«Les PME ont une très belle carte à jouer dans la durabilité»

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«Les PME ont une très belle carte à jouer dans la durabilité»

Interview publiée dans PME Magazine, le 28 août 2019

Patrick Odier, 64 ans, vient de prolonger son mandat d’Associé-gérant senior jusqu’en 2022 au sein de la banque genevoise Lombard Odier & Cie SA. C’est son associé, Hubert Keller, qui reprendra le flambeau au plus tard en 2023. Une succession rondement menée. Il faut dire que la transmission, c’est un sujet que maîtrise parfaitement la banque privée, à l’heure où quelque 75000 petites ou moyennes entreprises sont sur le point de changer de mains.


PME : Patrick Odier, vous avez présidé l’Association Suisse des Banquiers. Comment se portent les banques suisses aujourd’hui ?

Patrick Odier : Le monde bancaire a tiré les conclusions des crises et s’est considérablement renforcé et réorganisé pour gérer les risques et offrir de la valeur ajoutée à la collectivité. Ce qui a préservé la Suisse, c’est notamment le fait qu’elle a toujours eu un rôle de fiduciaire, de gestion pour le compte de tiers. L’essentiel des banques avaient pour mission de proposer des crédits ou de protéger l’épargne: elles ne basaient pas leurs activités sur les hedge funds ou sur le trading pour leur compte propre.

Reste que la rentabilité est moindre pour les banques aujourd’hui… C’est évident, les rendements sont moindres, mais les établissements suisses ont augmenté leurs parts de marché dans le monde. Il n’y a pas eu d’accident majeur en Suisse, à l’exception du cas UBS qui a été géré de manière remarquable. Il n’y a donc pas eu de rupture. La stabilité ainsi que la confiance ont été maintenues. Notre capacité d’adaptation est forte en Suisse. Nous l’avons encore vu avec les réactions de nos entreprises pendant la période du franc fort.


On a l’impression que les banques vivent un retour d’intérêt important pour les PME suisses.

J’ai pu entendre des critiques dénonçant des crédits bancaires en baisse. C’est faux. La Suisse n’a jamais connu de problématique d’offre de crédit. Ce n’est pas toujours la volonté d’offrir du financement aux entreprises qui est en jeu, d’autres critères liés à la complexité du contexte entrent en ligne de compte. En Suisse, notre offre a crû alors que dans d’autres pays, elle a reculé. Notre pays a la capacité d’entretenir un dialogue continu avec la BNS, Economiesuisse et l’ASB pour anticiper les problèmes. Un dialogue s’est également établi avec les régulateurs. Nous sommes un pays trop petit pour que les secteurs se suffisent à eux-mêmes, les banques sont un rouage parmi d’autres.


La banque Lombard Odier se considère-t-elle comme une grande PME?

Oui, absolument. Comme toute PME, nous avons nous aussi dû investir pour adapter nos processus et continuer d’innover. Nous sommes sept associés-gérants, propriétaires et dirigeants de notre propre société. Si nous avons réussi à traverser plus de 40 crises depuis notre fondation en 1796, c’est parce que notre ADN est celui d’un entrepreneur avec une vision à long terme. Depuis toujours, nos clients sont eux aussi essentiellement des entrepreneurs et des familles, ainsi que des caisses de pension. Nous sommes proches d’eux car nous sommes confrontés aux mêmes défis.

Les conditions générales n’ont jamais été aussi bonnes pour la création d’entreprises dans notre pays et les PME suisses ont donc une magnifique carte à jouer en matière de la durabilité.

Quels services vous demandent-ils?

Aujourd’hui, nous sommes reconnus comme un partenaire privilégié en matière de services aux entrepreneurs, car nous sommes capables de les conseiller sur la structuration de l’ensemble de leurs actifs, qu’ils soient privés, liés à la gestion de leur entreprise ou de leur prévoyance. Un entrepreneur a souvent tendance à mettre toute son énergie au service de son entreprise et à reléguer au second plan sa planification patrimoniale. Il est primordial de l’aider à disposer d’une vision globale qui intègre à la fois sa situation personnelle et celle de son entreprise, à court, moyen et long terme. A titre d’exemple, nous examinons si la gestion de la trésorerie peut être optimisée, nous analysons aussi la structuration de son patrimoine immobilier, son niveau d’endettement, sa situation en matière de prévoyance et la manière dont ses avoirs privés sont gérés.


Et les transmissions dans tout cela?

Aujourd’hui, ce sont 75000 PME dans notre pays qui vont être confrontées à une transmission à court terme. L’activité est extraordinairement importante et nous disposons des compétences pour aider l’entrepreneur à organiser ses actifs en vue de les transmettre. Sept générations de transmissions réussies nous permettent également d’apporter une expérience concrète utile. Nous conseillons tout type d’entrepreneur sur le sujet de la transmission, allant du médecin installé en raison individuelle à la grande PME. A titre d’exemple, nous proposons des pistes d’amélioration sur mesure en matière de prévoyance, tout en prenant en compte la fiscalité de l’entreprise et celle de l’entrepreneur, nous examinons également les moyens pour alléger un bilan en vue de faciliter la cession.

Comment les conseillez-vous concrètement?

Nous effectuons une première analyse de la situation entrepreneuriale de nos clients en matière de transmission en nous appuyant sur l’expertise de nos propres spécialistes. Nous coordonnons ensuite les étapes suivantes en faisant appel à des experts externes (notaires, avocats, fiscalistes, etc., ndlr). Nous pouvons également les accompagner dans le domaine de la gouvernance familiale. Chaque cas est particulier, reposant sur les cultures de chaque famille.


Beaucoup de transmissions vont se négocier également vers l’extérieur.

Beaucoup d’actifs sont effectivement à disposition pour des achats d’entreprises en Suisse. Nous avons 4 à 5 milliards engagés dans le private equity pour nos clients qui ont souhaité investir dans le non-coté. Même après la transmission de leur société, les entrepreneurs sont souvent intéressés par de tels projets. Ils restent des entrepreneurs dans l’âme.

Nous ne sommes toutefois pas des venture capitalists, mais plutôt des partenaires financiers. Nous agissons dans le domaine du conseil ou du co-investissement pour certains de nos clients qui recherchent du capital ou des partenaires pour croître. Notre rôle est d’accompagner l’entrepreneur dans une phase de son développement.


On entend dire que plusieurs petites banques romandes seraient à vendre…

Nous avons 223 ans de croissance organique derrière nous. Dans les fortes périodes de consolidation, il est vrai que l’on rencontre parfois des opportunités. Si un jour une entreprise disposant d’une clientèle de qualité et partageant nos valeurs nous approchait, pourquoi pas. Mais pour l’instant, ce n’est pas notre vision. Nous préférons agir comme partenaire, par la mise à disposition de notre plateforme technologique utilisée par neuf institutions financières en Suisse et en Europe. C’est une autre façon de participer à la consolidation actuelle.


L’implication de votre établissement dans la politique globale liée à la durabilité semble très importante. Pourquoi?

Pour nous, ce thème est en effet central depuis plus de vingt ans. Pour vous donner un exemple récent, je viens de rencontrer le dirigeant d’une très grande compagnie suisse à laquelle j’ai présenté notre analyse des pratiques de sa société avec des données extra-financières. Cela nous a permis d’engager un dialogue passionnant. Notre méthodologie en matière de durabilité repose sur trois piliers, incluant la soutenabilité du modèle financier, celle des pratiques de l’entreprise et de son modèle d’affaires. C’est intéressant pour le dirigeant car cela lui permet de percevoir l’impact de son activité, tant à l’interne qu’à l’externe. Nous sommes convaincus que les entreprises les plus solidement positionnées en matière de durabilité seront celles qui tireront le meilleur parti des mutations structurelles en cours dans nos sociétés.

Nous sommes convaincus que les entreprises les plus solidement positionnées en matière de durabilité seront celles qui tireront le meilleur parti des mutations structurelles en cours dans nos sociétés.

Comment impliquer les petites et moyennes entreprises suisses dans ce mouvement général?

Toutes les PME sont concernées par cette thématique, qu’elles peuvent approcher sous l’angle de l’innovation. En Suisse, nous sommes déjà très en avance dans le domaine de l’environnement et des sciences de la vie et nous pouvons compter sur des capacités de recherche et développement de tout premier plan. En communiquant de manière transparente sur leurs pratiques et leurs impacts, les PME s’ouvrent à une nouvelle génération d’investisseurs déterminés à utiliser leur capital comme un levier de durabilité. Nous avons donc en main toutes les clés pour innover et réussir. De plus, à mon avis, les conditions générales n’ont jamais été aussi bonnes pour la création d’entreprises dans notre pays et les PME suisses ont donc une magnifique carte à jouer en matière de la durabilité.
 

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Vous avez décroché le label B Corp. Est-ce une fierté?

Oui, ce sont des années de travail pour obtenir cette certification, qui démontre notre volonté de cohérence. Nous nous sommes engagés à faire ce que nous disons et pas uniquement à dire ce que nous allons faire.


Face à tous ces récents changements, comment les petites banques traditionnelles vont-elles pouvoir évoluer?

C’est une extraordinaire opportunité qui s’ouvre à elles. Nous devons nous habituer à travailler sur de nouvelles voies. Croyez-moi, dans dix ans, analyser l’impact des entreprises de manière à la fois qualitative et quantitative deviendra la norme pour toutes les banques.


Existe-t-il des exemples concrets de ce que Lombard Odier fait pour les PME et le développement durable?

Absolument. Nous avons des PME dans notre univers d’investissement et nos analystes dialoguent avec ces entreprises de manière constante, recueillant des données complémentaires à celles dont nous disposons déjà. Ils contribuent ainsi à les aider à évoluer vers un modèle plus durable. Nous avons également lancé en 2015 un fonds d’impact spécifiquement dédié à financer les PME basées dans les pays en voie de développement. Ce fonds est focalisé sur des enjeux de développement durable très concrets, comme l’accès à l’énergie, l’inclusion économique et financière ou l’accès à l’éducation pour les plus démunis.

La Suisse a tout à gagner à devenir une place prépondérante dans le domaine des fintechs

Quels sont vos critères d’investissement durable? Existe-t-il des domaines que vous avez décidé d’abandonner, faute de durabilité?

L’investissement durable passe par une analyse de trois piliers: le modèle financier, les pratiques de l’entreprise et le modèle d’affaires. Nous excluons de nos investissements l’armement non conventionnel ainsi que les matières premières agricoles de première nécessité. Notre approche est principalement fondée sur l’incitation et l’accompagnement des entreprises dans leur transition, plutôt que sur l’exclusion. Cela nous semble plus constructif.


Quelles sont les performances de vos investissements durables?

Les performances de nos investissements durables doivent être au moins équivalentes à celles qu’avaient nos investissements classiques avant que ne soit intégrée notre approche des trois piliers, sinon meilleures. A terme, tous nos investissements seront durables puisque nous sommes en train d’intégrer la durabilité dans tous nos processus.


Un mot sur les fintechs qui envahissent la Suisse romande?

Pour moi, ce phénomène n’est pas de la disruption, c’est de la transformation. Je suis persuadé que la Suisse a tout à gagner à devenir une place prépondérante dans ce domaine. Le traitement des actifs virtuels va devenir incontournable, notamment grâce à la technologie de la blockchain. En revanche, nous ne recommandons pas à nos clients les cryptomonnaies car elles ne reposent pas sur des fondamentaux économiques, ce qui est un vrai problème.

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