Bifurcation des politiques monétaire et budgétaire

Bifurcation des politiques monétaire et budgétaire

LO17-Authors-ChaarSamy.png   Par Samy Chaar, Chef économiste


Au cours des quatre dernières décennies, chaque récession américaine a été précédée d’une hausse des taux d’intérêt réels, déclenchant un net repli de l’investissement et de la consommation de biens durables. Il est vrai que la Fed n’a resserré la vis monétaire qu’à quatre reprises au cours du cycle actuel et qu’en termes réels, les taux demeurent négatifs. Mais le niveau de taux neutre est aujourd’hui inférieur à ce qu’il a été par le passé, si bien qu’un nombre moins important de hausses des taux pourrait suffire à déclencher une récession.

La Fed a clairement annoncé sa volonté de fourbir ses armes, afin d’être en mesure de dégainer (comprenez : d’assouplir sa politique) à la prochaine récession. À moins que l’inflation rebondisse, il nous semble peu probable que la banque centrale américaine puisse relever autant ses taux qu’elle ne l’avait annoncé. Nous nous attendons plutôt à ce que la gestion du bilan devienne son principal levier.

Cet allègement du bilan de la Fed pèsera-t-il sur les conditions financières ? En 2018 et 2019, l’offre de monnaie de la banque centralediminuera clairement, de l’ordre de USD 300-400 milliards par an, une baisse qui compensera en largepartie la création de crédit par les banques commerciales. Cela dit, le rythme de la réduction du bilan restera mesuré. Quant à la croissance de l’offre de bons du Trésor, elle devrait être absorbée par la demande étrangère et du système bancaire, limitant l’impact sur la courbe des rendements.

À côté de cela, la réforme fiscale s’impose à nouveau comme un sujet d’actualité. Elle se heurtera à un processus long et compliqué sur le plan politique, mais nous pensons que certaines mesures seront promulguées avant les élections de mi-mandat qui se tiendront en novembre 2018 – notamment sur le front de la fiscalité des entreprises. On s’achemine plus vers des baisses d’impôts pures et simples (financées par une hausse du déficit budgétaire) que vers une vaste refonte (sans incidence budgétaire) du code des impôts. On notera également que l’ampleur et les modalités des baisses d’impôts seront tranchées davantage par le Congrès que par l’administration, celui-ci ayant tout intérêt à marquer des points auprès de l’électorat. Quant au résultat final, son impact économique sera nettement inférieur à celui du projet initialement proposé par le président Trump.

Reste que, d’un point de vue strictement économique, les Etats-Unis n’ont pas besoin de mesures de relance budgétaire supplémentaires. Les autorités budgétaires seraient mieux avisées de faire preuve de la même prudence que la Fed et de garder des cartouches pour le moment où l’économie en aura besoin.

En définitive, le risque principal est de nature monétaire et nous surveillons de près tout signe de détérioration des conditions financières. Cela étant, pour le moment, il est un peu tôt pour s’inquiéter d’une possible récession aux Etats-Unis.

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