Lombard Odier sous Napoléon

maintenir le cap.

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Le 15 avril 1798, Genève signe le Traité de Réunion avec la France. En devenant Préfecture du Département du Léman et cernée par les douanes françaises, la ville n’a alors plus aucun accès au commerce avec l’étranger. Jean Gédéon Lombard, un des pères fondateurs de Lombard Odier, est pourtant parmi les onze notables genevois signataires du Traité de Réunion. Quelle fut la motivation de cette prise de position politique ?

L’annexion à la France se fait assez docilement, malgré quelques protestations. Si certains se retirent à la campagne, la majorité rejoint l’administration française ou s’enrôle dans l’armée impériale. Jean Gédéon Lombard se mobilise, non seulement pour laisser Genève administrer ses propres biens - estimés à 4,4 millions de Florins -  en les incorporant à la Société Economique, mais encore, pour exempter les jeunes hommes du service militaire. Tous les espoirs reposent sur une reprise économique grâce à l’ouverture du marché français.

L’appartenance à la France a un impact sur le business model de notre banque. Henri Hentsch, issu du monde du commerce, élabore de grands projets avec le nouveau gouvernement, alors que Jean Gédéon Lombard est beaucoup plus prudent. Deux ans après la création de la banque, les associés se séparent sur des conceptions divergentes du travail. Jean Gédéon Lombard souhaite que les revenus proviennent exclusivement des commissions de la clientèle, tandis que Henri Hentsch veut s’appuyer sur le bilan de la banque pour réaliser des opérations pour son propre compte.

Alors que la campagne italienne bat son plein, la Banque Hentsch, désormais indépendante, devient un agent financier de Bonaparte. Elle gère la trésorerie, organise les envois de fonds de la Grande Armée et s’aventure dans la souscription, la distribution et la détention de titres publics français. Entre temps, Jean Gédéon Lombard rejoint son beau-frère, Jean-Jacques Lullin, en 1800 Ils fondent Lombard, Lullin &Cie, société qui  se centre sur les lettres d’escompte et de change pour les voyageurs et les entreprises locales genevoises.

Malheureusement, l’occupation française n’apporte pas l’essor économique attendu. Genève subit la limitation des importations et l’industrie textile s’expose durement à la concurrence de Lyon et Mulhouse. Les exportations sont soumises à de nombreuses restrictions. Les marchés internationaux, comme l’Angleterre et la Russie, bloqués par l’embargo français, sont devenus inaccessibles pour les produits de luxe tels l’horlogerie. Au lieu de se redresser, l’économie décline, les magasins ferment les uns après les autres et les Genevois se retrouvent sans emploi.

Au siècle précédent, les banquiers genevois connaissent gloire et fortune grâce aux guerres incessantes de Louis XIV et ses dépenses insensées (Versailles). Ces occasions ne se présentent pas sous Napoléon. Contrairement à l’Angleterre qui s’était endettée auprès de la  Banque d’Angleterre, la France finance ses guerres par des levées d’impôts. Les opportunités financières se font rares. Henri Hentsch se voit contraint de s’installer à Paris, où il s’associe à une nouvelle banque nommée Hentsch, Blanc &Cie en 1812. Pendant la restauration de la monarchie française, elle acquiert une renommée importante dans le milieu de la Haute Banque.
A Genève,  Lombard, Lullin & Cie souffre de la conjoncture. En 1801, la faillite de Corsange à Lyon ruine Jean-Jacques Lullin et coûte à Jean Gédéon Lombard la somme considérable de 30'000 Livres. Pourtant, la banque reste dans les affaires malgré une rentabilité restreinte.

Nonobstant les années de déclin et une situation économique complexe, les pères fondateurs de Lombard Odier tiennent le cap fermement et se concentrent sur la construction d’une entreprise durable. Les premiers jalons sont posés pour assurer un développement impressionnant à partir de 1815.Expansion qui instituera Genève comme un carrefour de la place  financière, liant désormais son propre marché aux marchés parisien et étranger.

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Alexandre Lombard

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"Le marché de Londres a été secoué par de catastrophiques banqueroutes. […] C’est dans des temps comme ceux que nous vivons que l’on est heureux d’avoir agi avec modération. Pour le bien de tous, je souhaiterais juste que nous ayons agi plus précautionneusement encore."
Alexandre Lombard, journal, 20 septembre 1847.