Amérique latine : les risques politiques abondent mais le potentiel de hausse reste intact

Amérique latine : les risques politiques abondent mais le potentiel de hausse reste intact

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  Par Stéphanie de Torquat,
Macro-stratégiste


Amérique latine : les risques politiques abondent mais le potentiel de hausse reste intact.

L'Amérique latine pourrait s’avérer l'une des régions émergentes les plus intéressantes de 2018, en raison de la prime potentielle associée aux divers risques politiques.

Des élections présidentielles se tiendront en effet l’an prochain au Brésil, au Mexique et en Colombie, alors même que le second tour des élections chiliennes aura lieu ce dimanche 17 décembre, avec le favori, Sebastian Piñera, au coude-à-coude avec le finaliste surprise de centre gauche, Alejandro Guillier. Indépendamment de qui remportera ce scrutin, le Chili fait face à un paysage politique de plus en plus polarisé, rendant difficile l'adoption de nouvelles lois. D'un point de vue économique, la dépendance du pays vis-à-vis des prix du cuivre, certes problématique en théorie, devrait être un facteur de soutien en 2018 dans la mesure où le rebond amorcé en 2016, après plusieurs années de baisse, semble appelé à se poursuivre.

Au Brésil, un décollage économique durable est difficile à envisager sans que la réforme des retraites progresse de façon tangible, afin de corriger les déséquilibres budgétaires. Et, sur ce front, malgré un optimisme croissant ces dernières semaines, la situation reste compliquée. Selon un sondage réalisé par Arko Advice auprès de 218 représentants siégeant au Congrès, 57,8% d’entre eux ne croient pas que la réforme des retraites sera approuvée sous l'administration Temer (source : Global Source Partners). Ce qui signifie que le vainqueur de l'élection présidentielle d'octobre 2018 devra être suffisamment crédible et déterminé s’il veut parvenir à régler ce problème. Étant donné qu'une partie importante de l’appareil politique brésilien est soupçonnée de corruption, des candidats extérieurs ou opposés à l'establishment pourraient disposer de chances réelles dans la course électorale, ce qui rendrait cette élection hautement volatile.

La position anti-mexicaine de Donald Trump et les incertitudes concernant l'ALENA, sans compter une insécurité et une corruption croissantes, pourraient bénéficier à des candidats anti-establishment comme Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO) lors de l'élection présidentielle de juillet 2018 - tandis que la présence d’un grand nombre de candidats indépendants pourrait perturber la dynamique électorale. Ainsi, le Partido Revolucionario Institucional (PRI) d'Enrique Peña Nieto, actuellement au pouvoir, pourrait devoir durcir son discours dans le cadre des négociations de l'ALENA s’il ne veut pas perdre d’électeurs au profit des partis populistes, augmentant d’autant la volatilité et l’incertitude du résultat final. Cela étant dit, les fondamentaux économiques sous-jacents du Mexique semblent plutôt solides et les actifs mexicains pourraient offrir des opportunités intéressantes si les situations politique et géopolitique évoluaient dans la bonne direction.

En Argentine, le redressement se poursuit et, contrairement à la majeure partie de l’Amérique latine, le pays jouit actuellement d'un certain degré de certitude du côté politique. La coalition Cambiemos du président Macri a en effet sensiblement augmenté sa représentation parlementaire à la suite des élections de mi-mandat tenues en octobre, devenant le bloc politique le plus puissant du pays, quoique toujours minoritaire au sein des deux chambres du Congrès. Ainsi, si les fondamentaux restent fragiles (taux d'inflation annuel de 24%, taux directeur de 28,75% et déficit de la balance courante de 3%, la dynamique est indéniablement favorable et le potentiel haussier significatif.

Le Pérou est, aux côtés du Chili, l'un des pays latino-américains les plus solides d'un point de vue strictement macroéconomique, l’environnement actuel de hausse des prix des métaux lui étant également particulièrement favorable. Cependant, il a aussi connu récemment sa part de troubles politiques. En effet, le 14 septembre, le Congrès péruvien a renversé l’ensemble du gouvernement à l’issue d’un vote de défiance emmené par le parti d’opposition Fuerza Popular. Le président Kucynzski a certes depuis nommé un nouveau cabinet, mais les tensions politiques et conflits entre partis referont surface, le chef de l’État et la leader de l'opposition Keiko Fujimori étant tous deux impliqués dans un scandale présumé de pots-de-vin avec le groupe de BTP brésilien Odebrecht. Ces allégations vont probablement amoindrir le soutien dont bénéficie le président Kucynzski et entraver d’autant ses projets de loi.

Enfin, la Colombie reste l'une des économies les plus faibles d'Amérique latine tout en ayant peut-être dépassé un point d'inflexion. En effet, la désinflation, les accords de paix avec les FARC et la hausse des prix du pétrole sont tous des facteurs favorables. L'inflation pourrait ainsi se stabiliser à ses niveaux actuels moindres, permettant à la politique monétaire de rester accommodante. Si la Colombie parvient à réduire son double déficit conséquent (déficit de la balance courante et déficit budgétaire proches de 4%, nous pourrions devenir plus positifs vis-à-vis de ce pays. Le principal risque menaçant ce scénario concerne les accords de paix conclus avec les FARC : la victoire probable de l'opposition aux élections législatives de mars 2018 pourrait entraîner des modifications des termes des accords et retarder leur mise en œuvre.

Bien que nous devions considérer sans complaisance la possibilité d’une aggravation des risques politiques, l’obtention de résultats positifs en Amérique latine pourrait également améliorer le sentiment des investisseurs et accroître les flux entrants. Dans un contexte de croissance mondiale favorable, la région, qui bénéficie de conditions financières accommodantes et de prix des matières premières stables ou à la hausse, semble bien positionnée pour réserver de bonnes surprises en 2018.

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