La grande réinitialisation post-Covid
Martin Wolf, Financial Times Chief Economics Commentator and keynote speaker at Lombard Odier’s Rethink Perspectives event

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La grande réinitialisation post-Covid

Personne n’aurait pu prévoir l’année 2020. La pandémie de Covid-19 a mis nos systèmes de santé, nos sociétés et nos économies à rude épreuve, tout en exacerbant les inégalités mondiales. Alors que la perspective de vaccinations généralisées nous permet d’entrevoir la lumière au bout du tunnel, nous sommes confrontés à des questions déterminantes pour notre avenir à court et moyen terme. L’endettement actuel est-il tenable ? Quelle forme prendra la reprise ? A quel point faut-il s’inquiéter d’une hausse de l’inflation ? Quel rôle jouera la soutenabilité dans nos efforts pour mieux reconstruire ?

Martin Wolf, CBE1, commentateur économique en chef et rédacteur adjoint au Financial Times, donne son point de vue sur les thématiques susceptibles d’affecter nos économies et nos sociétés à moyen terme, sur le contexte macroéconomique et sur les risques qui en découlent. 


Un épisode historique

L’année 2020 restera sans aucun doute dans les annales. Mais, pour Martin Wolf, la situation était déjà précaire avant la crise. Selon lui, l’économie mondiale souffrait encore des conséquences de la crise financière de 2007-2009. En effet, « en 2019 la production au Royaume Uni était 20% inférieure aux projections établies avant la crise de 2007 », contrairement aux projections des économistes à l’époque. Cette forte baisse du PIB a également été observée dans d’autres grands pays développés, à l’exception notable de l’Allemagne, affectant ainsi le niveau de vie, mais aussi la situation budgétaire de ces pays.

De plus, selon Martin Wolf, les démocraties aujourd’hui font face à une fragilisation de leur politique, la montée des inégalités et la croissance du populisme. En 2016, par exemple, la victoire inattendue de Donald Trump et le scrutin sur le Brexit, où des millions de Britanniques ont décidé de quitter l’Union européenne, illustrent parfaitement cette évolution. Ces sentiments « restent présents en Occident et font partie d’une tendance mondiale généralisée vers l’autocratie », remarque Martin Wolf, notamment en Inde et aux Philippines.

…les démocraties aujourd’hui font face à une fragilisation de leur politique, la montée des inégalités et la croissance du populisme

La question du commerce

On ne peut nier le déplacement de l'économie mondiale vers l'Asie de l'Est et la Chine, ni les tensions entre les États-Unis et la Chine. De plus, alors que l’approche de la nouvelle administration américaine vis-à-vis de la Chine reste inconnue, un système mondial de coopération multilatérale est remis en doute. Selon Martin Wolf, la Chine émerge comme nouvelle super-puissance. Néanmoins, « jusqu’en 2002, l’économie de la Chine était aussi grande que celle du Royaume-Uni ». Depuis, le pays est devenu la plus grande puissance commerciale du monde.

Cette évolution est largement due au développement technologique dont l’expansion continue d’influencer les échanges mondiaux. Selon Wolf « la nature même de la mondialisation a fondamentalement changé », en effet, « entre 1980 et 2007, la part des échanges commerciaux dans le PIB mondial a explosé, atteignant des sommets historiques ». Dans le sillage de la crise financière, la production industrielle a ensuite ralenti et on assiste depuis à une stagnation de la mondialisation et de la demande mondiale. Cette « stagnation séculaire » qui date de 2007 est caractérisée par « un manque de demande chronique, des taux d’intérêt faibles, une politique monétaire agressive et une rapide hausse de l’endettement des secteurs privés et publics ».

... « stagnation séculaire » caractérisée par un manque de demande chronique, des taux d’intérêt faibles, une politique monétaire agressive et une rapide hausse de l’endettement des secteurs privé et public

Une réaction sans précédent

Martin Wolf note que si l’on compare cette pandémie à l'épidémie de grippe espagnole, en termes de décès (jusqu'à présent), la grippe espagnole avait un nombre bien plus élevé. Avec le Covid-19 « nous avons fermé nos économies parce que nous pouvions nous le permettre ». Il souligne que « c'est une indication profonde de la richesse et de la façon dont la société a changé ». L'année 2020 a vu des réponses monétaires et fiscales agressives et ces mesures ne seront pas simplement abandonnées. Nous pouvons nous attendre à ce que ces interventions, et les faibles taux d'intérêt, se poursuivent dans un avenir proche.

L’une des principales tendances suscitées par la pandémie est l’accélération du développement des technologies et de la communication. La manière dont nous « organisons la production et la vie de bureau » ne sera plus la même à l’avenir. Pour Martin Wolf, nous avons « réalisé le progrès technologique d’une décennie en seulement une année ». Cette avancée ouvre la voie à la globalisation virtuelle qui sera une tendance de fond de l’après-crise. 

… « nous avons fermé nos économies parce que nous pouvions nous le permettre (…) c'est une indication profonde de la richesse et de la façon dont la société a changé »

Quid de l’avenir ?

Avant d’aborder la suite, nous devons nous poser plusieurs questions, notamment : où allons-nous, maintenant ? Martin Wolf est « modérément optimiste » et estime que la pandémie sera bientôt maîtrisée grâce aux vaccinations et à l’immunité collective croissante. Bien que les fabricants de vaccins aient dû relever de nombreux défis, selon lui, « ils continueront à ajuster leurs formules pour garantir le succès ». Martin Wolf s’attend à de « fortes reprises » dans les pays et observe que les bilans des ménages les plus aisés restent stables grâce à la robustesse des marchés, à l’amélioration de la liquidité et au déclin des dépenses discrétionnaires.

Les taux d’intérêt et l’inflation devraient se normaliser avec la reprise, selon Martin Wolf et on peut se demander si « cela entraînera une réévaluation des marchés ». Il répond que « les taux d’actualisation des marchés remonteront, mais il devrait aussi y avoir une bonne reprise et des bénéfices robustes ». A plus long terme, nous pourrions toutefois être confrontés à un nouveau paradigme : le vieillissement de la population, la hausse des dépenses budgétaires et le recul des taux d’épargne ce qui pourrait signer la fin de la demande lacunaire, partie intégrante de la stagnation séculaire.

... nous pouvons essayer d’améliorer la valeur de notre consommation sans consommer davantage

Reconstruire, en mieux

L’inefficacité de notre économie est sidérante. Mais nous avons maintenant l’opportunité unique de reconstruire en mieux et de relever le défi climatique. Martin Wolf est convaincu que nous pouvons essayer « d’améliorer la valeur de notre consommation sans consommer davantage ». Comment ? En utilisant les énergies renouvelables, en réduisant la pression sur l’utilisation des terres, en consommant moins de viande, en valorisant le capital naturel et en investissant dans des sociétés susceptibles d’offrir des solutions durables. C’est beaucoup, certes, mais c’est une démarche aussi nécessaire qu’urgente.

1 Commandeur de l’Empire britannique

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