Banque d’investissement francophone

(1815-1914)

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Alors que le Traité de Vienne, en 1815, redessine les frontières de l’Europe, Genève se remet tout doucement de la « période française ». Politiquement, la Cité est incorporée à la Fédération Suisse et sa neutralité est reconnue. Economiquement, les vingt années qui suivent les guerres napoléoniennes ne sont pas propices aux opportunités d’affaires. L'industrie du coton, exposée à la concurrence sévère des usines textiles anglaises, connait de grave difficultés. L'industrie de l’horlogerie fait un peu mieux : associant avec succès montres et bijoux, elle récupère et reconquiert les marchés d'exportation perdus depuis l'époque napoléonienne.

En France, la restauration du roi bourbon Louis XVIII apporte une stabilité nouvelle au pays. Pourtant, les réformes napoléoniennes de grande envergure telles que la structure départementale, le régime fiscal, les écoles supérieures, la Banque de France ou le Code Civil sont maintenues et garantissent l’ordre national. Avec l’aide bienveillante du Souverain, l’économie prend finalement son envol.

Les Hentsch et les Odier, solidement établis à Paris depuis l'Empire, saisissent l'occasion de financer, dans le Nord, les premiers canaux et les lignes de chemin de fer reliant les gisements de charbon et la production d'acier aux centres industriels traditionnels à Paris et à Lyon. Ils s’associent également à une nouvelle génération de banquiers d’affaires, qui forment la Haute Banque à Paris. Ils assument non seulement des postes de direction au sein de la Banque de France, mais sont aussi pionniers dans la création de banques de crédit mobilier finançant des projets de développement industriel. Une branche de la famille Hentsch devient cofondatrice de BNP Paribas, de la Banque Indosuez, de la Société Générale et de plusieurs caisses d’épargne.

Alors que la branche française de la Banque prospère à Paris et dirige les plus grandes innovations financières, l’association de Jean Eloi Lombard avec Charles Odier, à Genève en 1830, transforme le modèle d’affaires plus traditionnel de notre Banque. Charles Odier apporte non seulement une contribution de 80'000 Livres, mais également son important réseau de connaissance français. Lombard Odier , fort de son expérience française, participe activement à la révolution industrielle en investissant particulièrement en France et en Romandie.

En quelques années, Lombard Odier se place comme la banque d’affaires la plus entreprenante et sa réputation dépasse rapidement les frontières. En 1850, elle participe à la création de la Bourse de Genève et à la société d’assurance La Genevoise . Elle forme un syndicat distribuant actions et obligations à l’étranger. A la fin du XIXe siècle, elle souscrit la plupart des titres de créance américains placés en Europe.

Pourtant, notre Banque reste profondément conservatrice, pourvue de fonds propres et gérée rigoureusement au niveau des risques. Lorsqu’en 1857 et en 1889, la branche française fait face à des pertes importantes et fait faillite, la branche suisse, solide et solvable, met en place un système de « check and balance » entre associés, consistant à séparer les pouvoirs afin de limiter l’arbitraire et d’empêcher les abus.

Une fois de plus, les pères fondateurs de Lombard Odier ont su s’adapter à un nouvel environnement économique et repenser leur modèle d’affaires. Le résultat en est une banque d'affaires genevoise dynamique, qui a largement contribué au développement de notre société Que cela ait été possible sans devoir assumer un risque excessif est encore plus remarquable.

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Alexandre Lombard

Une approche d'investissement prudente fait partie de notre ADN depuis nos origines :
"Le marché de Londres a été secoué par de catastrophiques banqueroutes. […] C’est dans des temps comme ceux que nous vivons que l’on est heureux d’avoir agi avec modération. Pour le bien de tous, je souhaiterais juste que nous ayons agi plus précautionneusement encore."
Alexandre Lombard, journal, 20 septembre 1847.