Lombard Odier se fait une place dans la finance islamique

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Lombard Odier se fait une place dans la finance islamique

Islamic Business & Finance s’est entretenu avec Arnaud Leclercq, Associé à responsabilité limitée du Groupe Lombard Odier au sujet du lancement d’un mandat certifié conforme aux principes de la finance islamique destiné aux investisseurs privés des Emirats arabes unis

Extrait de l’article publié dans Islamic Business & Finance

Lombard Odier a lancé un mandat discrétionnaire conforme aux principes de la finance islamique(Charia), son premier en 222 ans d’histoire. Ce mandat discrétionnaire exclusif a officiellement été certifié conforme aux principes de la finance islamique par l’éminent Conseil de Surveillance Charia d’Amanie Advisors, qui a délivré une certification religieuse (fatwa), en février.

La Maison est une banque familiale en mains privées qui peut se prévaloir d’un long héritage. Cette nouvelle offre s’inscrit dans une tradition de responsabilité sociale, qui privilégie notamment le développement de solutions d’investissement durables et responsables.

« La Maison est une banque familiale en mains privées qui peut se prévaloir d’un long héritage. Cette nouvelle offre s’inscrit dans une tradition de responsabilité sociale, qui privilégie notamment le développement de solutions d’investissement durables et responsables. » L’offre conforme à la Charia vise avant tout à préserver les actifs et les valeurs des clients. Elle se fonde sur les 50 ans d’expérience de Lombard Odier au Moyen-Orient. », peut-on lire dans une déclaration de la Banque.

Arnaud Leclercq, Associé à responsabilité limitée du Groupe Lombard Odier, était présent pour son lancement à Dubaï, pendant le mois sacré de Ramadan.

Il a expliqué que cette offre avait été créée sur mesure pour un client il y a six ans. Les dix millions de dollars confiés à l’origine se sont transformés en centaines de millions d’actifs sous gestion, provenant essentiellement d’investisseurs au Moyen-Orient.

Les investissements sont une combinaison de « sukuk » (obligations conformes aux principes islamiques) et d’actions. « Les actions sont sélectionnées en recourant à l’indice MSCI Islamic et à l’aide d’experts et d’économistes de Lombard Odier qui choisissent les titres en fonction de leur stratégie d’investissement globale », confie Arnaud Leclercq à CPI Financial. « L’objectif est que les investissements islamiques totalisent un milliard de dollars au cours des trois à cinq prochaines années », explique-t-il.

« Compte tenu de l’expérience de Lombard Odier dans la région, les offres conformes à la Charia témoignent de notre engagement en faveur de la croissance aux Emirats arabes unis (EAU), qui comptent parmi les marchés les plus solides dans le domaine de la finance islamique. A l’heure où la finance islamique connaît un essor fulgurant, le lien entre les investissements conformes à la Charia et la promotion de la responsabilité sociale devient de plus en plus évident. Nous pensons que c’est particulièrement le cas aux EAU, où l’importance accordée à la philanthropie, à l’innovation et à la durabilité, qui a ouvert la voie au projet Vision 2021, encourage la croissance de la finance islamique », estime Christophe Lalandre, Managing Director du bureau de représentation de Lombard Odier à Dubaï.

Présent au Moyen-Orient depuis 50 ans, et possédant un bureau de représentation à Dubaï, le Groupe Lombard Odier détient près de 280 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Ce lancement intervient après l’annonce par Lombard Odier de son intention de proposer des solutions d’investissement conformes à la Charia visant en particulier les clients aux EAU.

Lisez l’entretien exclusif entre Islamic Business & Finance et Arnaud Leclercq pour comprendre ce qui a conduit Lombard Odier à proposer une offre conforme à la Charia :

 

Avez-vous dû modifier l’offre pour que la fatwa soit émise ?

Tout d’abord, notre démarche, qui répondait à la base à la demande d’un client en particulier puis à celle de plusieurs autres, consistait à choisir des produits conformes à la Charia. Sélectionner des sukuk était simple, mais nous devions également sélectionner des actions. Nous avons opté pour la méthodologie de l’indice MSCI Islamic qui, selon notre analyse, est particulièrement rigoureuse. Puis nous nous sommes dit que cela n’était pas suffisant : nous devions également nous doter de fonds thématiques. Nous avons accompli un important travail d’analyse. Il existe un grand nombre de fonds islamiques, mais tous ne remplissent pas les critères de qualité en matière de recherche et d’investissement. Le défi ne consiste pas uniquement à choisir un fonds islamique, mais également à sélectionner la qualité qui dégagera de la performance pour les clients.

Le défi ne consiste pas uniquement à choisir un fonds islamique, mais également à sélectionner la qualité qui dégagera de la performance pour les clients.

Nous avons sélectionné les fonds SEDCO Capital basés en Arabie saoudite. Ils étaient également conformes à la Charia et comptaient parmi les meilleurs dans des thématiques spécifiques, d’après nos analyses. D’autres clients sont ouverts aux produits structurés islamiques. Quelques banques proposent des produits structurés conformes à la Charia. Même si tous les clients ne les acceptent pas, nous devons les proposer. Nous avons retenu les meilleures banques dans ce domaine.

Si vous prenez tous ces blocs d’investissements, chacun applique sa propre méthodologie pour être conforme à la Charia. C’est ce que nous proposions en 2012. Les clients étaient satisfaits dans la mesure où chaque produit était conforme. Puis il a fallu s’assurer que le mandat, à savoir sa structure, sa méthodologie et le nom qui lui est accolé, était conforme à la Charia. Voilà pourquoi nous sommes passés par toutes ces étapes. Nous avons collaboré avec notre comité de chercheurs universitaires pour atteindre ce résultat et pouvoir affirmer que le produit dans son ensemble était conforme. D’où la disposition à émettre une fatwa consacrant la conformité du portefeuille. Nous n’avons rien laissé au hasard. Des outils marketing au produit lui-même, en passant par la méthodologie : tout devait être parfait.

 

Quelle est votre stratégie pour sélectionner ces actions ?

Nous faisons appel à nos équipes d’analystes. C’est notre rôle. Les actifs sous gestion totalisent 280 milliards de dollars. Nous appliquons les mêmes critères de sélection à ces produits islamiques. Au début du processus, notre équipe d’économistes détermine les tendances au niveau mondial par monnaie, marché, région et secteur. Nous disposons d’équipes très chevronnées en Suisse, à New York et à Londres, qui décident par exemple s’il convient de surpondérer les marchés émergents, de sous-pondérer l’euro, etc. A partir de là, nous décidons où investir conformément à notre stratégie d’investissement globale. A présent, nous appliquons une procédure à plusieurs niveaux. Notre stratégie d’allocation d’actifs est intégralement définie par Lombard Odier, puis un filtre supplémentaire d’investissement islamique est ajouté.

A votre avis, cette croissance est-elle essentiellement le fait des clients nouveaux ou existants ? Souhaitez-vous que des investisseurs traditionnels viennent se positionner sur le créneau islamique ?

Dans un premier temps, il faut que les particuliers fortunés et les family offices sachent que cette solution existe et à quel point elle est unique. Hier, j’ai rencontré un client qui était dans une large mesure un investisseur traditionnel. Quand je lui ai parlé de l’offre, il a répondu : « Une partie de ma fortune est aussi placée en investissements islamiques, mais elle n’est pas vraiment gérée. Il s’agit de quelques sukuk. On ne peut pas vraiment parler d’allocation d’actifs. Pouvoir associer les deux m’intéresserait. » Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Il pourrait s’agir d’une nouvelle part de portefeuilles comprenant à la fois des clients existants et des nouveaux clients. Certains clients connaissent la marque Lombard Odier et ont très envie de faire affaire avec nous, mais ne savent pas que nous proposons cette offre islamique. C’est désormais chose possible. Des organisations caritatives et des family offices ont également manifesté leur intérêt. Ce sont de nouveaux segments avec lesquels nous n’avons pas encore travaillé. Nous avons plutôt affaire à des familles et des particuliers fortunés, pour lesquels nous avons conçu des solutions dédiées. Nous avons pris la température à ce sujet sans trop en dire. Les gens sont très intrigués par la démarche de Lombard Odier. Certains nous ont dit « Vous avez une fatwa ? Incroyable ! Vous ne faites pas les choses à moitié ! Et si nous faisions affaire ? » C’est la première réaction que nous avons eue.

 

Comment vos investissements islamiques ont-ils performés par rapport à vos investissements traditionnels ?

C’est très difficile à dire car ces investissements sont essentiellement conçus sur mesure aujourd’hui. Certains clients demandent 20% de sukuk, et d’autres exigent 70%. La plupart des sukuk ont sous-performé ces deux dernières années. L’an dernier, nous avons enregistré une performance de 18,4% pour toutes nos actions conformes à la Charia. Un résultat d’autant plus remarquable qu’il ne s’agit pas d’une performance absolue – nous assemblons ces titres pour les clients à leur demande.

 

Vous observez le comportement des clients détenant des investissements islamiques depuis six ans. Avez-vous remarqué une tendance à basculer des sukuk vers les actions ?

Je ne crois pas que ce soit une tendance. Je pense que les investisseurs s’attendent une certaine performance, et qu’ils savent que détenir uniquement des sukuk ne leur permettra pas de satisfaire à ces attentes. C’est pourquoi ils sont plus ouverts d’esprit et préfèrent s’exposer davantage aux actions. Mais chaque cas est différent. Nous avons un client détenant 70 millions de dollars d’investissements pour qui la performance n’est pas importante. Il souhaite que la performance soit positive, à hauteur au moins de la zakât (aumône légale) de 2,5%. Son objectif est de préserver son capital et de pouvoir acquitter sa contribution pour être un bon musulman. D’autres clients visent plutôt les 5%. C’est variable.

 

Vos investisseurs traditionnels considèrent-ils les investissements conformes aux principes de la Charia comme une alternative d’investissement durable ou éthique, en faveur duquel Lombard Odier s’est expressément engagée ?

 

Aujourd’hui, ce sont en règle générale les musulmans qui choisissent cette voie. D’autres le font pour des principes similaires d’équité et d’éthique. Cela dit, investir conformément à la Charia n’est pas tant une question de principes qu’une question de processus. C’est une réglementation, à laquelle on se conforme ou pas. Dans le cas de l’investissement durable, c’est une question de philosophie. On veut avoir un impact, mais le processus juridique n’est pas le même. L’éventail de possibilités dans l’investissement durable est large, sachant qu’à la base de bon nombre d’entre elles, il y a les mêmes convictions et désir de faire le bien. 

 

Envisagez-vous d'étendre vos offres islamiques à l’Asie du Sud-Est ?

Non, pas encore. Notre banque est solide, mais nous ne pouvons pas être partout à la fois. Nous avons reçu des demandes de certains partenaires dans la région, mais nous leur avons répondu que nous procéderons par étape. Pour l’instant, je me concentre sur les pays du Conseil de coopération du Golfe (GCC) avec lesquels nous avons noué des contacts étroits. Nous voulons faire les choses dans les règles de l’art. Je préfère voir sur le long terme plutôt que de faire tout, tout de suite.

 

Vous voulez atteindre la barre du milliard de dollars d’encours dans vos investissements islamiques. Quel délai vous êtes-vous fixé ?

D’ici quelques années. Il y a énormément d’actifs disponibles. Nous savons que notre activité va susciter un vif intérêt, mais il est difficile d’en évaluer la portée. C’est là que résident toute la beauté et la difficulté de l’exercice – c’est nouveau et unique. Nous n’avons aucune idée du montant que nous allons gérer parce nous nous sommes engagés sur un territoire inexploré. Notre démarche a toutefois été très bien accueillie. 

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Le présent document de marketing a été préparé par Banque Lombard Odier & Cie SA ou une entité du Groupe (ci-après «"Lombard Odier"»). Il n’est pas destiné à être distribué, publié ou utilisé dans une juridiction où une telle distribution, publication ou utilisation serait interdite, et ne s’adresse pas aux personnes ou entités auxquelles il serait illégal d’adresser un tel document. 

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