends beaucoup plus l’avion que je ne le souhaiterais. Je pense qu’il faut être honnête à ce sujet. Et, tout en étant loin d’être parfait, je pense être un microcosme pour nombre de personnes et d’entreprises.

J’ai aussi deux jeunes enfants, qui m’inspirent. C’est pour moi un devoir de les éduquer sur l’importance de ces questions.  Lorsqu’il y a une manifestation pour le climat ici aux Pays-Bas, j’y emmène mon fils de huit ans, afin de l’éclairer sur ce qui se passe et la façon dont il peut s’impliquer. Il pose déjà des questions et aborde le sujet à l’école. Plusieurs spectacles de son école ont même abordé une thématique environnementale. C’est très différent de ce que j’ai connu enfant.

Biographie de Ryan Gellert

En tant que directeur général, EMEA, chez Patagonia, Ryan Gellert supervise l’ensemble des initiatives de vente, de marketing, de développement durable et opérationnelles de la marque déployées dans la région. 

Basé au siège européen à Amsterdam, Ryan dirige une équipe qui incarne parfaitement la mission de Patagonia : notre entreprise existe pour sauver notre planète.

Passionné d’escalade et de snowboard hors-piste, Ryan a grimpé et surfé partout en Asie, en Europe, en Amérique du Nord, en Australie, au Moyen Orient et en Afrique du Sud. Il possède une vaste expérience de la collaboration avec des groupes environnementaux d’action directe, siégeant aux conseils d’administration d’Access Fund et de Protect Our Winters.

Avant d’intégrer Patagonia, Ryan a passé 15 ans chez Black Diamond Equipment, où il a occupé plusieurs fonctions, notamment celles de président de la marque, de directeur de la gestion de la chaîne d’approvisionnement et de directeur général de Black Diamond Asie.

Ryan est titulaire d’un doctorat du S.J. Quinney College of Law de l’Université d’Utah, d’un MBA du Florida Institute of Technology et d’une licence en gestion d’entreprise et finance de l’Université de Caroline du Nord – Charlotte.

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