L’intelligence artificielle ouvrira-t-elle la voie à une renaissance créative ?

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Par Henrietta Thompson

Univers dystopique où la science-fiction est devenue réalité ou nouvelle ère marquant une renaissance prometteuse ?  

Alors que beaucoup redoutent le déploiement d’une armée de robots intrinsèquement plus habiles que nous, l’intelligence artificielle pourrait se révéler être la technologie la plus libératrice que l’être humain n’ait jamais imaginée. Peut-être faut-il juste s’y préparer.

Début 1943, dans une cantine de AT&T's Bell Labs (AT&T) à New York : Alan Turing,
« cryptanalyste » anticonformiste et inventeur de l’informatique numérique, s’exprime en toute confiance devant un auditoire*. Il explique, à cette occasion, s’attendre à ce que les
« machines pensantes » ou les « cerveaux électroniques » - comme il se plaît à les appeler - deviennent un jour très agiles. 
« Mettre au point un cerveau puissant ne m’intéresse pas », dit-il en plaisantant. « Je cherche juste à concevoir un cerveau médiocre, un peu comme celui du président
d’AT&T ».

Force est de constater que les héritiers de Turing ont fait mieux : les systèmes d’intelligence artificielle actuels pourraient difficilement être qualifiés de médiocres. En mars 2016, un système d’intelligence artificielle baptisé AlphaGo, développé par DeepMind - une société du groupe Google - a glorieusement battu le champion du monde du jeu de Go, par 4 manches à 1. Cette victoire de la machine sur l’esprit humain a son importance. Le jeu de Go est un jeu de stratégie extrêmement compliqué, avec des milliards de déplacements possibles (plus que les atomes présents dans l’univers), que les individus mettent des décennies à maîtriser. Et, même quand ils y parviennent, ils ne peuvent, compte tenu du nombre de ces possibilités, jouer véritablement qu’à l’intuition et au feeling.

Affront pour l’humanité et  son intelligence, la victoire d’AlphaGo s’est ensuivie d’une volte-face, sans doute peu surprenante. Face aux progrès spectaculaires réalisés par « l’apprentissage-machine profond », dit « deep machine learning », l’intelligence artificielle était alors considérée  comme une évolution préjudiciable. Les économistes d’institutions reconnues – du Forum Economique Mondial à la Banque d’Angleterre – rivalisaient d’imagination pour prédire quelles professions disparaîtraient, tandis  que l’intelligence artificielle prendrait fatalement le pas sur les humains.

Cette prudence d’un pan de l’opinion est-elle légitime ou ce positionnement répandu répond-il tout simplement à une peur du changement ?

À long terme, la technologie se révèle source d’emplois : elle modifie le rôle et les fonctions des travailleurs sans les mettre entièrement au rebut.

En 2015, le cabinet de conseil Deloitte au Royaume-Uni a analysé les tendances de l’emploi1 depuis 1871, afin de déterminer si la technologie générait plus d’emplois ? Cette étude a mis en évidence que les mutations technologiques ont créé dans l’ensemble plus d’emplois qu’elles n’en ont détruits. Les disparitions d’emplois « salissants, dangereux et monotones » dans l’agriculture et l’industrie manufacturière ont été compensées par une augmentation de postes dans la technologie et les métiers créatifs, de soin et de services, par exemple.

Compte tenu de la puissance de l’intelligence artificielle et du
« deep machine learning » et de leur application possible à tous les secteurs de l’industrie, l’intelligence artificielle devrait être une niche porteuse pour les marchés des investissements au cours des prochaines années.

La société d’études de marché Tractica anticipe une progression du marché mondial de l’intelligence artificielle, qui devrait passer de 644 millions de dollars américains en 2016, à près de 10 milliards de dollars d’ici 2021, pour atteindre plus de 36 milliards de dollars en 2025. Les fusions-acquisitions témoignent clairement du dynamisme et de la vigueur du marché de l’intelligence artificielle. Ainsi, les géants technologiques comme Microsoft, Facebook, Google et Apple rachètent les start-ups les plus innovantes dans le domaine, dont beaucoup sont en Europe.

DeepMind, la filiale de Google, a par exemple doté le Royal Free Hospital de Londres d’une application d’intelligence artificielle baptisée Streams2, qui contrôle les paramètres vitaux de patients risquant un empoisonnement du sang (sepsis) et des infections rénales. Ce système est capable de prévoir - bien avant tout incident qui mettrait leur vie en danger - quand ils ont besoin d’être soumis à un traitement. Quelques mois après son lancement seulement, les capacités d’anticipation de cette intelligence subjacente protectrice sont si convaincantes que chaque infirmière gagne deux heures par jour sur son temps de travail, qu’elle peut alors réinvestir dans l’accompagnement direct des patients.

Cela rejoint les conclusions d’un comité du gouvernement britannique, dédié aux sciences et aux techniques, qui s’est intéressé à la manière de préparer le système éducatif3 dans le cadre de la révolution de l’intelligence artificielle. Les conclusions de ce comité, dans la perspective de l’emploi de demain, reposent sur l’idée que l’école devrait « privilégier les domaines où les machines seront moins performantes ». Ceci permettrait, entre autres, de développer des expertises créatives pour  veiller au fonctionnement de la technologie, en assurer le dépannage et l’améliorer. Les voitures sans conducteur, par exemple, auront toujours besoin de mécaniciens et les avions de ligne sans pilote (une perspective pour le moins effrayante, mais à l’étude) auront besoin de contrôleurs aériens, qui surveilleront, entre autres, les mouvements de ces appareils.

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Un autre exemple consiste à imaginer l’incidence de l’intelligence artificielle sur l’activité d’un gérant de portefeuille ou de fonds spéculatifs. La partie purement mathématique de leur métier pourrait  être réalisée de manière fiable par différents algorithmes - chacun intervenant sur leurs propres analyses de marché pour prédire, automatiquement, les meilleures opérations. Cependant, au-delà des chiffres, il revient à chaque gérant de déterminer le degré de risque qu’il recommande à ses clients concernant les instruments financiers qu’ils ont sélectionnés. Le facteur humain sera toujours au premier plan.

L’avènement de la révolution de l’intelligence artificielle devra, toutefois, certainement s’accompagner d’une transformation des systèmes éducatifs. Tout d’abord, dans une optique de compétitivité, il sera crucial que les individus acquièrent les compétences informatiques nécessaires pour garantir l’efficacité de l’intelligence artificielle, ainsi que la sécurité de son fonctionnement, tout comme sa capacité à apprendre par elle-même pour s’améliorer. Par ailleurs, dès lors que l’intelligence artificielle assumera certaines fonctions, les éducateurs devront insister sur  l’importance de la créativité et de la recherche de solutions. Une nouvelle ère pourrait s’ouvrir, où le rôle du travail serait moins important que d’autres sources d’activités. « Dans une société dite « post-travail », on passerait plus de temps à s’occuper de notre famille et de nos voisins. C’est le tissu relationnel, plutôt que le parcours professionnel, qui nous emplirait de fierté », explique l’historien du travail et intellectuel Ben Hunnicutt, de l’Université de l’Iowa.

Cependant,  même avec des machines intelligentes réalisant l’essentiel du travail, cela ne veut pas nécessairement dire que le nombre d’heures travaillées changera totalement par rapport à ce que nous vivons aujourd’hui.  Une autre question mérite d’être soulevée : qui rémunérera suffisamment les travailleurs, dans un monde où on aura besoin de seulement deux heures par jour pour réaliser des tâches créatives, de service ou de résolution de problème, au lieu de neuf sur le terrain ? « Comment rendre plus facile et préférable  l’idée de ne pas occuper un emploi ? Nous devons y réfléchir. », exhorte Peter Frase, auteur et éminent penseur du « post-travail ».

Une des idées pourrait consister à tout simplement appliquer une taxe sur les robots, comme le  suggère Bill Gates, le fondateur infatigable de Microsoft. Si il fait sourire, ce concept est trop simpliste. Cela pénaliserait, en effet, des entreprises brillantes - dont le succès ne serait pas véritablement lié aux robots. Par ailleurs, cela ne ferait que dissuader les entreprises d’investir dans l’intelligence artificielle, ce qui ralentirait cette révolution. Une autre idée, actuellement en test, réside dans un système de revenu de base universel, dans lequel les états-nations reversent les impôts aux ménages  dans une économie à faibles revenus.

Beaucoup, politiquement à gauche, interprèteront une telle mesure comme un dividende exigible du socialisme - à savoir, une contrepartie à vie, destinée à compenser les méfaits de deux siècles de spoliation de l’emploi par la technologie. À droite, elle sera perçue comme une prestation sociale démesurée, qui ne serait pas méritée. Quelle qu’en soit l’interprétation, on ne peut que féliciter la Finlande, qui a courageusement décidé de tester cette mesure. Pour savoir combien coûte un tel schéma, ce petit État verse 560 euros par mois, pendant deux ans, à 2’000 personnes en recherche d’emploi, même en cas de reprise d’un poste pendant cette période. Les premières analyses montrent que cette mesure est assez populaire. Elle représente un filet de sécurité pour les   personnes avec un esprit entrepreneurial4  qui s’essaient à des activités créatives, comme la réalisation de vidéos ou la création de sites web, avant de se lancer.

Les machines qui réalisent l’exploit d’imiter les cerveaux humains auront besoin de processus d’innovation sociale tout aussi remarquables que celui en vigueur en Finlande. C’est une condition sine qua non pour aborder cette révolution. Le jeu en vaut la chandelle, car loin d’être la construction médiocre envisagée en tout premier lieu par Turing, l’intelligence artificielle nous soulagera de nombreuses corvées.

À l’aube de cette nouvelle ère, il serait judicieux de façonner un avenir où les individus font ce qu’ils savent faire le mieux, en étant créatifs et avides de communication.

Les opportunités créées par l’intelligence artificielle – fruit de l’ingéniosité humaine, s’il est besoin de le rappeler – sont trop passionnantes et prometteuses pour qu’il en soit autrement.

* D’après le récit de Andrew Hodges dans l’inspirante biographie intitulée Alan Turing - The Enigma (publiée chez Random House).

Henrietta Thompson est conseillère de rédaction de la campagne « Rethink Everything » de Lombard Odier. Rédactrice en chef du magazine Wallpaper, cofondatrice de Furthermore Media et commentatrice dans les domaines des tendances de demain, du design et des affaires, Henrietta est également éditorialiste pour le supplément Luxury de The Telegraph et le magazine Business Life de British Airways. Elle écrit régulièrement des articles pour une large palette de publications, dont The Guardian, Mr Porter et Viewpoint. Auteur de cinq livres, elle a par ailleurs organisé plusieurs expositions présentées au Victoria & Albert Museum de Londres et au Festival GREAT de Shanghai, ainsi que l’exposition itinérante « Everything Forever Now » pour le British Council.

1www.theguardian.com
2www.royalfree.nhs.uk
3www.theguardian.com
4www.theguardian.com

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