COVID-19, Chine et économies émergentes : quelles implications jusqu’à présent ?

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COVID-19, Chine et économies émergentes : quelles implications jusqu’à présent ?

Stéphanie de Torquat - Stratège macro

Stéphanie de Torquat

Stratège macro

Au début de l’année 2020, nous suivions un certain nombre de scénarios négatifs susceptibles d’avoir un impact sur nos décisions d’investissement.

Pourtant – et c’est justement la surprise – le coronavirus, récemment rebaptisé « COVID-19 » par l’Organisation mondiale de la santé, ne figurait pas sur cette liste. L’épidémie a déjà causé plus de 1'000 décès au moment de la rédaction du présent bulletin (13 février) et infecté plus de 45'000 personnes dans le monde.

Si l’éventail des issues possibles est large, en tant qu’investisseurs, nous devons établir un scénario de base autour duquel nous pouvons prendre des décisions d’investissement raisonnables.

 

L’épidémie aura un énorme impact économique sur la Chine au premier trimestre 2020

Il faudra quelques semaines avant que les effets du virus et des mesures de confinement consécutives ne se traduisent en données économiques réelles. Nul besoin de modèles complexes cependant pour anticiper une réduction de la production au premier trimestre. Les provinces qui génèrent les deux tiers de la production économique chinoise ont demandé aux entreprises de prolonger le congé du Nouvel An jusqu’au 10 février au moins et il y a encore beaucoup d’incertitude sur le rythme de la réouverture avant un éventuel retour à des conditions d’activité normales.

Avec les données limitées dont nous disposons, nous avons réduit nos prévisions de croissance du produit intérieur brut (PIB) chinois pour le premier trimestre d’environ 35%, passant d’un peu moins de 6% en glissement annuel à 3,9%, avec une contraction effective en glissement trimestriel compte tenu de l’énorme perte d’heures de travail (graphique 1).

Nous avons réduit nos prévisions de croissance du PIB chinois pour le premier trimestre d’environ 35%, passant d’un peu moins de 6% en glissement annuel à 3,9%, avec une contraction effective en glissement trimestriel compte tenu de l’énorme perte d’heures de travail.

Le scénario de base reste une perturbation temporaire. Pourquoi ?

  • Grâce à la rapidité de la réponse des autorités chinoises et les mesures de confinement, la grande majorité des cas reste effectivement confinée en Chine, avec un seul décès en dehors du pays. De plus, sur les quelque 45’000 cas que compte la Chine, plus de 30’000 sont localisés dans la seule province de Hubei. Il s’agit d’une différence majeure par rapport à l’épisode du SRAS de 2003, qui avait fait 774 morts dans le monde, dont 425 en dehors de la Chine.
  • Malgré la forte augmentation du nombre de nouveaux malades et de décès le 12 février, qui reflète l’inclusion de patients diagnostiqués avec de nouveaux moyens cliniques, la tendance sous-jacente reste encourageante. Le nombre de cas confirmés par des tests de laboratoire continue de baisser et les guérisons augmentent toujours plus vite que les décès. Ces nouvelles devraient apaiser les craintes que la Chine tente de minimiser l’étendue de l’épidémie ; elles augmentent par ailleurs la probabilité que le taux de mortalité réel soit plus faible.
  • Dans ce contexte, et comme la Chine a accepté de partager des informations avec la communauté médicale mondiale, il ne semble pas déraisonnable de supposer qu’un remède sera trouvé, ou que l’épidémie s’éteindra d’elle-même, dans la mesure où il n’y a pas de relâchement dans la rigueur des contrôles aux frontières et des périodes d’isolement.
Sur le plan économique, les épidémies ressemblent aux catastrophes naturelles.

Dans ce scénario de base, la Chine dispose encore d’une certaine marge de manœuvre et peut compenser une partie de la production perdue au cours du reste de l’année 2020.

  • Sur le plan économique, les épidémies ressemblent aux catastrophes naturelles. L’excédent d’épargne accumulé pendant la période concernée sera finalement dépensé et, à condition qu’il n’y ait pas eu de dommages permanents à la capacité de production, le retard d’investissement sera rattrapé.
  • La pression inflationniste sous-jacente étant encore faible en Chine, la Banque populaire de Chine (BPC) a la possibilité de réduire les taux d’intérêt, tandis que des mesures budgétaires seront adoptées pour soutenir les entreprises, les investissements et la croissance. Jusqu’à présent, la BPC a réduit le taux des prises en pension de 10 points de base et intensifié les injections de liquidités. Les responsables ont également annoncé des allégements fiscaux et des subventions pour les entreprises et les ménages. Il ne fait guère de doute que d’autres mesures de relance viendront dans les semaines à venir.
  • Dans ce contexte, nous sommes à ce stade réticents à réduire trop drastiquement nos prévisions pour la croissance économique chinoise pour l’ensemble de l’année. Nous prévoyons maintenant une croissance annuelle de 5,4% pour 2020, contre 5,9% précédemment. Cependant, la situation continue d’évoluer de manière rapide. Si l’endiguement du virus ne se concrétise pas au plus tard au cours du deuxième trimestre, les dommages causés à la consommation et à la production pourraient s’avérer plus permanents et beaucoup plus difficiles à réparer au cours du deuxième semestre. Dans ce cas, nous reverrions nos perspectives à la baisse.
Nous prévoyons maintenant une croissance annuelle de 5,4% pour 2020.

Qu’en est-il dans le reste du monde émergent ?

L’effet le plus visible et le plus direct se fait sentir sur le tourisme

  • Il va sans dire qu’un grand nombre de touristes chinois auront dépensé très peu d’argent au cours du premier trimestre 2020. De nombreux pays asiatiques seront ainsi gravement touchés par une perte de revenus qu’il sera difficile de récupérer par la suite. Il s’agit notamment de Hong Kong, du Cambodge, de la Thaïlande, de Singapour et du Vietnam. Toutefois, les autres marchés émergents sont très peu exposés au tourisme chinois (moins de 1% de leur PIB) et devraient donc rester indemnes.
  • Les effets économiques indirects peuvent être beaucoup plus importants pour les pays émergents
  • Le premier effet indirect – et probablement le plus important – est la perturbation des chaînes d’approvisionnement.

Tous les pays qui achètent des biens intermédiaires, ou qui dépendent de la demande intermédiaire ou finale de la Chine pour se développer, souffriront de la paralysie de l’économie chinoise. Etant donné l’importance croissante de la Chine dans l’économie mondiale, la liste des pays concernés est loin de se limiter à l’Asie. Le Chili, le Pérou, l’Afrique du Sud, la Russie et le Brésil ont tous des liens économiques et commerciaux relativement importants avec la Chine.

Il est clair que la dynamique du commerce mondial est fortement corrélée à la dynamique de croissance des marchés émergents. Bien qu’une corrélation n’implique pas un lien de causalité, nous pouvons difficilement ignorer cette relation (graphique 2).

Le Chili, le Pérou, l’Afrique du Sud, la Russie et le Brésil ont tous des liens économiques et commerciaux relativement importants avec la Chine.

La chute des prix des matières premières affecterait également les économies émergentes.

Certains pays en souffriraient évidemment plus que d’autres. Le Pérou et le Chili sont dépendants du cuivre, le Brésil du minerai de fer, et la Colombie, le Mexique et la Russie du pétrole. En revanche, l’Inde et la Turquie bénéficieraient de la baisse des prix du pétrole.

Mais globalement, les chutes brusques et prolongées des prix des matières premières ont eu historiquement tendance à être négatives pour les marchés émergents dans leur ensemble, ce qui s’est vérifié une fois de plus lors de l’épisode 2014/2015.

L’indice S&P GSCI des matières premières a perdu près de 15% de sommet à creux en janvier. Il s’agit d’un chiffre conséquent, mais qui reste gérable, surtout après le rallye de 20% en 2019. D’autres chutes prolongées pourraient cependant devenir plus problématiques.

Le troisième canal de transmission indirect vers le reste du monde émergent serait la faiblesse des devises.

L’assouplissement monétaire significatif et les conditions financières particulièrement accommodantes au sein des économies émergentes ont été l’une des principales raisons de leur bonne santé économique en 2019. Non seulement les taux ont considérablement baissé en quelques mois, mais ils sont également proches de leur niveau le plus bas depuis dix ans (graphique 3). A la fin de 2019, l’effet décalé des taux bas sur la dynamique économique nous avait rendus raisonnablement positifs sur la croissance des marchés émergents hors Chine pour 2020.

Jusqu’à présent, les monnaies des marchés émergents ont remarquablement bien résisté tout au long de l’épisode du COVID-19, l’indice JP Morgan des monnaies émergentes ayant baissé de moins de 3% (de pic à creux) en janvier.

Toutefois, si les pressions à la baisse sur les monnaies s’intensifiaient fortement et de manière durable, les banques centrales pourraient être contraintes d’abandonner leur biais accommodant, ce qui remettrait en cause la dynamique économique des marchés émergents.

 

La croissance économique devrait rester soutenue, mais un fort rebond est peu probable

L’indice mondial des directeurs d’achat (PMI) du secteur manufacturier étant en expansion depuis juillet 2019, le processus de redémarrage de la croissance semblait en place avant l’apparition du virus. Le ralentissement de la Chine au premier trimestre pèsera inévitablement sur la croissance mondiale, mais là encore, tant que la perturbation reste temporaire, nous nous attendons toujours à ce que la trêve commerciale entre les Etats-Unis et la Chine et les conditions monétaires accommodantes soutiennent la croissance des économies émergentes en 2020. Cela dit, nous pensons que le rebond sera graduel et peu prononcé, compte tenu de la faiblesse de la reprise attendue dans le monde développé et du renforcement des liens entre les économies émergentes et développées.

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