Protéger les richesses en temps de guerre

d’inflation et de misère économique : Lombard Odier dans la « guerre de trente ans » de 1914 à 1945.

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De 1914 à 1945 notre banque affronte ses années les plus sombres. Une période de misère économique qui débute avec le déclenchement de la première guerre mondiale et se termine avec la victoire des Forces alliées en août 1945. Non seulement, les deux guerres mondiales et la dépression des années trente freinent brutalement la croissance économique de l’Europe et son intégration mondiale, mais elles entraînent également des pertes massives pour les investisseurs.

Après la première guerre mondiale, les empires autrichiens, russes et ottomans s’effondrent, sans jamais plus pouvoir honorer leurs dettes de guerre. Quelques années plus tard, l’Allemagne tombe dans l’hyperinflation, dévalorisant complètement le Reichsmark. Même les devises des nations victorieuses, telles la France ou l’Italie, se déprécient à plus de 80%. Seuls les placements en Livre Sterling, Dollars et Francs suisses conservent leur valeur. La grande dépression des années trente a un impact catastrophique sur les investissements. De 1929 à 1932, le Dow Jones chute de 85%, les actions anglaises suivant de près. Des barrières commerciales sont érigées entre tous les grands pays et les tensions en Extrême-Orient se transforment en conflit ouvert entre le Japon et la Chine.

La seconde guerre mondiale, qui s’en suit, est probablement la guerre totale la plus dévastatrice qu’ait connu l’histoire de l’humanité. Les nations impliquées vont mobiliser toutes leurs ressources disponibles et consacrer leurs économies entières à l’effort de guerre. Alors que l’industrie américaine prend la distance pour prétexte afin de se protéger du théâtre des événements, l’économie des puissances de l’axe Allemagne, Italie et Japon est détruite et réduite à néant. Sauf pour les Etats-Unis, la seconde guerre mondiale est une catastrophe pour les investissements, des centaines de milliards étant anéantis.

Notre banque est également affectée par les conflits mondiaux, et ce, dès le premier jour. Nos associés, ainsi que de nombreux autres membres du personnel masculin, sont mobilisés par l’armée suisse pour protéger nos frontières. Grâce au personnel féminin, la banque est toujours restée active.. Compte tenu des restrictions imposées sur le libre-échange, les affaires ralentissent et il n’y a pas ou peu d’argent à gagner. De plus, les gouvernements établissent des règles extrêmement contraignantes sur les transactions financières et la gestion de portefeuille devient presque impossible. Les années d’entre-deux guerres ne sont pas plus rentables. Beaucoup de familles genevoises parviennent à préserver leur patrimoine grâce aux titres américains achetés avant 1914. Mais, la fin de la guerre enregistre une nouvelle baisse des affaires. Seules les années de 1925 à1928 voient une stabilisation du marché, mais le krach de 1929 éteint rapidement cette petite lueur d’espoir.

Cependant, nos partenaires continuent de croire en un avenir prospère. Loin de se laisser aller, ils fusionnent avec d’autres établissements bancaires et développent leur clientèle. En 1923, ils établissent un nouveau siège social au 11 rue de la Corraterie à Genève et recapitalisent la banque en 1934, quand ils font face à de graves difficultés financières. Par ailleurs, en 1926, Lombard Odier est l’une des premières entreprises en Suisse à mettre en place un régime de retraite pour ses employés. Et, pendant la grande dépression, alors que le chômage est très élevé, aucun collaborateur n’est licencié.

Au cours de la seconde guerre mondiale, la situation n’est pas plus facile. Avec toute la finance européenne bloquée par l’Allemagne nazie et les avoirs suisses aux Etats-Unis, gelés par le gouvernement américain, les affaires ne sont pas florissantes. La banque est alors une nouvelle fois dirigée par le personnel féminin qui remplace les hommes appelés au front.

Durant ces terribles décennies, nos partenaires développent un nouveau modèle d’affaires , qui deviendra une des plus importantes activités de Lombard Odier : le conseil à la clientèle. Né d’une requête des clients désireux de protéger leur patrimoine endommagé, nos associés y répondent en gérant leur fortune. Etait- ce une nécessité ou un pur désir de changer ? Probablement les deux – mais ce fut, certainement, l’une de nos plus importantes innovations.

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Alexandre Lombard

Une approche d'investissement prudente fait partie de notre ADN depuis nos origines :
"Le marché de Londres a été secoué par de catastrophiques banqueroutes. […] C’est dans des temps comme ceux que nous vivons que l’on est heureux d’avoir agi avec modération. Pour le bien de tous, je souhaiterais juste que nous ayons agi plus précautionneusement encore."
Alexandre Lombard, journal, 20 septembre 1847.