lire tous les articles 

Repenser l’agriculture : un sillon à creuser pour les investissements en faveur du climat

Déforestation, consommation d’eau et émissions de méthane : l’agriculture est l’un des secteurs qui contribuent le plus au changement climatique. Comment relever le double défi d’une croissance pérenne dont l’impact sur l’environnement serait atténué ?

Par Bertrand Gacon, Head of Impact Office, Lombard Odier
lundi 27 mars 2017

Ne semble-t-il pas ironique que le positionnement négationniste de Donald Trump vis-à-vis du changement climatique soit l’un des facteurs ayant le plus participé à sensibiliser l’opinion publique à cette question ? Difficile de lire la presse, de parcourir les médias sociaux ou de regarder un sketch à la télévision sans qu’il n’y soit fait référence à un monde qui basculerait vers l’écologie. Si vous pensez que la plus grande menace pour notre capacité à lutter contre le changement climatique vient de la Maison-Blanche, on vous pardonnera. Sachez toutefois que le plus grand danger vient en réalité des millions de vaches en pâturage sur notre planète.

La menace liée aux émissions de carbone pour nos économies et nos sociétés s’est déjà traduite par d’importants changements sur les marchés financiers et dans la réglementation. L’engagement pris en 2016, par 223 pays, quant à l’adoption de l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique mondial à moins de 2ºC, a marqué une étape-clé en vue d'une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il a, par ailleurs, amené à repenser globalement notre manière d’utiliser l’énergie en particulier. L’impact se fait déjà sentir dans notre vie quotidienne : utilisation croissante de compteurs intelligents pour les services aux collectivités, sacs plastiques payants au supermarché ou interdiction des récréations en extérieur quand les niveaux de pollution de l’air sont élevés.

Des effets de ricochet ont été relevés également au niveau des portefeuilles d’investissement. À souligner notamment la menace de la « mise au rebut » de certains actifs, comme les réserves de pétrole, qui figurent actuellement au bilan des sociétés et se révéleraient non viables en cas de ratification de l’Accord de Paris. De ce fait, la méthode d’évaluation des extracteurs de combustibles fossiles doit impérativement être remise en question. Certains investisseurs sont allés jusqu’à abandonner complètement les investissements dans ce secteur à forte intensité en carbone.

Cela dit, même si nous ne consommions aucune unité supplémentaire de combustibles fossiles n’importe où dans le monde, nous pourrions toujours enfreindre les limites d’émissions fixées d’ici 2030 par l’Accord de Paris. Qui serait l’un des fautifs majeurs ? A nos modestes vaches.

D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)1, le secteur de l’élevage de bétail est responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre - mesurées en équivalent de CO2. D’autres estimations sont nettement moins optimistes. Un rapport du Worldwatch Institute, publié en 2009, a estimé que le cycle de vie, ainsi que la chaîne d’approvisionnement de l’élevage et de ses sous-produits - lorsqu’ils sont pris en compte - représentent 51 % des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre2. La déforestation, phénomène ayant déjà contribué à faire disparaître 50 % des forêts mondiales, équivaut à environ 11 % des émissions provoquées par l’homme, soit un niveau comparable aux émissions totales cumulées de tous les camions et automobiles de la planète3. Le taux de déforestation continue de s’accroître chaque année, pour allouer les terres aux activités de pâturage et de culture afin de  répondre à la hausse de la demande de denrées alimentaires.

L’industrie agricole  est également un gros consommateur d’autres ressources vitales comme l’eau. D’après certaines estimations, 660 gallons (soit 3'000 litres) d’eau sont nécessaires pour fabriquer un seul hamburger. Sachant qu’une personne devrait boire en moyenne environ 2 litres d’eau par jour, ce hamburger équivaut à 1’500 jours (soit 4,1 années) d’eau potable.

Si, comme il ressort des prévisions, la population mondiale augmente encore de 32 % d’ici à 20504, le nombre de têtes de bétail et les émissions de gaz à effet de serre en émanant pourraient doubler. Au fur et à mesure que ces émissions deviennent de plus en plus réglementées et que les ressources naturelles nécessaires à l’augmentation de la production alimentaire – comme l’eau et la terre – deviennent de plus en plus rares, nous devons clairement repenser notre approche de l’alimentation et de l’agriculture au niveau mondial.

Les transitions vers un périmètre qui garantirait une réduction suffisante des émissions dans le secteur agricole sont porteuses d’opportunités significatives pour l’investissement privé. Le Forum Economique Mondial estime que près de 700 milliards de dollars d’investissements supplémentaires dans le cadre de l’économie bas-carbone seront nécessaires, chaque année, pour limiter la hausse de la température mondiale à 2°C.
A cet égard, réfréner les émissions de carbone du secteur agroalimentaire sera crucial.

Les meilleurs investissements pour s’adapter au changement climatique, ou pour en atténuer les effets, sont ceux qui bénéficient de facteurs économiques favorables. Des acteurs innovants se démarqueront dans ce nouveau paysage, avec une offre de produits ou de services destinés à maîtriser les risques liés au dérèglement climatique et à accroître les performances en matière de réduction des émissions de carbone. Ce nouveau type de solutions aura pour double effet une baisse des coûts opérationnels des activités et une hausse des revenus - laquelle s’accompagnera à son tour, d’une augmentation du retour sur investissement et d’une modération des risques liés, par exemple, à la solvabilité. Ce facteur est tout aussi manifeste pour l’agriculture que pour l’énergie ou un autre secteur.

Puisque ces nouveaux acteurs ne manqueront pas d’apporter des bienfaits économiques, le négationnisme de Donald Trump vis-à-vis du changement climatique aura un impact plus limité. La dynamique mondiale à l’œuvre va d’ores et déjà dans la direction opposée.

Prenons les obligations climatiques (Climate bonds). Ces produits obligataires - dont les rendements historiques et la qualité de crédit sont similaires à ceux des obligations de qualité  conventionnelles - investissent spécifiquement dans des projets respectueux de l’environnement, tels que l’efficacité énergétique, les infrastructures des énergies renouvelables et l’agriculture viable résiliente au changement climatique. L’émission d’obligations mondiales labélisées vertes a atteint 80 milliards de dollars américains en 20165. La demande de la Chine pour les financements « verts » est particulièrement intéressante, s’agissant du pays doté de la population la plus forte et du premier émetteur sur ce segment. Le recours aux obligations vertes pour financer des améliorations, entre autres, dans le domaine de l’irrigation, de la lutte intégrée contre les organismes nuisibles et les techniques agricoles non polluantes, contribuerait à la sécurité alimentaire dans des régions où les conditions climatiques, ainsi que des phénomènes extrêmes, menacent déjà les cultures tandis que la population continue à croître.

Investir dans les obligations climatiques exige, toutefois, une excellente maîtrise de la gestion de ces produits.  Ce d’autant plus que l’on souhaite dégager des rendements supérieurs à ceux des obligations « investment grade » conventionnelles pour une qualité de crédit similaire. Les placements qui sont source de valeur ajoutée se concentreront sur les possibilités offertes par le marché des obligations labélisées vertes et le marché non labélisé. La qualité de crédit de l’émetteur et la vérification en matière d’impact sur l’environnement seront au cœur du processus d’investissement. Lombard Odier a été l’une des premières institutions à proposer des solutions d’investissement qui intègrent pleinement les valeurs sociales et environnementales de notre clientèle. Nous continuons de créer des solutions d’investissement responsables et à fort impact et nous sommes en mesure de rehausser une stratégie, en y incorporant des placements axés sur le développement durable. En 2016, nous nous sommes associés à Affirmative Investment Management, un gérant d’actifs spécialisé dans les placements obligataires à fort impact, doté d’une expertise de premier plan dans les obligations climatiques. De cette manière, notre offre dans cet univers s’est enrichie de nouveaux produits performants, qui satisfont à nos critères rigoureux. Cette démarche élargit le périmètre des placements à fort impact : s’inscrivant au départ dans une stratégie de niche, ils intègrent désormais les investissements traditionnels.

Pour réussir à limiter le réchauffement mondial à 2°C ou moins, les produits à fort impact doivent progressivement rejoindre les investissements traditionnels.

Il est nécessaire, pour ce faire, de revoir notre analyse du modus operandi suivi par de nombreux secteurs de l’économie pour garantir leur pérennité. L’agriculture illustre très bien cette problématique. Compte tenu de sa grande consommation de ressources, de sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre et de la déforestation qui découle d’une augmentation de la demande de denrées alimentaires, elle devrait vraisemblablement faire l’objet d’une importante réforme au cours des prochaines années, affectant à la fois sa réglementation et ses activités. Les investisseurs privés ont tout à gagner à remettre en question leur façon d’appréhender le changement climatique dans ce secteur (et éventuellement le steak dans leur assiette).

1Livestock’s Long Shadow, Food and Agriculture organisation of the United Nations (FAO), 2006
2Livestock and Climate Change, World Watch, 2009
3Conservation International
4World Population Prospects The 2015 Revision, Department for Economic and Social Affairs, 2015
5China Green Bond Market 2016, The Climate Bond Initiative, January 2017

  1. Final food for thought: Lombard Odier rethinks it with the FT
    [read more]
  2. Food for thought: Lombard Odier and the FT explore 3D ocean farming
    [read more]
  3. More Food For Thought: Lombard Odier rethinks it with the FT - space salad
    [read more]
  4. Food for thought: Lombard Odier rethinks it with the FT - air farm
    [read more]

INFORMATION IMPORTANTE –MARKETING GENERAL
Le présent document de marketing a été préparé par Banque Lombard Odier & Cie SA ou une entité du Groupe (ci-après « Lombard Odier »). Il n’est pas destiné à être distribué, publié ou utilisé dans une juridiction où une telle distribution, publication ou utilisation serait interdite, et ne s’adresse pas aux personnes ou entités auxquelles il serait illégal d’adresser un tel document. Le présent document de marketing est fourni à titre d’information uniquement et ne saurait constituer une offre ou une recommandation de souscrire, d’acheter, de vendre ou de conserver un quelconque titre ou instrument financier. Il reflète les opinions de Lombard Odier à la date de sa publication. Ces opinions et les informations exprimées dans le présent document ne prennent pas en compte la situation, les objectifs ou les besoins spécifiques de chaque personne. Aucune garantie n’est donnée qu’un investissement soit approprié ou convienne aux circonstances individuelles, ni qu’un investissement ou une stratégie constituent une recommandation personnalisée pour un investisseur. Le traitement fiscal dépend de la situation individuelle de chaque client et est susceptible d’évoluer avec le temps. Lombard Odier ne fournit pas de conseils fiscaux. Il vous incombe par conséquent de vérifier les informations susmentionnées et toutes les autres informations fournies dans les documents de marketing ou de consulter vos conseillers fiscaux externes à cet égard.
Certains produits et services de placement, y compris le dépôt, peuvent être soumis à des restrictions juridiques ou peuvent ne pas être disponibles dans le monde entier sans restrictions.
Tout investissement est exposé à une diversité de risques. Avant d’effectuer une quelconque transaction, il est conseillé à l’investisseur de vérifier minutieusement si elle est adaptée à sa situation personnelle et, si nécessaire, d’obtenir un avis professionnel indépendant quant aux risques et aux conséquences juridiques, réglementaires, fiscales, comptables ainsi qu’en matière de crédit. Les informations et les analyses contenues dans le présent document sont basées sur des sources considérées comme fiables. Toutefois, Lombard Odier ne garantit ni l’actualité, ni l’exactitude, ni l’exhaustivité desdites informations et décline toute responsabilité quant aux pertes ou dommages susceptibles de résulter de leur utilisation. Toutes les informations, opinions et indications de prix peuvent être modifiées sans préavis.
Les performances passées n’offrent aucune garantie quant aux résultats courants ou futurs et il se peut que l’investisseur récupère un montant inférieur à celui initialement investi. La valeur de tout investissement dans une monnaie autre que la monnaie de base d’un portefeuille est exposée au risque de change. Les taux peuvent varier et affecter défavorablement la valeur de l’investissement quand ce dernier est réalisé et converti dans la monnaie de base de l’investisseur. La liquidité d’un investissement dépend de l’offre et de la demande. Certains produits peuvent ne pas disposer d’un marché secondaire bien établi ou s’avérer difficiles à valoriser dans des conditions de marché extrêmes, ce qui peut se traduire par une volatilité de leur cours et rendre difficile la détermination d’un prix pour la vente de l’actif.
Membres de l’UE : La publication du présent document de marketing a été approuvée par Lombard Odier (Europe) S.A., un établissement de crédit agréé et sous la surveillance de la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) au Luxembourg et de chacune de ses succursales opérant dans les territoires suivants France: Lombard Odier (Europe) S.A. · Succursale en France, un établissement de crédit dont les activités en France sont soumises à la surveillance de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et de l’Autorité des marchés financiers (AMF) pour ses activités de services d’investissement ; Royaume-Uni: Lombard Odier (Europe) S.A. • UK Branch, réglementée au Royaume-Uni par la Prudential Regulation Authority (PRA) et soumise à une réglementation limitée par la Financial Conduct Authority (FCA) et la Prudential Regulation Authority (PRA). Vous pouvez obtenir, sur demande, auprès de notre banque plus de détails sur la portée de notre agrément et de notre réglementation par la PRA ainsi que sur la réglementation par la FCA. La réglementation britannique sur la protection des clients privés au Royaume-Uni et les indemnisations définies dans le cadre du Financial Services Compensation Scheme ne s’appliquent pas aux investissements ou aux services fournis par une personne à l’étranger (« overseas person »).
Suisse : Le présent document a été publié en Suisse par Banque Lombard Odier & Cie SA Genève, une banque et négociants en valeurs mobilières soumise à la réglementation de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA).
Etats-Unis: ni ce document ni aucune copie de ce dernier ne peuvent être envoyés, emmenés, distribués ou remis aux Etats-Unis d’Amérique ou dans un de leurs territoires, possessions ou zones soumises à leur juridiction, ni à une Personne américaine ou dans l’intérêt d’une telle personne. A cet effet, le terme « US-Person » désigne tout citoyen, ressortissant ou résident des Etats-Unis d’Amérique, tout partenariat organisé ou existant dans un Etat, territoire ou possession des Etats-Unis d’Amérique, toute société soumise au droit des Etats-Unis d’Amérique ou d’un Etat, territoire ou possession des Etats-Unis d’Amérique, ou toute propriété ou tout trust soumis à l’impôt fédéral des Etats-Unis d’Amérique quelle que soit la source de ses revenus.
Le présent document de marketing ne peut être reproduit (en totalité ou en partie), transmis, modifié ou utilisé à des fins publiques ou commerciales sans l’autorisation écrite et préalable de Lombard Odier.
© 2016 Banque Lombard Odier & Cie SA – Tous droits réservés

Prenez contact avec nous

Je cherche...
captcha refresh
Haut